Gaz de schiste versus charbon

Odette Morin

Odette Morin

Originaire de Prévost, Odette Morin collabore bénévolement avec le Journal des citoyens depuis 2004. Dès le départ, elle a proposé à l’équipe de rédaction de publier des recettes dans les pages Journal, une idée qui fût reçue avec enthousiasme. Depuis, cette passionnée de cuisine signe chaque mois la chronique Pour le plaisir du palais. Elle réalise également le mot croisé et le mot perdu, tout en s’occupant du concours DÉFI depuis 2006. À l’occasion, elle rédige des textes d’opinion, qui témoignent de sa grande sensibilité environnementale. Odette Morin est avant tout horticultrice, mais elle perçoit l’écriture comme un cheminement personnel qui lui permet de s’évader et de formuler sa pensée.
Odette Morin

Les derniers articles par Odette Morin (tout voir)

La prestigieuse revue Nature a publié un rapport sur une étude qui conclut que les émissions (GES) produites par le gaz de schiste sont deux fois plus importantes que ce que rapporte cette industrie au point d’équivaloir à celles du charbon. Il s’agit d’une étude conjointe de la National Oceanic and Atmos- pheric Administration (NOAA) des États-Unis et de l’Université de Boulder au Colorado. Cette étude vient corroborer les conclusions du professeur Robert Howart (chercheur à l’Université Cornell) qui, étude à l’appui, en était venu aux mêmes conclusions. De plus, les auteurs de l’étude (NOAA/Boulder) insistent sur le fait que dans leurs calculs, ils n’ont pas tenu compte des fuites provenant des oléoducs et des systèmes de distribution municipaux. L’Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA) estime que Québec doit trouver dans cette étude un motif supplémentaire pour « écouter la population et pour se concentrer plutôt sur la biométhanisation, soit la production de méthane à partir de déchets domestiques, ce qui règle deux problèmes d’un coup ». (Louis- Gilles Francoeur, Le Devoir, 10 février 2012)

Le réalisateur de Gasland arrêté

Au début de février, nous apprenions que Josh Fox, réalisateur du film documentaire Gasland, avait été arrêté alors qu’il s’apprêtait à filmer des audiences, au Congrès américain, traitant de la contamination de l’eau potable suite à la fracturation hydraulique. Il a été menotté puis expulsé après que des sénateurs républicains se soient opposés à la présence de caméras dans la salle. M. Fox a affirmé que son exclusion ainsi que celle des équipes d’ABC et de FOX télévision, constituait un affront à la liberté de presse. (The Guardian, 1er février 2012)

Un autre rapport d’étude embarrassant

Ces audiences faisaient suite aux conclusions d’une étude de l’Environmental Protection Agency (EPA) rendue publique en novembre 2011. C’est la première étude qui confirme la contamination de puits d’eau à la suite de la fracturation de puits de gaz de schiste. Il s’agit d’un aquifère situé près de Pavillion au Wyoming, une petite ville située dans le Wind River basin, une vallée profonde encastrée entre des montagnes et remplie de sédiments très riches en hydrocarbures. Peu de temps avant la parution de l’étude, les autorités sanitaires avaient demandé aux résidents concernés de cesser de consommer leur eau. L’EPA y avait alors décelé du benzène et d’autres hydrocarbures. L’industrie du gaz et ses défenseurs ont été très prompts à dénigrer ce rapport d’étude. Un représentant d’EnCana* a affirmé que les scientifiques de l’EPA avaient pu eux-mêmes contaminer l’eau échantillonnée, lors du forage de leurs puits (d’eau) témoins ou au moment des prélèvements. « Les conclusions de l’EPA ne sont pas basées sur la science réelle, mais plutôt sur la science politique », a déclaré le sénateur républicain de l’Oklahoma James Inhofe. « Cette annonce fait partie de la guerre livrée par le président Obama contre les carburants fossiles et sa détermination à faire cesser la production de gaz naturel », a-t-il ajouté. (msnbc.com)

Du renfort pour les pro-gaz

En janvier dernier, nous apprenions la formation de l’Association québécoise des fournisseurs de services pétroliers et gaziers (AFSPG) présidée par Mario Lévesque, propriétaire d’une entreprise spécialisée en relevés sismiques. Ce sont des promoteurs impliqués dans l’industrie qui, convaincus que le Québec se lancera dans l’exploitation (du gaz) à grande échelle d’ici 2 ans, souhaitent que la province développe son propre secteur de services dans ce domaine. « Cela accélérerait l’implantation des entreprises gazières/pétrolières avec l’espoir de forer une moyenne de 200 puits par année… si l’on peut développer une industrie (de services) au Québec, on devrait pouvoir réduire les coûts pour les entreprises », de dire M. Lévesque. Fondée en décembre 2011, l’AFSPG compte 3 administrateurs. En plus de M. Lévesque, il y a Michael Binnion (p.-d.g. de Questerre, gazière/pétrolière albertaine) et André Boisclair (ex-ministre de l’Environnement du Québec) qui avait été recruté comme conseiller pour Questerre en septembre 2011. (Alexandre Shields, Le Devoir, 12 janvier 2012)

*EnCana : Première compagnie productrice de gaz naturel en Amérique du Nord. Née de la fusion de PanCanadian Energy Corporation et de l’Alberta Energy Company Ltd. EnCana a aussi son pendant pétrolier.

Imprimer