Société d’histoire RduN

Linda Rivest, directrice générale et archiviste, Photo : Cyndie Chouinard, 2016
Valérie Lépine
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La mémoire en péril

Valérie Lépine – La Société d’histoire de la Rivière-du-Nord faisait paraître au début de février un communiqué faisant état de son inquiétude face à son avenir. Le nouveau programme d’agrément de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ), faisant partie de la refonte des programmes gouvernementaux, risque de mettre en péril son fonctionnement.

La Société d’histoire de la Rivière-du-Nord (SHRDN) est un centre d’archives privées agréé. Basée à Saint-Jérôme, elle est l’un des deux seuls centres agréés des Laurentides. Il emploie deux personnes à temps plein (une archiviste et une technicienne) qui travaillent à la mission de l’organisme soit de conserver, protéger et mettre en valeur le patrimoine archivistique provenant principalement du territoire de la MRC de la Rivière-du-Nord.

Groupe lors d’une fête hivernale

Financement

35 % du financement de la SHRDN provient de programmes gouvernementaux qui ne sont pas récurrents. La majorité de ses sources de financement (soit environ 65 %) proviennent de contrats et de projets à l’extérieur de l’organisme. La SHRDN a par exemple participé à l’élaboration des panneaux historiques du Parc régional de la Rivière-du-Nord. Elle offre aussi du soutien professionnel aux sociétés d’histoire de la région qui n’ont pas les fonds pour engager du personnel qualifié. C’est donc dire que l’organisme doit consacrer beaucoup de son temps à trouver des sources de financement. Dans ces conditions, « il est difficile de se concentrer sur la mission première de l’organisme », déplore Linda Rivest, archiviste et directrice générale du SHRDN.

Refonte du programme de financement

Il existe au Québec un programme d’agrément et de financement pour les services d’archives privées depuis 1992. C’est le ministère de la Culture et des Communications qui octroie le financement et en détermine les modalités, mais c’est BAnQ qui gère le porte-feuille. Selon Linda Rivest, le budget de ce programme n’a pas augmenté depuis sa fondation.

Or, le ministère de la Culture et des Communications a, il y a quelques mois, décidé de modifier le programme. « Non seulement le Gouvernement n’accordera aucune augmentation budgétaire aux services d’archives privées agréés, mais il a aussi demandé à BAnQ de procéder à des modifications majeures aux programmes d’agrément et de financement », a dénoncé le Regroupement des services d’archives privées agréés du Québec (RSAPAQ) qui représente 39 centres d’archives dans la province1.

Les changements se traduisent d’abord par un changement de paradigme : le financement sera dorénavant basé sur la performance, celle-ci étant calculée entre autres par le nombre de fonds traités ou le nombre d’activités annuelles de diffusion qui ont été organisées (expositions, édition d’un livre, etc.). Ensuite, comme Linda Rivest l’explique « l’enveloppe basée sur la performance passe de 844 500 $ à 750 000 $ pour le soutien de 25 centres maximum. Le soutien pour du traitement d’archives où 50 centres maximum seront en compétition pour présenter des projets (dont plusieurs gros centres d’archives comme le Musée McCord ou le Centre canadien d’architecture de Montréal) passe de 159 800 $ à 254 300 $. La compétition sera donc importante pour se démarquer. »

Avec cette refonte, les centres d’archives devront donc s’adapter à une nouvelle culture basée sur l’auto-financement et la concurrence.

Groupe de skieurs près des chutes Wilson

Précarité

La directrice générale de la SHRDN craint pour l’avenir de l’organisme jérômien. Sa fermeture se traduirait par une perte d’accessibilité aux archives régionales et une perte d’expertise importante dans le domaine. Mme Rivest espère que la mise en lumière de la situation précaire des centres d’archives privées suscitera une réflexion tant auprès des décideurs que des citoyens.

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