Du gaz dans l’eau au Québec

Odette Morin

Odette Morin

Originaire de Prévost, Odette Morin collabore bénévolement avec le Journal des citoyens depuis 2004. Dès le départ, elle a proposé à l’équipe de rédaction de publier des recettes dans les pages Journal, une idée qui fût reçue avec enthousiasme. Depuis, cette passionnée de cuisine signe chaque mois la chronique Pour le plaisir du palais. Elle réalise également le mot croisé et le mot perdu, tout en s’occupant du concours DÉFI depuis 2006. À l’occasion, elle rédige des textes d’opinion, qui témoignent de sa grande sensibilité environnementale. Odette Morin est avant tout horticultrice, mais elle perçoit l’écriture comme un cheminement personnel qui lui permet de s’évader et de formuler sa pensée.
Odette Morin

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Une récente découverte vient donner des munitions aux opposants au gaz de schiste. L’expert Karlis Muehlenbachs, spécialiste de la signature chimique du gaz (à la faculté des sciences de l’Université d’Edmonton), a analysé trois échantillons fournis par une compagnie qui possède (au moins) un puits au Québec. Un échantillon de gaz provenant du puits lui-même, l’autre, de son évent et un troisième provenant du gaz trouvé dans la nappe phréatique à proximité. « Le gaz dans l’eau est très similaire au gaz de production », affirme M. Muehlenbachs en entrevue avec La Presse. « Vous avez du gaz de schiste de l’Utica dans l’eau. Je ne sais pas comment il s’est rendu là, mais il y est ». L’expert voit trois explications possibles, soit que le gaz s’est trouvé un chemin par une faille naturelle après la frac- turation du puits, soit il est remonté le long du tubage du puits à cause d’une mauvaise cimentation, soit il s’y trouvait peut-être déjà naturellement. M. Muehlenbachs refuse d’indiquer qui lui a fourni les échantillons et où se trouve le puits en question. D’après Charles Lamontagne, hydrogéologue au ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs (MDDEP), « On peut présumer que le gaz est là parce qu’on a foré le puits, mais on ne peut pas le prouver. On n’a pas les données de départ sur la signature isotopique du gaz déjà présent dans l’eau souterraine au Québec qui permettraient de l’affirmer ». M. Lamontagne croit qu’il serait bon que le comité de l’Évaluation environnementale stratégique (EES) (sur les gaz de schiste) ordonne une telle étude. « C’est une des suggestions qu’on pourrait faire », dit-il. (Les instigateurs d’une étude qui coûtera plusieurs millions n’avaient même pas pensé à ça ! N’est-ce pas ironique? Car une des premières choses à faire avant l’arrivée d’une gazière dans votre secteur, c’est de faire analyser l’eau de votre puits! Sinon, impossible de prouver quoi que ce soit.) M. Muehlenbachs croit que les problèmes de fuites vont continuer d’affecter l’industrie du gaz de schiste. Selon la société Schlumberger (service aux producteurs de gaz et de pétrole), les puits de gaz conventionnel vieillissent mal, après 15 ans, la moitié d’entre eux fuient et les plus vieux fuient encore plus. M. Muehlenbachs croit que ce sera pire pour les puits de gaz de schiste, à cause des pressions extrêmes qu’ils doivent subir au cours de la fracturation hydraulique. (Charles Côté, La Presse, 24 déc. 2011)

Plus de 20,000 propriétaires récalcitrants

Plus de 20 000 propriétaires fonciers de la vallée du Saint-Laurent ont interdit à l’industrie du gaz de schiste l’accès à leurs terrains. Ils ont complété une lettre fournie par les opposants aux gaz de schiste et adressée aux entreprises gazières. Ils se réclament de la Loi sur les mines pour exiger une entente à l’amiable avant toute activité d’exploration sur leur propriété, ce qui bloquerait pratiquement les activités des sociétés gazières. « C’est une opération majeure, unique, c’est du jamais vu », a déclaré un des porte-parole du Regroupement interrégional sur les gaz de schiste de la Vallée du Saint-Laurent (RIGSVSL), Serge Fortier, dans une entrevue à La Presse canadienne. Selon lui, l’adhésion des propriétaires au mouvement illustre clairement la non-acceptabilité sociale de la filière gazière au Québec, en dépit de ce que le gouvernement ou les gazières prétendent. Par ailleurs, l’industrie peut assez facilement contourner les propriétaires réfractaires et aller voir leurs voisins plus réceptifs, en raison de la localisation du gaz de schiste et des méthodes d’extraction (le forage horizontal). (Patrice Bergeron, La Presse canadienne, 8 janv. 2012)

Injection d’eaux usées et séismes

L’Ohio a suspendu un projet de fracturation hydraulique à la suite d’une série de 11 petits séismes provoqués, selon des chercheurs, par la technique d’injection d’eaux usées sous terre, ont indiqué des fonctionnaires de cet État. Le plus récent et le plus fort de ces séismes a atteint le 31 décembre 2011 le degré 4 sur l’échelle de Richter près d’un puits d’injection d’eaux usées à Youngstown, dans le nord-est de l’État. (Agence France-Presse, 3 janv. 2012)

Malgré cela, cette méthode de disposition est envisagée au Québec, souligne Marc Durand, ingénieur en géologie appliqué. En effet, le comité de l’EES propose d’analyser les possibilités de mettre en place la technologie de stockage des eaux de reflux dans des formations géologiques profondes au Québec et d’évaluer les coûts d’une telle pratique. Selon Marc Durand, un fluide qui s’introduit sous pression dans des failles naturelles peut contribuer au relâchement de tensions entre deux masses rocheuses, ce qui provoque des séismes. Ce lien a été observé au Colorado dans les années 60, quand l’arsenal américain a injecté, dans un puits, des armes chimiques dont il devait se défaire. Selon le Service géologique des États-Unis, cela a provoqué plusieurs secousses, une atteignant 5,5 sur l’échelle de Richter. Les injections ont cessé quand le lien a été établi. (Charles Côté, La Presse, 5 janv. 2012).

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