Nostalgie d’un transport apprécié

Jean-Guy Joubert
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Histoire du P’Tit train du Nord, qui a contribué au développement des Laurentides

Jean-Guy JoubertL’évocation du nom du P’Tit Train du Nord évoque généralement une foule de souvenirs pour quiconque. Ne pensons qu’aux multiples moutures de séries et de films des Pays-d’en-Haut, ou, aux randonnées à pied, à ski, en raquettes ou à vélo, qui meublent notre univers collectif.

Le P’Tit Train du Nord a marqué l’histoire et grandement contribué au développement des Laurentides. Son  histoire débute vers 1860, alors que le curé Antoine Labelle lance son projet de chemin de fer visant à consolider son plan de développement des Laurentides. Le projet piétine jusqu’à ce que se produise, en 1872, lors d’un hiver rigoureux, une pénurie de bois de bois de chauffage à Montréal. Le projet étant considéré plus sérieusement, un premier tronçon reliant Montréal à Saint-Jérôme est inauguré en 1876. Le Curé Labelle n’entend pas en rester là, et poursuit son rêve de colonisation du Nord. En mai 1888, Honoré Mercier, premier ministre de l’époque, le nomme au poste de sous-commissaire au Département de l’agriculture et de la colonisation du Québec. L’année suivante, en juillet 1889, le Curé Labelle est nommé Protonotaire apostolique (Évêque sans diocèse) par le pape Léon XIII. Le 26 décembre 1890, Monseigneur Labelle démissionne de son poste au Département de l’agriculture et de la colonisation en raison de ses nombreux conflits avec l’archevêque de Montréal, Monseigneur Fabre. La semaine suivante, le 4 janvier 1891, Monseigneur Labelle meurt à Québec.

C’est en 1892, un an après sa mort qu’un second tronçon reliant Saint-Jérôme à Sainte-Agathe est inauguré. Ce n’est finalement qu’en 1909, que le tronçon final est complété jusqu’à Mont-Laurier.

Tourisme hivernal

Les gares construites tout au long de son parcours ont contribué à l’essor des Laurentides et tout particulièrement au niveau de sites de villégiatures. C’est d’ailleurs à partir des années 1920-1940 que le tourisme hivernal se développe de façon importante. Le P’Tit Train du Nord était né, transportant des centaines de voyageurs allant goûter aux plaisirs du ski de fond sur les réseaux de pistes ayant été aménagés par nul autre que le légendaire norvégien Hermann Smith-Johannsen, aussi connu sous le nom de Jack Rabbit.

Arrêt des services en 1960

L’achalandage du train allant en diminuant suite au développement compétitif des réseaux routiers, le Canadien Pacifique, gestionnaire de l’infrastructure ferroviaire abandonne son service passager en 1960 entre Montréal et Mont-Laurier et demande, par la suite, à de multiples reprises, au ministère fédéral des Transports l’abolition du service.

Projet pilote en 1978

Ce n’est qu’en 1977, que la Corporation régionale de développement des Laurentides (CRDL), l’Association touristique des Laurentides (ATL) et le Canadien Pacifique, lancent un projet-pilote pour remettre en service le P’Tit Train du Nord au cours de l’hiver 1978. C’est donc, cette année, le 40e anniversaire de cet évènement.

Je travaillais à ce moment, en activité de recherches de fin d’études universitaires, avec le CRDL sur ce projet. Le projet-pilote visait le nolisement, par le CRDL et ATL de trains exploités par le Canadien Pacifique dans le but de démontrer la viabilité d’un service permettant de dynamiser le potentiel récréotouristique des Laurentides. C’est donc sur une période de huit dimanches entre le 22 janvier et le 19 mars 1978 que furent effectués ces voyages qui se rendaient tantôt aux terminus ferroviaires de Sainte-Agathe (5 fois) ou de Labelle (3 fois).

Un parcours festif

Le voyage inaugural du 22 janvier 1978 se mit donc en marche à partir de la gare Windsor de Montréal vers la gare de Sainte-Agathe. Ce fut l’occasion pour tous les citoyens et les gares du parcours à partir de Saint-Jérôme : Prévost, Piedmont, Mont-Rolland, Sainte-Marguerite, Val-Morin, Val-David et Sainte-Agathe, de se vêtir de leurs plus beaux atours pour accueillir et saluer le passage du train et des voyageurs. Le trajet inaugural qui devait, en théorie, durer un peu moins de 2 h 30, prit largement plus de temps que prévu, le train cumulant les retards lors de l’arrêt aux gares à cause des célébrations et des discours tout au long du parcours. Les passagers n’étant pas en reste tout au long du trajet, bonhomie et activités festives étant au rendez-vous. La découverte des paysages laurentiens, par le chemin de fer, offrait une nouvelle perspective. Ce fut aussi une magnifique opportunité de redécouvrir une partie des réseaux de pistes de ski de fond tissées par monsieur Jack Rabbit cinquante ans auparavant.

Ce projet-pilote connut un vif succès, l’offre dépassant largement la demande.

Par la suite, jusqu’en 1980, Via Rail remit en service un petit convoi de trois wagons partant le samedi en matinée de Montréal, se rendant à Labelle, et, retournant le diman-che en soirée à Montréal. Ce court épisode marque une période de renaissance du P’Tit Train du Nord.

Service abandonné

En 1981, suite aux pressions exercées par le développement majeur du transport routier, par le Canadien Pacifique et la tenue d’audiences publiques, le service ferroviaire est abandonné.

De 1981 à la fin des années 1990, le réseau ferroviaire et quelques gares entre Saint-Jérôme et Mont-Laurier sont démolis. Parallèlement certains organismes régionaux tablent sur un projet visant à transformer ce corridor en parc linéaire. En 1994, le gouvernement du Québec fait l’acquisition de l’emprise ferroviaire et en fait la location aux diverses MRC traversant son territoire (MRC Antoine Labelle, MRC des Laurentides, MRC des Pays-d’En-Haut et MRC de la Rivière-du-Nord). En 1996, le parc linéaire du P’Tit Train du Nord voit le jour. Ce joyau, partie intégrante de la Route Verte, est au cœur d’un axe récréotouristique important.

Nostalgie sans doute ou manque de vision de nos décideurs dans le dernier demi-siècle, à l’heure où les défis en transports actifs et mobilité mettent de plus en plus en lumière la densité de la circulation sur l’axe de la 15 Nord, je verrais sans doute ce même lien ferroviaire à la puissance 2.0 revivre sur le corridor Mont-Tremblant – Montréal. À cela on pourrait raccorder le réseau de pistes originalement greffées aux gares et parcourant le paysage laurentien de jadis, malheureusement aujourd’hui charcuté, amputé et sacrifié par

le développement sauvage des Laurentides… Je pense que ce quarantième anniversaire du projet-pilote marque un jalon important dans l’histoire des Laurentides.

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