Contra-Danza

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Gisèle Bart
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Un voyage « virtuose », une soirée enveloppante

Gisèle BartLe 22 octobre dernier, à la salle St-François-Xavier de Prévost, Diffusions Amal’Gamme nous présentait le duo Contra-Danza formé du clarinettiste Denis Doucet et du guitariste Sébastien Deshaies. L’affiche nous l’avait annoncé : avec les deux protagonistes debout de chaque côté d’une voie ferrée, chacun un pied posé sur un rail, ce serait un voyage . Un voyage musical en Occident. Un « voyage virtuose ».

À vingt et un ans, le grand compositeur Wolfgang Mozart, principalement claveciniste, découvrait au sein d’un orchestre le son « magique et ouaté » de la clarinette. C’est en effet l’impression générale que j’ai retenue de ce concert, un moment de douce paix entre parenthèses, surtout qu’elle était acoustique. Le voyage annoncé nous mènera de l’Espagne au Québec, de la Hongrie à l’Irlande, de l’Autriche à la France, de l’Italie et de l’Amérique du Sud à de nouveau l’Espagne pour se terminer en Europe de l’Est.

Dès le tango de Francesco Tarrega, l’un des fondateurs de ce style, une gaminerie, nous goûterons à l’évidente joie de vivre de ce duo, ce qui n’empêchera pas la mélancolie de s’immiscer de par le second tango, El Raton. D’un M. Lachapelle, un Québécois, nous bénéficierons d’une effervescente montée d’émotion. À un mystérieux Bartok, lequel s’est consacré à mener la musique traditionnelle hongroise au niveau de « grande musique » succédera un traditionnel irlandais. Volutes de la clarinette, maîtrise de l’exécutant, passion chez le guitariste qui apparaîtra moins accompagnateur que dans les pièces précédentes, la pièce se termine joliment par une note grave chez l’une, finement aiguë chez l’autre. Au Manuel de Falla, tour à tour mélancolique et dramatique, les rôles seront inversés. Une guitare sophistiquée, une clarinette moins discrète aux petites notes intelligentes.

Après quoi les deux musiciens relèveront un défi, interpréter L’air de la Reine de la nuit de Mozart, la clarinette jouant le rôle de l’orchestre. Amusante, jolie, ce fut une performance réussie. Ensuite, ce fut, guitare épurée, la si belle Pavane de Fauré. Suivront une pièce écrite expressément pour eux par Vinicius et enfin un traditionnel klezmer, une danse typique de mariage, une même mélodie jouée sur plusieurs tons exprimant le désarroi de la promise, la détermination du fiancé et la frénésie des convives qui font la fête. Après cet exploit, habileté extrême du guitariste et maîtrise impressionnante de son souffle chez le clarinettiste, tout le monde pouvait se permettre une pause, nous y compris.

Au retour, plus calmes, un Vinicius, un très beau Morricone, un enveloppant Piazzola avec ses belles basses qui viennent sporadiquement nous tordre l’âme et en extraire d’intenses émotions. Un deuxième défi, décidément il n’y a rien à l’épreuve de ces deux-là, Aranjuez mon amour de Joaquin Rodrigo, normalement joué par un orchestre et une guitare. Ce fut un émerveillement, à mon goût la pièce de résistance de ce concert. Virtuosité du guitariste qui tirait de son instrument un son comparable à celui de la harpe, perfection du son chez le clarinettiste, un beau cadeau, par ailleurs très apprécié.

Enfin, ils nous annoncèrent la finale, un klezmer complètement débridé, facéties, concours de sons étranges de la part des deux instruments, tentatives de s’étonner l’un l’autre. Ils obtinrent du public des frappements de mains enthousiastes et même des sifflets complices. Le voyage était terminé. Mais avant de poser bagages ils nous accordèrent non pas « une chanson douce » mais une « petite prière », un Ave Maria peu connu de Piazzola.

Une sensation pour décrire ce concert ? Douillettement enveloppant. Un mot ? Éclectisme. Comme un prisme qui montrerait différentes facettes de la beauté

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