Hépatite C

Une patiente qui reçoit son diplôme (à gauche)
Photo : Valérie LépineUne patiente qui reçoit son diplôme (à gauche) Photo : Valérie Lépine
Valérie Lépine
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Traiter sans préjuger

Valérie Lépine – L’hépatite C est un tueur silencieux : ce virus a fait ses ravages pendant des années, à l’insu des personnes infectées, jusqu’à ce qu’il soit presque trop tard. Son dépistage est aujourd’hui facile, son traitement efficace, son éradication possible. Il s’agit maintenant de rejoindre les populations vulnérables.

Jean Robert, médecin à la clinique Santé Amitié Photo : Valérie Lépine

Jean Robert, médecin à la clinique Santé Amitié
Photo : Valérie Lépine

Le Centre Sida Amitié (CSA) a souligné la Journée québécoise de lutte contre l’hépatite C en invitant, le 27 avril dernier à la vieille gare de Saint-Jérôme, différents intervenants des milieux de la santé et d’organismes communautaires à assister à une présentation sur la maladie, les freins à son traitement et les solutions possibles.

Hugo Bissonnet, directeur général de l’organisme, et Julie Tremblay, médecin à la clinique Santé Amitié, ont d’abord fait un portrait de la situation.

Le virus de l’hépatite C, qui se transmet par contact direct avec le sang d’une personne contaminée, infecte 123 millions de personnes au monde, soit entre 3 et 4 fois plus que le VIH. Il s’attaque au foie et peut demeurer sans symptômes apparents pendant des dizaines d’années. Un grand pourcentage des personnes atteintes ignorent qu’elles portent le virus ; elles peuvent donc transmettre la maladie sans le savoir. À long terme, le virus peut causer une cirrhose ou un cancer du foie. Il tue plus de gens que la grippe ou la pneumonie. Mais la maladie, quand elle est dépistée, est maintenant facilement traitable. Le traitement par comprimés a un taux de succès de plus de 95 %.

Les personnes les plus susceptibles d’être infectées sont celles qui sont exposées au sang régulièrement, celles qui font des traitements de dialyse, les prisonniers, les enfants de mères infectées et les amateurs de tatouages ou perçages. Mais c’est la population d’utilisateurs de drogues par injection ou inhalation qui est la plus vulnérable : elle représentait 63% des personnes atteintes au Québec en 2015.

Freins au traitement

L’épidémiologie de l’hépatite C au Québec ne diminue plus depuis 2015 avec 39 136 cas déclarés en 2015, soit cinq personnes sur 1000, mais les chiffres réels seraient plus proches de 1 personne sur 100 (autour de 70 000 cas selon l’Institut national de santé publique du Québec).

En moyenne, de 2011 à 2015, les Laurentides ont eu le plus grand nombre de cas déclarés après Montréal et c’est la région qui a eu le taux d’infection le plus élevé par 100 000 habitants durant cette même période.

Or, Hugo Bissonnet déplore qu’il n’existe actuellement pas de stratégie fédérale ou provinciale pour contrer la maladie. Il ajoute qu’actuellement seulement 14,8 % des consommateurs de drogues injectables ont accès au traitement. La discrimination et les préjugés de la part des médecins minent les efforts de prévention et de traitement. De plus, les infrastructures des services de santé actuels ne sont pas adaptées aux réalités des personnes marginalisées. Le manque de formation des professionnels de la santé sur cette question, la complexité des démarches ainsi que le manque de ressources sont d’autres facteurs qui limitent grandement l’accès au dépistage et au traitement. En conséquence, entre 5 et 6 % seulement des personnes atteintes sont traitées (contre 95 % de ceux qui ont le VIH).

Pistes de solutions

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Hugo Bissonnet, directeur général du CSA Photo : Valérie Lépine

Un grand nombre de personnes infectées par l’hépatite C vivent plusieurs autres problématiques dont la dépendance aux drogues et les problèmes de santé mentale. « Pourtant, le traitement d’hépatite C devient souvent une opportunité pour commencer à prendre soin d’[elles] quand nous leur [en] offrons l’opportunité », affirme M. Bissonnet.

Lors de la présentation du 27 avril, le CSA a énuméré quelques mesures qui permettraient d’atteindre les objectifs de l’OMS1. Il faudrait d’abord élargir le bassin des personnes en mesure de prescrire le traitement et élaborer des stratégies pour rejoindre les populations prioritaires.

L’éducation est aussi primordiale puisqu’elle permet par exemple d’informer les gens sur les dangers de réutiliser les seringues. On a prouvé que l’éducation diminue la proportion de réinfection chez les utilisateurs de drogues injectables. Le CSA, qui mise avant tout sur la prévention et l’éducation, a d’ailleurs enregistré seulement trois réinfections après traitement en trois ans. Et la très grande majorité des personnes traitées adhèrent au protocole jusqu’à la fin.

Mais surtout, les représentants du CSA affirment que la seule approche pour éliminer l’hépatite C est la collaboration entre les différents intervenants des milieux communautaires et de la santé et le continuum de services. Ce continuum de services consiste en cinq pôles majeurs : dépister, investiguer, référer, traiter et encadrer.

Cette approche globale, communautaire et multidisciplinaire, le CSA la pratique depuis plusieurs années. Le Dr Jean Robert, médecin à la clinique Santé Amitié, la décrit comme une approche centrée sur le patient (« le patient, c’est lui le patron »), mettant l’accent sur la qualité de l’accueil et affichant les succès des personnes qui fréquentent la clinique.  Soulignons que la clinique du CSA, installée près des gens susceptibles d’être infectés à Saint-Jérôme, a adopté une pratique tout à fait charmante qui consiste à afficher le nom des patients qui ont guéri de l’hépatite C. Tous ces patients reçoivent aussi un diplôme et sont photographiés, avec un mortier, avec le personnel de la clinique. Ce diplôme est souvent le premier qu’ils reçoivent.

Le Dr Jean Robert a conclu la présentation en reprenant les propos de son article récemment publié dans Le Devoir2. Il y déclare qu’il est primordial que les intervenants en santé vainquent leur peur des « junkies » puisque cette peur est à l’origine des préjugés. Cette peur est, selon le Dr Robert, « le principal obstacle pour l’accès aux soins de la personne infectée de l’hépatite C. »

  1. La stratégie de l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) sur les hépatites virales adoptée en mai 2016 par 194 gouvernements dont le Canada a pour objectifs de traiter huit millions de personnes contre l’hépatite B ou C d’ici à 2020 et de diminuer de 90% le nombre des nouvelles infections et de 65% le nombre des décès dus à l’hépatite virale d’ici à 2030.
  2. « Hépatite C: contrer la peur de l’autre en soi», Le Devoir, 25 avril 2017.
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