Mille batailles

Louise Lecavalier et Robert Abubo - Photo André Cornellier
Diane Brault
Diane Brault

Les derniers articles par Diane Brault (tout voir)

Un spectacle de danse loin de la banalité, signé Louise Lecavalier

Diane Brault – « Elle a dansé mes batailles », déclarait Sylvie Fréchette double médaillée olympique en nage synchronisée, nouvelle porte-parole pour la série Danse 2019-2020 pour le théâtre Gilles-Vigneault, à Saint-Jérôme. Présente dans la salle au soir du 5 juin dernier, émue madame Fréchette donna ce commentaire au public immédiatement après la fin du spectacle, alors que tous attendaient la rencontre prévue avec les trois artistes, soit la légendaire danseuse Louise Lecavalier, le danseur Robert Abubo et le musicien Antoine Berthiaume.

La force principale de cette grande artiste de la danse contemporaine réside dans le fait qu’elle travaille chorégraphies et danse à partir de vraies dramaturgies. Elle sait capturer le cœur et l’âme du public et l’éloigner de la banalité.

Entrons dans la danse

L’éclairage se met au rouge et au noir. On voit la scène, on entend la musique, on voit les costumes et puis on oublie momentanément tout cela quand vient le moment où Louise Lecavalier se met à danser. Se manifeste alors dans notre cerveau toutes sortes de nouvelles connexions, une véritable transformation, tout devient onirique, hypnotique. La présence hyper physique sur scène est absolue, séduisante. Louise Lecavalier nous fait vivre la danse comme un absolu, un art total.

Les Mille Batailles de l’artiste

Louise Lecavalier et Robert Abubo – Photo André Cornellier

En association avec des créateurs géniaux, Louise Lecavalier chorégraphe demeure engagée dans l’univers de la danse à diffusion internationale. Dans les locaux de sa compagnie de danse Fou Glorieux à Montréal, elle poursuit sa constante recherche créative et évolutive sur un thème qui l’interpelle continuellement à savoir la puissance et la vulnérabilité du corps, elle qui est maintenant sexagénaire.

Dotée d’une extraordinaire mémoire corporelle, elle nous révélait lors de sa rencontre avec le public, après le spectacle, que tout est minutieusement chorégraphié ce qui ne laisse à peu près pas de place à l’improvisation. Toujours en mouvement, elle dansera cet été son spectacle Mille Batailles créé en (2016), mais aussi sa précédente création So Blue (2012) pas seulement au Canada, mais aussi en Europe. Candidement, elle avoua au public avoir déjà de nouvelles idées pour la création d’un futur spectacle.

Mille Batailles : l’urgence, l’absurde, et les éternels combats de la vie

Mille Batailles est une allégorie de nos combats des plus absurdes aux plus glorieux et des causes que l’on endosse. Des combats absurdes qui ne sont pas contre les autres. Des combats qui sont des causes, pas de la politique. L’œuvre de Lecavalier englobe autant les petits combats au jour le jour que les tourments qui nous traversent. À partir de ses lectures personnelles, elle s’est inspirée du Chevalier inexistant et de son écuyer, deux personnages du roman philosophique d’Italo Calvino.

« L’idée n’était pas de raconter l’histoire du roman, mais de m’en inspirer », explique la créatrice. Dans le roman, le chevalier n’existe pas. Il n’est qu’une armure vide dépourvue de corps. Il pense, il s’exprime, mais déborde de principes inamovibles. À l’inverse, son écuyer est un naïf dont le corps est bien réel, mais qui ignore qu’il existe, son esprit se trouvant dénué de conscience.

Mille Batailles : un miroir

Louise Lecavalier a beaucoup d’instinct. Que ce soit dans la gestuelle ou dans l’énergie déployée en association avec la musique, l’espace ou son partenaire de danse. Tout est là pour nous permettre d’imaginer la scène sur laquelle elle évolue comme un territoire de combat, un ring imaginaire où se livreraient nos propres mille et une batailles personnelles, tantôt extrêmes, tantôt éphémères.

Par la puissance évocatrice de son corps bien réel et de la danse, Louise Lecavalier sait comment nous renvoyer à nos propres luttes introspectives, nos idéaux, nos illusions, nos désillusions, nos aventures, nos mésaventures, mais surtout nos trop souvent moments d’inconscience. Elle incarne le génie qui nous rappelle l’importance de l’intensité de notre présence entière au monde.

Imprimer