Dr Reeves et le cœur

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Valérie Lépine
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La pollution donne mal au cœur

Valérie Lépine – Le 20 avril dernier, François Reeves, cardiologue d’intervention, a prononcé une conférence au cégep de Saint-Jérôme faisant état des plus récentes études montrant le lien étroit entre la santé et l’environnement.

Dans le cadre du Jour de la Terre, célébré tous les ans le 22 avril, la CSN Laurentides avait invité le cardiologue François Reeves à présenter les données scientifiques démontrant le lien étroit qui existe entre la santé cardiaque et la qualité de l’environnement.

D’emblée, le Dr Reeves a déclaré que la maladie coronarienne, due à l’athérosclérose1, est la maladie dont la prévalence est la plus élevée au monde : une personne sur trois en souffre. Or, la maladie coronarienne était très rare chez l’humain avant 1850. C’est la révolution industrielle, basée sur les combustibles fossiles, qui a fait apparaître ce fléau.

À la recherche des causes

L’athérosclérose, à la base de la maladie coronarienne, est liée à plusieurs facteurs : l’hérédité, l’hypertension, le diabète, la sédentarité, le tabagisme, le stress et l’obésité.

Deux de ces facteurs, l’obésité et le diabète, sont devenus épidémiques dans les pays industrialisés et sont en lien direct avec notre alimentation. Celle-ci a radicalement changé depuis la révolution industrielle. L’industrie agroalimentaire inonde les supermarchés de produits transformés qui contiennent souvent de grandes quantités de sel, de sucre, de gras trans (qui sont apparus dans les années 1920) et de pesticides. Selon le Dr Reeves, ces éléments sont tous devenus des « agresseurs alimentaires » pour notre corps. À titre d’exemple, l’apport quotidien recommandé en sel est de 1 500 mg, mais nous en consommons en moyenne entre 3 500 et 5 000 mg, dont 75 % proviennent de l’alimentation industrielle.

« La cardiologie est une spécialité environnementale »

François Reeves affirme qu’il y a, annuellement, 7 millions de décès prématurés dans le monde dus à la pollution. De ce nombre, 40 % sont dus aux cardiopathies et 40 % aux accidents cérébro-vasculaires (ACV). On ne peut donc plus nier que l’environnement est un facteur significatif qui influence la santé cardio-vasculaire.

Durant la conférence, le Dr Reeves a énuméré une série d’études scientifiques qui démontrent le lien étroit entre la pollution et la santé cardio-vasculaire. Ainsi, on a démontré qu’un pic de pollution dans une ville entraîne un pic d’infarctus et un pic d’ACV. Quand la qualité de l’air est passable, les ACV augmentent de 35 à 50 %. On a même découvert qu’il y a plus de cas de diabète dans les endroits pollués puisque les éléments pathogènes dans l’air augmentent la résistance à l’insuline. Inversement, lorsque la pollution de l’air diminue, l’espérance de vie augmente de quatre à cinq ans.

Plantez des arbres !

Les arbres ont un rôle crucial à jouer dans la santé cardio-vasculaire. Ils peuvent en effet mitiger les effets délétères des polluants aériens en servant de filtres à air et en diminuant le nombre d’îlots de chaleur. Il faut savoir que la température et la toxicité des polluants aériens sont étroitement corrélées : plus la température augmente, plus les polluants atmosphériques (dont l’ozone) deviennent toxiques.

Vivre en milieu vert diminue les taux de mortalité dus aux maladies cardio-vasculaires. Dans les quartiers de villes nord-américaines où l’agrile du frêne2 a fait dépérir une grande quantité d’arbres, on a vu le taux des maladies pulmonaires ou cardio-vasculaires augmenter.

Depuis les années 80, au Japon, on pratique d’ailleurs le shinrin-yoku. Cette pratique qui peut se traduire par « prendre un bain de forêt » est devenue un des fondements de la médecine préventive japonaise. On a démontré que le fait de marcher dans un boisé diminue à la fois la fréquence cardiaque, la pression artérielle et le taux de cortisol (hormone reliée au stress).

Le Dr Reeves a conclu son allocution en disant qu’il serait possible de diminuer de 25 % le taux de maladies cardio-vasculaires en diminuant l’alimentation industrielle et la pollution de nos villes et tout en y augmentant le nombre d’oasis de verdure.

  1. Athérosclérose : Maladie dégénérative de l’artère ayant pour origine la formation d’une plaque d’athérome (dépôt lipidique) sur sa paroi (source : Encyclopédie Larousse en ligne)
  2. Insecte coléoptère qui s’attaque au frêne et le fait éventuellement mourir.
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