Réunir le cheval et le vétéran

Dave Blackburn et Chantal Soucy avec un des partenaires équins d’Equi-Sens

(Photo André Boudreau)Dave Blackburn et Chantal Soucy avec un des partenaires équins d’Equi-Sens (Photo André Boudreau)
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Cheval et vétéran, une combinaison prometteuse

André Boudreau, vétéran de l’Aviation royale canadienne.

Le cheval, une bête majestueuse qui suscite admiration et respect, a un historique de longue date en termes de participation aux conflits armés. Des évidences archéologiques font remonter leur implication militaire à quelques milliers d’années avant notre ère. Xenophon, un officier grec de cavalerie, a même écrit en 360 avant Jésus-Christ un traité détaillé sur les façons de faire avec les chevaux. Aujourd’hui, quelle surprise, on découvre que le cheval peut être mis à profit pour réparer les blessures de stress opérationnel (BSO) subies par les militaires et par d’autres métiers caractérisés par des risques de BSO : policiers, pompiers, ambulanciers, bénévoles dans des contextes de catastrophe, etc.

Qu’est-ce qui causent des BSO? Typiquement, vivre des épisodes de stress intenses, voir des choses horribles, vivre des situations de stress continu sont autant de cas susceptibles de générer « des perturbations psychologiques persistantes (telles que la dépression, l’anxiété, le syndrome post-traumatique et la consommation d’alcool et de drogues) » (Hale, Schlik et Collins, 2013).

Dave Blackburn, PhD., professeur au département de travail social de l’Université du Québec en Outaouais – campus de Saint-Jérôme (UQO-SJ), dirige un projet de recherche visant à évaluer les bienfaits de l’équithérapie (zoothérapie avec le cheval) pour des vétérans ayant subi un choc post traumatique. Le professeur Blackburn connait bien la problématique. Au cours de sa longue carrière avec les Forces Armées Canadiennes (FAC), il a agi comme clinicien en santé mentale sur le terrain à Kandahar en Afghanistan puis à Chypre comme chef d’équipe en santé mentale auprès des militaires revenant de mission en Afghanistan et décompressant avant le retour au pays. Il a vu de première main ce qu’est le stress opérationnel en zone de conflit et ses effets sur l’être humain.

Il faut avoir rencontré des vétérans qui sont allés au combat pour comprendre leurs difficultés à reprendre une vie normale. Blessés au combat, ils deviennent inutiles aux Forces armées et sont éjectés des Forces; mutilés physiquement, émotivement ou psychologiquement. Ils peinent souvent à se trouver un emploi décent dans la vie civile. « Il y a, au Canada, quelque 700 000 vétérans et plus de 100 000 membres actifs des Forces armées canadiennes (FAC) et de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) qui, un jour, joindront leurs rangs. » (Rapport annuel 2014-2015, Ombudsman des vétérans, p. 7)

L’équithérapie

La zoothérapie est reconnue aujourd’hui pour les bienfaits qu’elle peut apporter dans beaucoup de problématiques de vie (p.ex. la solitude chez les personnes seules) ou de santé (handicaps physiques, problèmes de santé mentale).

Équi-Sens de Terrebonne est un centre d’équithérapie qui travaille en collaboration avec l’équipe du professeur Blackburn. On y dessert plusieurs clientèles. Sa co-fondatrice, Chantal Soucy, définit l’équithérapie et leur approche comme suit :

L’équitation thérapeutique sert à stimuler les gens sur le plan physique, mental, intellectuel, émotionnel et comportemental en utilisant des chevaux. En plus d’être thérapeutique, cette forme d’équitation est autant éducative qu’amusante. Les séances d’équithérapie sont menées par un thérapeute, c’est-à-dire un professionnel ayant une formation initiale dans le domaine de la santé ou milieu social et une spécialisation en équithérapie. Les objectifs poursuivis varient selon chaque élève. Au début de chaque session, un PETI (Plan d’équitation thérapeutique individualisé) est élaboré pour chaque élève. Les objectifs sont fixés avec la collaboration du cavalier, des parents, ainsi que les professionnels œuvrant auprès de lui. Ils tiennent compte du handicap du cavalier, de son expérience et de ses besoins. (http://www.equi-sens.ca/#!about_us/c12dk)

Équi-Sens est un organisme à but non-lucratif qui loue terrain, bâtiments et animaux des Écuries Spirit à Terrebonne. Créé en 2005 par Chantal Soucy en partenariat avec Anne-Marie (propriétaire des Écuries), l’organisme s’inspire des meilleures pratiques développées par l’ACET (Association canadienne d’équitation thérapeutique – Canadian Therapeutic Riding Association (CanTRA)), EAGALA (Equine Assisted Growth and Learning Association) et la méthode Eponaquest de Linda Kohanov (http://eponaquest.com/). Le centre est membre de la Fédération québécoise d’équitation thérapeutique (FQET). Son président de conseil d’administration est un vétéran, Gilles Brais, LCol. Retraité, président du Conseil des anciens commandants du 4e Bataillon Royal du 22e Régiment (Châteauguay) ; le LCol (Ret) Brais a été commandant de ce bataillon de réservistes.

La recherche

L’objectif du projet est de fournir des preuves scientifiques quant à la valeur de l’équithérapie comme méthode de guérison des BSOs. Le professeur Blackburn explique. «La littérature scientifique trace généralement un bilan positif de l’utilisation du cheval dans le cadre du traitement de problèmes de santé physique (Hammer et al., 2005). En contrepartie, les recherches sont très limitées quant aux impacts psychosociaux et mentaux chez les anciens combattants qui souffrent d’une blessure de stress opérationnel. Le ministre des Anciens combattants du Canada est d’avis que plus de recherches «… aideront à établir si l’utilisation de l’équithérapie pourrait constituer un traitement efficace pour les vétérans qui ont besoin de soutien en santé mentale» (O’Tool, 2015).

Les résultats préliminaires avec dix vétérans chez Equi-Sens sont prometteurs. On est à recruter un dernier groupe et on prévoit publier les résultats à la fin de 2017. Deux défis ressortent à date : comment maintenir les effets bénéfiques après la période de thérapie avec le cheval, et comment minimiser le contraste majeur entre l’encadrement militaire et la structure minimaliste de la thérapie où l’on attend une grande autonomie de la part du vétéran.

Le professeur Blackburn et son équipe se sont vus accorder une nouvelle subvention, cette fois pour étendre au reste du Canada le projet de recherche sur l’efficacité de l’équithérapie pour aider les victimes de BSO à retrouver un mieux-être.

Pour plus de détails :

http://uqo.ca/accueil/fiche/dave-blackburn

http://www.equi-sens.ca/

http://www.45enord.ca/2017/01/equi-femme-pour-les-familles-des-veterans-souffrant-de-troubles-de-stress-operationnel/

https://en.wikipedia.org/wiki/Horses_in_warfare

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