Jérôme Ducharme, guitariste

Sylvie Prévost
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Austérité et merveilles

Sylvie Prévost – Équilibrant deux longues pièces de maîtres anciens par plusieurs autres de compositeurs contemporains, le programme de ce concert ouvre une fenêtre bienvenue sur la musique d’aujourd’hui, plus sévère peut-être, mais combien intéressante.

Jérôme Ducharme a attaqué son récital par la Sérénade de Gubaïdulina, résolument contemporaine dans son écriture, surprenante dans son exécution, mais exprimant des sentiments de calme et de contemplation. De là, nous avons glissé aisément vers une transcription que le guitariste a faite de la Suite BWV 995 de Bach. Ici, la tranquillité du Prélude répond à la sérénité de la première pièce. La Fugue, d’une difficulté redoutable, préserve parfaitement la clarté des voix et il en est de même des autres mouvements, bien dansants. Les transcriptions présentent toujours un risque de trahison… évité grâce au profond respect de l’architecture, de la cohérence qui sous-tend l’œuvre de Bach et grâce à l’intelligente musicalité du transcripteur qui ne perd pas de vue la ligne expressive. Bravo pour cet exercice scolaire qui nous donne la mesure de ce que sera le musicien épanoui.

Nous revenons ensuite à une pièce contemporaine – canadienne de surcroît! que le guitariste a mis en contexte, et illustré d’exemples clairs. Mandala de McKinley est pleine d’atmosphères différentes, laissant beaucoup de place à l’imagination des auditeurs. Assemblant de nombreuses techniques, elle nous fait passer à travers feux et états d’âme. Puissance et élégance sont au rendez-vous pour nous suggérer différents suspenses, de la violence, de la tristesse… La finale d’une délicatesse extrême nous subjugue et nous lance dans l’intemporel et l’aléatoire de notre condition humaine. Soutenue par une force d’expression particulièrement dense, c’est un très beau moment de méditation.

Au retour de pause, Hommage pour le tombeau de Debussy de De Falla m’a paru vibrant de nostalgie. La Sonate brillante op. 15 de Giuliani qui a suivi est une charmante pièce d’un tout autre ordre. La sensibilité musicale de Ducharme est ici plus accessible pour le public. Elle transparaît dans les inflexions de tempo, les variations de dynamique et de toucher. La pièce explore les possibilités de l’instrumentiste, sa virtuosité, la finesse et l’intensité dont il est capable.

Quelques études de Brouwer ont ensuite dépeint des paysages mélancoliques et solitaires qui conviennent bien à l’instrument et qui ont fini de nous convaincre, si besoin était, des qualités du musicien. Les Variations sur un thème de Django Reinhardt ont clos cette soirée en beauté sur un ton plus léger, mais non moins virtuose.

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