Cécile Germain Morin

Michel Fortier

Michel Fortier

directeur, rédacteur en chef chez Journal des citoyens
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Une grande dame nous a quitté

Michel FortierUne grande dame nous a quittés. Cécile Germain Morin est décédée le vendredi 16 mars 2018, à l’âge de 81 ans. Cécile Morin, épouse de Roger Germain était l’une des 17 enfants du clan Morin de Prévost, la mère de notre notaire et maire Paul Germain, mais aussi la sœur des Marie, Odette et Marc-André qui ont tous été chroniqueurs dans ce Journal. Vous découvrirez à la lecture des témoignages qui suivent une femme remarquable qui a été tour à tour, mère, journaliste, écrivain, peintre, redresseur de torts et qui a su instiller à ceux qui ont eu la chance de la connaître, un profond sentiment de justice et d’humanité.

Cécile ma sœur, mon amie

Odette Morin – Comme dans d’autres très grandes familles, il y a de mes frères et sœurs avec lesquels je n’ai jamais habité. Lors de ma naissance, ma sœur Cécile était mariée et avait un fils de trois mois. Vu que mon neveu Claude (Germain) et moi avions des atomes crochus dès notre tendre enfance, nous étions très souvent ensemble, alors j’ai beaucoup côtoyé Cécile et j’ai bénéficié de son influence positive et créative. Elle était parfois comme une deuxième mère, mais j’ai toujours senti que j’avais un statut particulier à ses yeux, comme si je n’étais pas une enfant. Elle aura été un mentor, d’abord pour ses enfants, mais aussi pour moi. Avec beaucoup d’amour, de sincérité et d’enthousiasme, Cécile savait trouver les mots d’encouragement qui vous faisaient vous sentir comme le roi ou la reine de votre discipline, quelle qu’elle soit. Son sourire, sa chaleur, sa générosité vont nous manquer. Hélas! Elle n’est plus des nôtres, mais je me console, car mes souvenirs d’elle sont tellement agréables !

Ma sœur Cécile, mon amie

Marie Morin – À 81 ans, encore très alerte intellectuellement, Cécile pouvait discuter des dernières avancées scientifiques et elle était au courant de l’actualité locale et internationale. Elle n’a jamais cessé de se renseigner et d’échanger.

Même enfant, elle savait déjà ce qu’elle voulait, elle voulait étudier. Comme dans sa jeunesse l’éducation à Prévost finissait en septième année, elle a refusé d’en rester là et a cherché un moyen de poursuivre ses études.

Sa première tentative pour trouver une solution lui a fait prendre le train pour Montréal toute seule – sans avertir personne – à l’âge de 13 ans. Mais, rendue à la gare Jean-Talon un bon samaritain a appelé une de nos tantes qui l’a ramenée à la maison. Mais elle n’a pas accepté cet échec, elle a fait par elle-même des démarches, allant jusqu’à écrire au cardinal Léger pour lui demander son aide, ce qui lui a permis de finir ses études secondaires à Montréal dans une institution pour jeunes filles.

Ses études ont été jalonnées de résultats bien au-dessus de la moyenne et pour ceux qui se souviennent de cette expression, ses diplômes ne portaient rien de moins que la mention « très grande distinction ». Et, très grande distinction, c’était bien elle ça. Toujours féminine et délicate dans ses manières, mais capable de magnifiques colères quand il s’agissait de redresser des torts et de défendre et protéger ses enfants.

Pour ses enfants, elle a toujours été présente et attentive et elle a su les guider efficacement avec un gant de velours. Ils font la preuve aujourd’hui de la valeur de l’éducation qu’ils ont reçue. Pour ses enfants, même au terme de sa vie, elle a continué à être économe disant toujours : on fait attention, c’est pour nos enfants.

Ses enfants passaient avant tout, mais il y avait de la place aussi pour ses frères et sœurs pour qui elle avait une affection profonde qui lui était bien rendue. Elle était toujours prête à nous féliciter et à encourager nos tentatives dans nos domaines d’action. Elle était importante pour nous et elle va beaucoup nous manquer.

Dans sa vie, Cécile a tout fait, tout essayé. Ce dont je me souviens, entre autres : secrétaire, peintre, céramiste, écrivaine, tenancière d’une maison d’accueil pour enfants en difficulté, journaliste à L’Écho du Nord, employé au sous-titrage des nouvelles et courtière en assurances…

Avec son mari, Roger Germain, avec qui elle formait une super équipe qui a duré 63 ans, elle a travaillé à la rénovation de leur première maison de Prévost et à celle qu’ils ont achetée plus tard à Mont-Saint-Michel où ils ont fait l’élevage de truites, de porc et de volailles, de même que la culture de pleurotes et d’immenses jardins potagers. Dans ses loisirs, en plus de la peinture et de l’écriture, elle fabriquait des tapisseries magnifiques dont les sujets étaient des scènes champêtres du genre vie de village et le temps des sucres. Elle a aussi travaillé pendant quelques années à mettre au point un jeu très intéressant basé sur l’astrologie auquel elle était près de mettre la touche finale dans les derniers mois de sa vie. – Infatigable Cécile, repose-toi maintenant, tu l’as bien mérité.

Cécile et sa leçon du déterminisme social

Marc-André Morin – Ma grande sœur Cécile était ma marraine et elle a été bien plus. Elle était ma protectrice et mon guide. Lorsqu’on vient au monde en milieu hostile, dans un petit village en dehors de la route, on découvre très vite que les préjugés et les ressources limitées nous préparent une vie de merde. Pour s’en sortir, il faut foncer tête baissée et surtout ne pas tomber dans les ornières qui nous sont proposées. Il faut combattre de toutes ses forces le déterminisme social.

C’est ce que Cécile m’a fait comprendre dès le plus jeune âge.  Quand j’avais cinq ou six ans, il m’arrivait d’aller passer une semaine chez elle à Montréal.  Je m’en souviens comme si c’était hier de ces semaines dans la « normalité ». Le calme et la sécurité y régnaient. Plus que l’attention et l’affection qu’elle me donnait, c’est la conviction qu’une vie meilleure m’attendait qu’elle m’a transmise. Elle me disait souvent : « on n’est pas né pour un petit pain »,  renversant le sens désespéré de cette pauvre expression populaire.

C’est une fois adulte qu’on est en mesure de reconnaître tout ce qui a contribué à nous former. Aujourd’hui, pour tout le chemin accompli et à accomplir, je veux encore te dire : « Merci, Cécile ! »

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