Du «Fracosaurus» à la bulle spéculative

Odette Morin

Odette Morin

Originaire de Prévost, Odette Morin collabore bénévolement avec le Journal des citoyens depuis 2004. Dès le départ, elle a proposé à l’équipe de rédaction de publier des recettes dans les pages Journal, une idée qui fût reçue avec enthousiasme. Depuis, cette passionnée de cuisine signe chaque mois la chronique Pour le plaisir du palais. Elle réalise également le mot croisé et le mot perdu, tout en s’occupant du concours DÉFI depuis 2006. À l’occasion, elle rédige des textes d’opinion, qui témoignent de sa grande sensibilité environnementale. Odette Morin est avant tout horticultrice, mais elle perçoit l’écriture comme un cheminement personnel qui lui permet de s’évader et de formuler sa pensée.
Odette Morin

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Les marcheurs de la campagne Moratoire d’une Génération qui avaient quitté Rimouski le 16 mai ont fait une entrée triomphale au milieu d’une manifestation qui comptait des milliers de participants à Montréal le 18 juin. La grande marche se sera arrêtée dans 33 municipalités riveraines du fleuve Saint-Laurent et de la vallée du Richelieu. Les marcheurs ont reçu un accueil chaleureux tout au long de leur parcours et plusieurs riverains se sont joints à leur marche spontanément. (La Presse canadienne, 18 juin 11)

En marketing, rien n’est plus efficace que de séduire et de fidéliser le client dès son plus jeune âge. C’est dans cette optique que la multinationale albertaine Talisman Energy lançait, aux États-Unis, un cahier à colorier destiné à ses futurs clients. C’est Talisman Terry, un « Fracosaurus » (pour fracturation et dinosaure) qui présente cette « source d’énergie propre appelée gaz naturel ». Ce cahier apprend aux tout-petits que l’exploitation de cette ressource se fait en parfaite harmonie avec la nature (…). Plusieurs opposants ont vu dans cette campagne de relation publique, une tentative de « brainwashing » de la prochaine génération de citoyens. (Alexandre Shields, Le Devoir, 22 juin 11)

Selon des centaines de documents internes de l’industrie gazière américaine obtenus par le New York Times, des hauts cadres, des analystes, des avocats, des géologues sont très septiques relativement aux prévisions de profits des exploitants de gaz de schiste. Pour quelques puits très généreux, il y a de vastes zones de puits pauvres. Dans plusieurs cas, le coût du forage et de l’exploitation serait supérieur à la valeur du gaz que ces puits renferment. Ils tiennent des propos beaucoup moins enthousiastes que ceux tenus devant les médias par les porte-parole de l’industrie gazière. Les personnes concernées craignent d’assister à la formation d’une bulle spéculative rappelant la bulle technologique (.com ou dot.com) révélée à l’aube des années 2000. En août 2009, un employé de IHS Drilling Data déclarait que : « Ce qu’il se dit dans le monde des indépendants est que les gisements de gaz de schiste représentent une chaîne de Ponzi géante ». La surévaluation de la quantité de gaz qu’une entreprise déclare pouvoir exploiter est illégale parce qu’elle induit en erreur les investisseurs. Un ancien dirigeant d’Enron a écrit en 2009 alors qu’il travaillait pour une société d’énergie : « Je me demande quand ils vont commencer à dire aux gens que ces puits ne sont tout simplement pas ce qu’ils pensaient qu’ils allaient être ». Il a ajouté que le comportement des entreprises de gaz de schiste lui rappelait ce qu’il avait vu quand il travaillait chez Enron. (Marco Bélair-Cirino, Le Devoir, 27 juin 11)

Une analyse publiée par la Fondation David Suzuki et l’Institut Pembina estime que, malgré les prétentions de l’industrie, le gaz naturel n’est pas la bonne arme contre les changements climatiques. L’exploitation du gaz de schiste a toutes sortes d’impacts en surface. Les auteurs du rapport ont calculé que, pour obtenir la même quantité de gaz dans un gisement de schiste que dans un gisement traditionnel, il faut 100 fois plus de sites de forage. (Charles Côté, La Presse, 14 juil. 11)

Le Québec vient d’adopter un nouveau règlement sur la qualité de l’air, mais celui-ci ne s’applique pas aux forages gaziers. De plus, ni ces derniers ni les forages pétroliers n’ont à faire l’objet d’une déclaration à l’inventaire national des rejets polluants, au gouvernement fédéral. Il semble que chez nos élus, personne n’entend les cris d’alarme de nos voisins du sud. Un rapport provenant de groupes de citoyens du Colorado et du Nouveau-Mexique (avec l’aide de l’organisme Global Community Monitor) faisait état de la présence de 22 produits chimiques dans l’air des régions où le gaz de schiste est exploité, dont 4 produits cancérigènes, comme le benzène et l’acrylonitrile. Ce dernier produit ainsi que le dichlorométhane ne sont pas présents sur les sites de forage de gaz traditionnel, ils proviendraient du cocktail chimique injecté lors de la fracturation. Des taux de pollution dépassant par 3 à 3000 fois les normes gouvernementales ont été détectés. (Charles Côté, La Presse, 18 juil. 11)

Le gaz de schiste, une énergie propre, vraiment ? Des dizaines de camions poids-lourds juste pour transporter l’eau et les produits chimiques que nécessite la fracturation d’un puits quotidiennement, des génératrices géantes qui tournent 24 heures sur 24, des torchères qui brûlent du gaz pendant des semaines sans oublier les fuites, les émanations toxiques des bassins de décantation, la poussière soulevée et les particules fines générées par la circulation lourde! Il y a là de quoi être très septique.

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