Pour une culture de la vie

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Jean Massé – Les sages disent que la mort fait partie de la vie. Moi, je me dis qu’on n’est pas obligé pour autant de la raccourcir. Malheureusement, c’est ce qui est en train de se passer. En effet, au rythme où nous semons la mort un peu partout dans les écosystèmes de la Terre, nous mettons en danger non seulement une multitude d’espèces, mais aussi le genre humain.

Pour David Suzuki, écologiste et généticien bien connu : «Le défi n’est ni technologique, ni politique, ni économique. C’est notre conscience qu’il faut changer radicalement. »1 Comme nous avons développé une culture de la mort en guise de mode prédominant de fonctionnement, la majorité de nos actions ont été et sont encore destructrices pour nous-mêmes et pour l’environnement. Cette attitude suprémaciste a été adoptée pour nous rendre maître de la nature afin de contrer ses humeurs et ses soubresauts.

Nous n’avons pas encore pris collectivement conscience que la Terre c’est aussi nous et que nous faisons partie intégrante de sa biosphère. Nous n’avons pas à prendre cette attitude de conquistador face aux éléments naturels, pas plus que d’adopter une stratégie de lutte permanente pour vivre; c’est là, un des plus grands mythes de l’humanité qui nous maintient dans le même sillon depuis fort longtemps. Nous avons plutôt besoin de coopérer, de nous entraider et de partager les fruits de cette coopération. Deux expériences2 menées dans les années 70, l’une par un psychologue et l’autre par un prof de sciences politiques, ont montré que la coopération, la réciprocité et le pardon l’emportent largement sur les comportements pirates, agressifs ou individualistes.

Mais qu’est-ce que la culture de la mort ? La culture de la mort c’est : « Celui qui croit qu’une croissance peut continuer indéfiniment dans un monde fini [celui-là] est soit un fou, soit un économiste », disait avec ironie l’économiste américain Kenneth Boulding, il y a plus de 40 ans. La culture de la mort c’est aussi de croire que la destruction des écosystèmes est le prix à payer pour avoir le niveau de vie matériel que nous avons. Mais la culture de la mort c’est avant tout de croire que l’être humain est foncièrement mauvais et que ce « fait » rendrait incontournable le recours à la domination, à la violence et à la corruption.

Dans son entrevue avec Québec science, David Suzuki va même jusqu’à dire que ceux et celles qui font fi de la science, devraient être jugés pour « crimes intergénérationnels », car pour lui cet « aveuglement volontaire aura des effets incommensurables à long terme sur la vie de nos enfants et de nos petits-enfants ». Son vœu a été exaucé, du moins en partie, car un des premiers jugements concernant la crise climatique a été rendu le 20 novembre dernier par un juge de l’État de Washington. Celui-ci a donné raison à 8 adolescents, malgré une représentation musclée de l’industrie pétrolière, en reconnaissant que « l’État avait l’obligation constitutionnelle de lutter contre les changements climatiques pour protéger les droits des générations à venir », rapportait Karel Mayrand dans son blogue au Journal de Montréal.

On dirait qu’on ne se rend pas compte que la vision du monde que nous avons adoptée jusqu’ici est destructrice pour nous tant sur le plan individuel que collectif. Les dégâts à réparer et les défis sont si importants que le temps nous est compté. Pour l’humanité, il est l’heure de choisir la vie, la coopération, l’entraide et le partage à tous les niveaux, dans tous les milieux et dans tous les lieux de notre maison commune. Le temps est venu de prendre conscience. Si nous n’ouvrons pas cette porte, « Tout ce que nous n’avons pas ramené à la conscience se manifestera [dans notre vie] comme le destin ou la fatalité », a si justement énoncé Carl Gustave Yung, le père de la psychologie analytique. Prendre conscience, c’est sortir du rôle de la victime ou du bourreau pour enfin instaurer plus d’harmonie. C’est ce que je nous souhaite de tout cœur pour l’année 2016. Joyeuses fêtes à tous.

  1. Le Devoir, 4 décembre 2015. Article de Josée Blanchette – Dégénérations.

Entrevue de David Suzuki avec Lucie Pagé dans Québec science, décembre 2015.

  1. Études du psychologue Anatole Rapaport et du professeur de sciences politiques Robert Axelrod rapportées par Bernard Werber dans Nouvelle encyclopédie du savoir relatif et absolu. Éditions Albin Michel et Bernard Werber, 2009.
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