Entrevue avec Francine Allain, ex-directrice de Diffusions Amal’Gamme
« Là, tout n’est qu’ordre et beauté… »

Francine Allain, directrice de Diffusions Amal'Gamme de 1990 à 2015.
Gisèle Bart
Gisèle Bart

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Ces intérieurs spacieux, propres et rangés où les seuls objets un peu délinquants sont de magnifiques bouquets m’ont toujours impressionnée. Je suis venue au domicile de Mme Francine Allain la rencontrer en tant que retraitée depuis novembre 2015 de son poste de directrice de Diffusions Amal’Gamme, tenu pendant vingt-trois ans. D’emblée, j’ai devant les yeux les deux pôles dominants de sa personnalité, la discipline et le culte du beau.

En différentes occasions, nous avons pu lire l’historique de Diffusions Amal’Gamme, cet organisme diffuseur de concerts à Prévost.  Aujourd’hui, je souhaite cette entrevue axée sur toi, Francine. Je vais quand même te demander comment tu es arrivée à Diffusions Amal’Gamme ? – Soprano, j’ai fait partie du Chœur de la Laurentie puis du Groupe choral Musikus Vivace ! fondé en 1992 par le Centre culturel et communautaire de Prévost (CCCP) qui diffusait déjà des concerts. M’étant impliquée bénévolement dans le fonctionnement de la présentation des concerts du Groupe choral, j’en suis venue de fil en aiguille à prendre en charge ceux qui étaient présentés par le CCCP et fus engagée comme responsable de la programmation dans le milieu des années 90. C’est à l’instigation des dirigeants de la Ville de Prévost en 2002 que notre organisme a pris le nom de Diffusions Amal’Gamme (DAG) pour distinguer sa mission du nom de la bâtisse qui l’abritait. La croissance de DAG a fait en sorte que le ministère de la Culture et des Communications l’a reconnu comme diffuseur intermédiaire accrédité à la condition qu’il ne  soit pas axé uniquement sur la musique classique, mais qu’il soit pluridisciplinaire et qu’il produise au moins une vingtaine de concerts par année. Par la suite, DAG fut nommé finaliste aux Prix Opus du Conseil québécois de la musique, ce, en 2013, puis en 2015.

Devant l’ampleur de la tâche, as-tu hésité ?  – Je suis une fille de défis. Si quelque chose m’intéresse, j’accepte même si j’ai peur. Il faut dire qu’alors, je ne savais pas dans quel grand bateau je m’embarquais.

Quelle est la principale raison qui t’a fait adhérer au projet ? – Mon amour de la musique, ma passion première, et surtout l’occasion qui m’était offerte de promouvoir la musique classique dans notre région, ma musique de prédilection.

En quoi consistait principalement ton travail ? – Très varié. Mais en grande partie, c’était du travail de bureau comportant de nombreuses stations au téléphone. J’ai installé mon bureau à notre domicile et il pouvait sonner de huit heures et demie à vingt-deux heures tous les jours. Je me souviens de mémorables séances de collage de timbres avec des bénévoles dont le noyau fondateur est encore là aujourd’hui. Il y avait également les « montages et démontages » de la salle. En vingt-trois ans, je compte sur les doigts d’une main ceux que j’ai manqués.

chorale_Allain (1)Par la suite, avec l’évolution des technologies, y a- t-il des défis qui se sont avérés plus difficiles ? – À l’arrivée des ordinateurs, j’ai dû suivre des cours, mais j’ai tout de suite aimé.

Sais-tu combien de groupes ou artistes vous avez reçus ? Et combien de bénévoles se sont voués à votre organisme jusqu’à ce jour ? – Plus de 500 groupes ou artistes et plus de trente bénévoles.

Ces derniers ne sont pas nombreux. Est-ce à dire qu’ils furent fidèles ? – Absolument !

Il n’y a pas longtemps, un artiste disait sur la scène : « Enfin à Prévost !… ». Je t’ai vue à l’œuvre et inciter les bénévoles à traiter les spectateurs et artistes comme s’ils les recevaient dans leur propre maison et agir toi-même dans ce sens. Est-ce inné chez toi ou acquis ? – C’est naturel chez moi. Je considère comme primordial l’accueil chaleureux des personnes humaines.

