Spectacle Amal’Gamme
Oktopus, une courtepointe sonore

Gisèle Bart
Gisèle Bart

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Oktopus est une formation musicale qui se spécialise en musique klezmer, une musique de l’Europe de l’Est des siècles derniers. Ce groupe s’est choisi un nom qui allie celui d’une pieuvre à la notion du chiffre huit, nombre des mem-bres du groupe. Ils se produisaient à Prévost le 19 septembre et leur enthousiasme introduisait magnifiquement la saison 2015-2016 de Diffusions Amal’Gamme.

Le groupe est composé de Gabriel Paquin-Buki, clarinettiste, fondateur, arrangeur génial de la plupart des pièces au programme et compositeur de l’une d’entre elles, de Vanessa Marcoux, violoniste, également compositrice de deux des morceaux, de Marilène Provencher-Leduc, flû-tiste, de Geoffroy Cloutier-Turgeon, trompettiste, de Patricia Darche, tromboniste, de Matthieu Bourget, tromboniste basse, de Mathieu Bourret, pianiste et de Greg Fitzgerald, percussionniste.

Un beau reflet de lumière pourpre sur le rideau noir nous annonça le début du spectacle, suivi d’un frémis-sement prolongé à la tzigane du vio-lon. Puis, de l’arrière de la salle, résonna la clarinette. Sur la scène, trompette, trombones, batterie, flûte, violon et clavier s’emballèrent comme de beaux diables dans l’eau bénite. Ce sera une soirée unique dont le plaisir ressenti sera difficile à décrire. En effet, la musique klezmer étant celle de musiciens itinérants qui animaient les fêtes des villages, nous nous attendions certes à un tempérament festif, mais peut-être pas à être saisis par une telle émotion, comme si la musique s’était emparée de notre être tout entier.

Il est dit de cette musique qu’elle se nourrissait des musiques des pays traversés tout en y laissant sa propre influence. Le fondateur du groupe, M. Buki, que du sang polonais habite, lui a insufflé cette vocation : allier à cette musique klezmer des accents de jazz, de classique et même de traditionnel québécois, fabriquer une courtepointe sonore à partir de styles variés comme de tissus précieusement récupérés, d’où le nom d’une pieuvre aux nombreux tentacules donné à son groupe. Il y aura dans ce concert de multiples idées originales. Idées de mise en scène comme l’intro déjà décrite, comme ce facsimilé de feu de camp où les musiciens viendront s’asseoir à l’avant-scène, où ils quitteront même la scène, se disperseront dans la salle et nous envelopperont de leur envoûtante musique. Il y aura d’impromptus et heureux mariages d’instruments. Il y aura, entre autres moments fortement appréciés par l’assistance, un dia-logue violon et batterie, intitulé Je t’aime de trop, un morceau résolu-ment du 3e millénaire. Des montées de larmes viendront se mêler à des moments de folie comme une flûte torturante qui s’endiablera soudain ou comme dans une Rêverie de Bartok. Il y aura des moments totale-ment déjantés, des accélérations de rythme poussées au maximum des possibilités, exécutées pourtant en totale maîtrise, démonstration de la virtuosité hors du commun des musiciens. Comme il se doit, chacun des instrumentistes aura son « momentum ». Dans Misirlou, une des rares pièces mélancoliques du programme, nous serons emportés par l’expression d’une douleur intolérable qui s’achèvera en une finale étourdissante, comme pour fuir cette souffrance. Aux approches de la fin, un éclatement de joie se produira de par le son ensoleillé de la trompette, puis viendront les présentations et remerciements usuels, entre autres à l’excellent technicien du son, M. Guillaume Proulx qui a fait un travail de maître. La dernière pièce, Liberté, magnifique cavalcade de gitans enfuis à cheval d’un camp où ils avaient été retenus prisonniers, fut suivie d’un rappel inattendu, Le petit bonheur de Félix Leclerc. Complètement désarticulé, mais reconnaissable, arrangement à la Klezmer de M. Buki lui-même, il fut une éloquente démonstration de la démarche d’Oktopus, «perpétuer les riches traditions musicales de l’Europe de l’Est des siècles derniers tout en y ajoutant son grain de sel».

«Que du bonheur!», dirait Patrick Sébastien.

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