Zodiac Trio

Photo: Serge Pilon ; Zodiac trio : Vanessa Mollard, violon, Riko Higuma, piano, Kliment Krylovskiy, clarinettePhoto: Serge Pilon ; Zodiac trio : Vanessa Mollard, violon, Riko Higuma, piano, Kliment Krylovskiy, clarinette
Sylvie Prévost
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Soirée atypique : Piano, violon et clarinette

Sylvie PrévostTout dans cette soirée a été atypique… pour notre plus grand plaisir et pour élargir nos horizons.

La formation piano, clarinette et violon est assez rarement entendue. Pourtant violon et clarinette, à les écouter ici, sont faits pour s’entendre et danser accompagnés du piano. Comme peu de compositeurs se sont intéressés à ce genre de trio  avant le 20e siècle, le Zodiac Trio procède beaucoup par commande d’ œuvre et fait ses propres arrangements.

Le samedi 5 novembre 2016 : Histoires & images, Zodiac Trio

Vanessa Mollard, violon, Riko Higuma, piano, Kliment Krylovskiy, clarinette.  A. Piazzolla : Milonga  et Muerte del Angel ; S. Prokofiev : Pierre et le loup ; N. Gilbert : Comment révéler un secret  ; O. Ben-Amots : Dance of the Seven Circles  tiré de Nigun ; I. Stravinsky : L’Histoire du soldat.

Mme Higuma a signé ceux que nous avons entendus : deux pièces de Piazzolla et Pierre et le loup  de Prokofiev.  Dans les deux premières, les musiciens font une foule à eux trois et la danse est manifeste : coquine tout autant qu’inquiétante, sulfureuse et tragique. La séduction agit et le public cède !   Puis, rupture de ton avec le Prokofiev dont elle a su capter l’essence et traduire toutes les subtilités d’orchestration.  Depuis combien de temps ne vous a-t-on pas conté d’histoire ? Si certains ont moins aimé le concept, j’y ai succombé avec délice et mes voisins aussi !

Au retour de la pause, nous plongeons dans la musique contemporaine. D’abord, aimable hommage au Québec, Nicolas Gilbert, un Montréalais, dans un collage de cinq courtes pièces dont les titres rappellent Raymond Queneau et ses exercices de style…  Est-ce de la musique que nous devons apprivoiser ou l’inverse ?

Loin des épanchements du Romantisme, des conventions du Classicisme, des techniques joyeusement explorées du Baroque, cette musique est avant tout le fruit de notre époque : celle où tout va vite, où les calculs d’ingénieur dominent l’architecture, où la science rit de l’instinct et des savoirs traditionnels, où les couleurs sur une toile laissent l’observateur en tirer une image. Mais ce n’est pas que  ça, car c’est aussi l’époque où l’on goûte avec plaisir des produits inédits, des assemblages inusités, où l’on peut entendre et apprécier 1000 genres de musique, où s’ouvrent des perspectives nouvelles et prometteuses lorsque science et tradition se donnent la main, où les disciplines artistiques collaborent, brouillent les frontières et ouvrent au public de nouvelles expériences sensorielles.

Bien sûr, c’est déroutant et ça «brasse la cage». Nous restons d’abord interdits, comme l’ont été les premiers observateurs du cubisme, en peinture. Ça ne nous empêche pas d’être titillés, intéressés, séduits par cette beauté singulière. La musique contemporaine, dans sa complexité, renvoie de nous-mêmes une image si juste que nous ne nous reconnaissons presque pas. Exactement comme nous tombons des nues la première fois que nous entendons un enregistrement de notre propre voix.

La pièce de Gilbert et celle Ben-Amots ont eu cet effet. Cette dernière tient de la tradition klezmer (comment y échapper avec une clarinette ?), mais l’habille tout autrement. Il en résulte une grande force expressive et une très forte présence.

Plus loin, L’Histoire du soldat de Stravinsky, cacophonique par nature parce qu’il s’agit d’un soldat (certainement en choc post-traumatique…) qui a des démêlées avec le diable, nous paraît déjà plus convenu… preuve qu’on s’y fait, finalement.

Longue digression… qui ne doit pas m’empêcher de souligner la performance des instrumentistes. Outre son talent d’arrangeuse, Mme Higuma démontre beaucoup  de stabilité sous une certaine timidité. Le piano est rarement mis en valeur, mais chaque fois, on ne peut douter de la maestria de la pianiste tant le ton et la couleur sont parfaits.  Mme Mollard, extrêmement concentrée, joue avec brio d’un violon particulièrement sonore, ce qui lui permet d’être à armes égales avec la clarinette. Le clarinettiste est simplement fabuleux. Chat à pas de velours, canard maladroit, tourbillon klezmer, vedette ou second rôle, il se glisse avec une aisance égale dans tous les personnages, il excelle dans tous les registres.

Soirée haute en couleur pour esprits curieux !

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