Je t’ai vue parfois devoir te montrer sévère afin d’obtenir qu’une chose se fasse telle qu’elle devait être faite. Devais-tu à ce moment-là te faire violence ? – Il est vrai que je considère la discipline indispensable pour atteindre nos buts. Je suis aussi une personne transparente. Je dis immédiatement et sans détour ce que j’ai à dire et directement à la personne concernée.

Un grand moment dans l’évolution de DAG à relater, de ceux qu’on qualifie de « momentum » ? Pour me répondre, je vois arriver aux yeux de Francine, cette grande sensible, un filet de larmes qui se représentera à quelques reprises au cours de l’entrevue. – Sans aucune hésitation, l’acquisition du dernier piano à l’automne 2011. Un majestueux Yamaha C7. Cet achat fut rendu possible par l’apport de la Caisse Populaire de Saint-Jérôme qui en a généreusement payé la moitié. L’autre moitié fut assumée par la vente du piano précédent, lequel avait été acheté avec les profits de fameux pianothondons.

Et pourquoi l’achat de ce Yamaha ? – Parce que le précédent était devenu inadéquat vu le très haut niveau des pianistes invités, pour la plupart de renommée internationale.

Nomme-moi les aspects de ton travail que tu as le plus aimés. – D’abord, j’ai du mal à appeler ça un « travail ». Mises à part les deux dernières années où j’étais surchargée parce que sans relève à l’horizon, les vingt-trois années passées à DAG ont été pour moi du pur bonheur.  Ce que j’ai le plus aimé, c’est la relation privilégiée que j’ai eue avec des artistes d’un si haut niveau, la chance d’écouter en direct des musiques parfois sublimes, la chance d’en connaître de nouvelles, la proximité que j’ai eue avec des centaines de mélomanes passionnés, l’amitié de bénévoles aussi dévoués à la cause que moi. Comme on dit, « j’étais sur le X » dans ce travail.

Qu’as-tu trouvé le plus difficile ? – La difficulté de promouvoir la culture au Québec. Nombre de nos artistes sont bardés de prix prestigieux en Europe et ont du mal à gagner leur vie ici.

Malgré que tu aies souhaité ta retraite, des aspects de ce travail te manquent-ils ? – Pour l’instant, je me sens plus en congé qu’à la retraite. Je jouis de ce repos avec le sentiment d’une tâche bien accomplie et avec l’apaisement que me procure le fait d’avoir trouvé en

Bernard Ouellette une relève des plus fiables. Une relève passionnée et expérimentée. Sa tâche sera allégée par le fait que Yvan Gladu, mon mari, a décidé de demeurer dans le tableau et de l’assister, ayant été lui-même remplacé à la présidence par Raoul Cyr, un autre mordu. Quant à moi, je vais continuer d’aller aux concerts. Je vais juste arriver moins tôt !… (Rires).

Francine, as-tu une autre passion que la musique, laquelle pourra éventuellement occuper un peu de tes temps libres ? – J’ai une deuxième passion et c’est l’astrologie. L’astrologie scientifique qui prend en ligne de compte le lieu, l’heure et la date de la naissance de l’individu. J’ai d’ailleurs déjà fait la carte du ciel de plusieurs personnes de mon entourage. J’aime également beaucoup la couture et les voyages. J’espère avoir la chance de visiter plusieurs endroits dans les années à venir.

Francine, à mon arrivée nous avons tout naturellement parlé de température, comme le font tous les Québécois (c’est une Africaine qui me l’a fait remarquer). Je t’ai demandé si tu aimais la neige. Tu m’as répondu que tu es une fille du mois de mai, une fille du printemps. Tu aimes son renouveau, les petites pousses vertes qui se faufilent même à travers un reste de neige. Francine, c’est ce vivifiant renouveau que je te souhaite. Il ne me reste plus qu’à te remercier sincèrement pour ton apport titanesque à la promotion de la culture via la belle musique dans notre région. Te remercier sincèrement comme tu l’as si bien fait toi-même lors de tes aurevoirs, en n’oubliant personne, ni les commanditaires, ni les spectateurs, ni les bénévoles, ni les artistes, de ta voix émue de fille qui n’aime pas avoir sur elle les projecteurs, démonstration ultime de ton immense sensibilité. 

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