Grande inquiétude au retour de la Pennsylvanie

Odette Morin

Odette Morin

Originaire de Prévost, Odette Morin collabore bénévolement avec le Journal des citoyens depuis 2004. Dès le départ, elle a proposé à l’équipe de rédaction de publier des recettes dans les pages Journal, une idée qui fût reçue avec enthousiasme. Depuis, cette passionnée de cuisine signe chaque mois la chronique Pour le plaisir du palais. Elle réalise également le mot croisé et le mot perdu, tout en s’occupant du concours DÉFI depuis 2006. À l’occasion, elle rédige des textes d’opinion, qui témoignent de sa grande sensibilité environnementale. Odette Morin est avant tout horticultrice, mais elle perçoit l’écriture comme un cheminement personnel qui lui permet de s’évader et de formuler sa pensée.
Odette Morin

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Le 15 octobre, une délégation d’une cinquantaine de participants se rendait en Pennsylvanie, dans le cadre d’un voyage d’observation de l’industrie du gaz de schiste. Parmi eux, des représentants de divers regroupements et comités de vigilance, mais aussi des maires et des conseillers municipaux dont certains étaient a priori plutôt favorables à cette industrie. Des rencontres avec des citoyens, des chercheurs et des médecins de même que la visite d’une station de compression de gaz de la compagnie Talisman étaient au programme. (Le Nouvelliste, Paule Vermot-Desroches, 15 oct. 11). Les participants sont revenus très inquiets de leur périple. Ils ont été confortés dans leurs craintes et ils ont déclaré que la situation était encore pire que ce qu’ils avaient imaginé. À leur retour, c’est dans l’unanimité que les participants ont condamné cette filière. Ils comptent produire un documentaire résumant leur visite et ils demanderont au gouvernement l’instauration immédiate d’un moratoire.

Gaz de schiste, pétrole, Plan Nord: bienfaits ou calamités?

Dans le contexte actuel, plusieurs se demandent si l’exploitation de nos richesses naturelles nous coûtera plus cher que ce qu’elle nous rapportera. De trop nombreux cas de contamination d’eau et de sol par des résidus toxiques, des fuites de gaz impossibles à colmater, de trop nombreux sites orphelins abandonnés par les minières que le gouvernement doit prendre en charge et nettoyer aux frais des contribuables. Des taux de pollution atmosphérique records autour des sites de forage. La vente des permis d’exploration du gaz de schiste qui, au Québec, rapporte mille fois moins qu’en Colombie-Britannique. Dans le cas des mines, nous touchons des redevances de porteur d’eau calculées sur le profit net (revu à la baisse par leurs experts-comptables) plutôt que sur les revenus bruts de ces entreprises multimilliardaires. Les 40 plus grandes compagnies minières génèrent des profits records en augmentation de plus de 1 000 % depuis 2002. (Pricewater-houseCoopers, 2011). De plus, sommes-nous riches au point de fournir des routes à ces richissimes compagnies, alors que nos infrastructures routières tombent littéralement en ruine et que l’on paie 30% trop cher à cause de la collusion dans l’industrie de la construction routière ? Il paraît que même au temps du fer à une « cenne » la tonne de Duplessis, les minières payaient pour leurs chemins.

À la rescousse des gazières

Devant la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ), Lucien Bouchard, président de l’Association pétrolière et gazière du Québec (APGQ), a fortement suggéré au gouvernement d’investir, sans plus tarder, dans l’industrie du gaz de schiste. Mais voilà que les entreprises de gaz tournent au ralenti, non seulement en raison des retards causés par l’Évaluation environnementale stratégique (EES), mais aussi à cause de la chute du prix du gaz découlant de la saturation du marché nord-américain. Selon Jean-Thomas Bernard (prof. au dép. de science économique de l’Université d’Ottawa) : « ce n’est tout simplement pas au gouvernement d’assumer les risques que posent des investissements importants dans une telle filière ». D’après Normand Mousseau (prof. au dép. de physique de l’Université de Montréal) : « le gouvernement investit déjà massivement grâce aux crédits d’impôt accordés aux entreprises présentes au Québec ». Le gouvernement dépensera beaucoup avec l’EES, l’inspection des puits déjà forés, pour l’acquisition de connaissances sur les eaux souterraines, sans oublier la promesse de dédommager les municipalités pour l’entretien de leurs infrastructures routières. On parle donc d’une facture de plusieurs millions épongée entièrement par le Trésor public. (Le Devoir, Alexandre Shields, 4 oct. 11) – d’après l’idéologie néolibérale, il est tout naturel de vouloir partager les risques et les pertes avec l’État (les contribuables) toutefois sans la volonté de partager les profits.

Nomination

Quelques mois après l’embauche de Lucien Bouchard par l’APGQ, c’est au tour d’André Boisclair, ex-chef du Parti québécois et surtout ex-ministre de l’Environnement, d’être recruté comme conseiller par Questerre Energy, une compagnie albertaine active dans l’exploration du gaz de schiste au Québec. (Le Devoir, Geneviève Tremblay, 17 sept. 11).

L’UPA dit non

La Fédération de l’UPA du Centre du Québec a adopté avec une forte majorité une résolution demandant à L’UPA provinciale d’intervenir auprès du gouvernement afin d’interdire toute nouvelle fracturation hydraulique et tout nouveau forage au Québec, tant et aussi longtemps qu’il n’y aura pas de garantie prouvant que l’exploitation du gaz de schiste puisse se faire proprement et dans l’intérêt de tous. Comme la plupart des producteurs agricoles, Pierre Lemieux (vice-président de la Fédération de l’UPA du Centre du Québec) a dit qu’il était préoccupé, lui aussi, par les risques associés à la contamination de l’eau. Le printemps dernier, M. Lemieux a fait partie d’une délégation de l’UPA qui s’est rendue en Pennsylvanie. Il a mentionné être revenu de sa visite avec deux préoccupations additionnelles soit une relative à la pollution de l’air (qu’il a lui-même senti) et une autre à la pollution par le bruit. (Le Nouvelliste, Marcel Aubry, 7 oct. 11).

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