L’humanité au-delà des guerres

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Louise Guertin- Pour paraphraser Northrop Frye, la littérature est comme une paire de lunettes nous donnant une autre perspective sur le monde, une vision pleine conscience. Le hasard a voulu que je lise, coup sur coup ce dernier mois, trois livres avec les guerres en toile de fond. C’est pourtant l’humanité que ces œuvres m’ont permis de toucher.

Écoutez nos défaites (Acte Sud 2016) – Laurent Gaudé a reçu en 2004 le prix Goncourt pour Le Soleil des Scorta. Aucun de ses livres ne laisse indifférent. Dans son dernier livre paru fin 2016, il explore la guerre, le pouvoir, ses jeux cruels où même la victoire a un goût de défaites, les petites et les grandes.

C’est un roman choral dans lequel on entend les voix d’Hannibal marchant sur Rome, celle de l’empereur Hailé Sélassié d’abord mis en fuite par l’Italie de Mussolini et ramené par les Britanniques; et celle spectrale du général Grant qui gagne contre les confédérés. Très habilement l’auteur fait écho à l’actualité du XXIe siècle avec deux personnages contemporains qui se questionnent : un espion français, Assem, devant sa dernière mission et une archéologue irakienne, Mariam qui tente de sauver les œuvres d’art dans les zones dévastées par les guerres. Par ces personnages, l’auteur pose un regard sur l’absurdité de la guerre, l’hypocrisie, la faiblesse des uns et le courage des autres. Le sujet est difficile, les descriptions graphiques, mais le souffle de l’auteur nous porte.

L’archipel d’une autre vie (Seuil 2016) – Lauréat des prix Médicis et Goncourt 1995 pour Le Testament français, le dernier roman d’Andreï Makine se déroule principalement dans la Russie d’après-guerre, au début des années 50 aux confins de l’Extrême-Orient, près de l’archipel des Chantars.

Comme Gaudé, Makine lie son récit à notre époque. Pavel, le personnage principal, se raconte à un adolescent (orphelin de prisonniers), envoyé à Tougour. En 1952, Pavel et son compagnon (à l’entraînement contre une éventuelle attaque nucléaire) ont comme mission de rattraper un criminel. Dans un climat de méfiance et d’abus de pouvoir, une longue poursuite s’engage dans la taïga. La relation entre poursuivants et poursuivis évolue. Andreï Makine offre un récit haletant, porteur d’espoir au-delà des guerres et des régimes où l’être humain est capable de dépassement : « À cet instant de ma jeunesse, le verbe vivre a changé de sens. Il exprimait désormais le destin de ceux qui avaient réussi à atteindre la mer des Chantars. »

Charlotte (Folio 6135) – Roman pour lequel l’auteur, David Foenkinos a reçu les prix Goncourt des lycéens et le Renaudot 2014, Charlotte est l’histoire de Charlotte Salomon, artiste peintre, née à Berlin, qui traverse les affres de la Deuxième Guerre mondiale pour mourir enceinte, à l’âge de 26 ans, à Auschwitz en 1943. Au début, le style étonne avec ses courtes phrases présentées comme une ode. L’auteur explique :

« Je n’arrivais pas à écrire deux phrases de suite.

Je me sentais à l’arrêt à chaque point.

Impossible d’avance.

C’était une sensation physique, une oppression.

J’éprouvais la nécessité d’aller à la ligne pour respirer.

Alors j’ai compris qu’il fallait l’écrire ainsi. »

Ce style particulier de l’auteur réussit à transmettre sa passion pour cette peintre, morte trop jeune. On découvre sous sa plume, une artiste exceptionnelle, une peintre dont on veut découvrir les œuvres.

Autres lectures

Vous avez aimé Chaussures italiennes de Henning Mankell ? Dans son ultime roman, Les bottes suédoises (Seuil 2016), on retrouve les mêmes personnages. Dès les premières pages, la maison de Fredrik Welin, médecin à la retraite vivant sur une île, est détruite par le feu. Ce n’est pas une enquête comme celles de Wallander, mais un moment pour le personnage principal âgé de 70 ans, de se questionner sur sa vie et sur la vieillesse.

Si comme moi, vous aimez l’auteur Jean-Paul Dubois, vous voudrez lire son dernier roman La succession (Éditions de l’Olivier 2016). Paul Katrakilis, médecin et joueur de pelote basque à Miami, essaie d’échapper au lourd bagage familial. Il se voit dans l’obligation de retourner à Toulouse à la mort de son père qui s’est suicidé. À la fois observateur critique de nos sociétés, l’auteur réussit à nous charmer avec son humour et encore une fois, à nous surprendre

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