Le Trio Con Brio

Photo de Paul Liboiron: Le trio Con brio: Mariane Patenaude, Claude Régimbald et Jean-Philippe TanguayPhoto de Paul Liboiron: Le trio Con brio: Mariane Patenaude, Claude Régimbald et Jean-Philippe Tanguay
Gisèle Bart
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Deux flutes et un piano, joie, énergie et élégance

Gisèle BartPuis, le 29 octobre, toujours à Prévost, toujours sous l’égide de DAG, se produisit le Trio Con Brio, « Deux flûtes …» , Jean-Philippe Tanguay et Claude Régimbald venu de France « … et un piano » , tenu par Mariane Patenaude. Énergie dans la démarche de cette dernière, élégance de gentlemen chez les flûtistes, sourires éclatants chez les trois, nous pouvions nous attendre à un concert ensoleillé.

D’abord, Jean-Sébastien Bach. Berceur, une note longtemps soutenue par l’une des flûtes en même temps que volutes entrelacés de l’autre, pianiste compétente et attentive qui se fait présente, mais discrète à l’adagio connaissant la puissance dont un piano est capable, nous voici d’emblée  emportés vers des sphères plus élevées. Puis, au fur et à mesure que se déroule la pièce, enthousiasme, vivacité, un piano qui s’impose un peu plus, finale lumineuse, nous voici imprégnés par la joie. Début des plus invitants ce Bach en majeur !

Pour des extraits de La flûte enchantée de Mozart qui suivra, la pianiste sera absente. Les deux flûtistes tenteront de nous faire oublier une malencontreuse réflexion du grand compositeur à savoir « Qu’est-ce qui est plus faux qu’une flûte ? Réponse, deux flûtes ! » Fausseté ?  Il n’y en eut pas. Plaisir ? Oui, absolument ! Puis, résultat d’une soirée entre deux amis, j’ai nommé le grand Beethoven et Friedrich Kuhlau surnommé « le Beethoven de la flûte », suivit une pièce dramatique, puissante, étoffée où l’on reconnut la poigne de Ludwig. On y a ressenti beaucoup d’harmonie entre les deux flûtistes. La pianiste, revenue, y prit de l’importance et n’y joua plus le seul rôle d’accompagnatrice, y exécutant seule quelques passages qui permirent d’apprécier encore plus sa virtuosité. Le dernier mouvement fut un rondo enjoué. Beethoven  aurait proclamé : « Je n’ai pas collaboré à ce morceau pour l’amour de la musique, mais pour l’amour de l’art. »

Après la pause, c’est avec Debussy que le Trio  se réinstalla sur la scène. Rêve éthéré, fantaisie, justesse, fermeté, toutes ces facettes se sont retrouvées dans le jeu de cette Petite Suite. Après cette charmante récréation M. Régimbald nous déclara : « Voici venu le moment tant attendu, celui de la pièce « contemporaine » de la soirée ! Rire général dans la salle ! « Bien sûr il y aura des syncopes, des dissonances, des changements de rythme » continua-t-il « mais soyez sans crainte, il s’agit d’une composition pas trop rébarbative qui demeure accessible… » Mais les musiciens ne se doutaient pas qu’il y a à Prévost un public tout à fait averti pour cette musique. Ce fut donc au tour de Robert Muczynski ( 1929-2010) d’être interprété. En effet, stridence, finales de mouvements en demi-ton, primesautière, taquine, mystérieuse comme l’exploration d’une forêt dense, belle ascension du son, il n’y eut aucune douleur ressentie de notre côté, que du bonheur pour notre intelligence. La poignée de main qu’échangèrent messieurs Régimbald et Tremblay nous démontra l’importance des difficultés dont ils venaient de triompher ensemble avec brio.

Ils nous annoncèrent enfin le dernier bloc, deux pièces composées par Franz & Karl Doppler, deux frères contemporains de Victor Hugo, qui jouaient ensemble sur la même flûte, performance qui devait s’avérer des plus ahurissantes. « Comme M. Tanguay et moi avons étudié ensemble à Montréal et comme nous nous sommes toujours côtoyés, nous pouvons dire que nous sommes des frères de flûtes. Aussi, nous allons tenter de terminer brillamment avec l’œuvre de deux frères, virtuoses de la flûte du XIXe siècle ».

« Brillamment » ? Mission accomplie ! Les difficultés en furent surmontées haut la main, autant par la pianiste que par les flûtistes. C’est enfin une œuvre des plus énergiques du Russe Ernesto Köller, le flûtiste attitré du Tsar, que ce trio nous joua en rappel, La valse des fleurs. Nous venions de passer un beau moment de joie contagieuse.

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