Quatuor Despax

Sylvie Prévost
Sylvie Prévost

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Fougueux classicisme

Sylvie Prévost – Beau rassemblement familial… de Toronto, Montréal et Gatineau, les quatre membres du Quatuor Despax sont venus jouer à Prévost

Hormis d’être formé de quatre membres d’une même famille et d’être d’origine mi-haïtienne, cet ensemble se caractérise par un très bel équilibre du son, beaucoup de précision dans son jeu et de caractère dans son interprétation. Le programme propose plusieurs courants musicaux, quatre grands maîtres. C’est du costaud!

Le Haydn est l’une des toutes premières pièces écrites pour cette formation. On sent que la forme se cherche, n’ose pas encore se déployer librement. Despax en fait une interprétation très contrastée dans les dynamiques, très dansante. Le violoncelle, d’une justesse parfaite soutient l’ensemble sans faillir et avec beaucoup d’esprit. Le premier violon, excellent instrument, a un son bien plein et bien campé.

Le Dvořak qui suit se développe d’abord en gracieuses volutes et persévère dans le caractère dansant et léger de la première pièce. Il est interprété avec beaucoup d’esprit et de musicalité.

L’Hiver de Vivaldi est habituellement joué par un ensemble plus important, ce qui laisse nos musiciens en terrain découvert… La justesse est plus que jamais de rigueur. Pas de reproche à faire, si on excepte quelques imprécisions dans les notes intermédiaires du premier violon. Le caractère, tel que l’a défini Vivaldi lui-même dans ses poèmes, est très bien rendu.

La dernière pièce, et non la moindre, est de Brahms. Tourments et passion sont au rendez-vous, avec de belles lignes dans les voix graves. Le second mouvement est élégiaque, bien senti et d’une belle intensité. Le second violon et l’alto y font un travail remarquable, très vivant.

Malgré la fatigue (le voyage vers Prévost dans la pluie verglaçante n’était déjà pas facile) qui a transparu en fin de concert, le quatuor a livré de belles pages de musique de façon remarquable. Que manque-t-il pour qu’il soit excellent? Peut-être simplement de mûrir sa personnalité propre, par exemple, de moins coller au texte ou de ne pas souligner si fortement ou si uniformément le caractère. Et aussi, je pense, pour une cohésion sans faille, que le premier violon ne s’échappe pas lorsque sa partie est en silence, qu’elle écoute activement les autres et participe en son for intérieur à ce qu’ils jouent.

Très belle rencontre pour un très bel après-midi, que personnellement j’ai dédié à ma jeune cousine Martine, décédée cette semaine d’un cancer du poumon.

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