Trio Fibonacci et Bohemia

Julie-Anne Derome au violon, Steven Massicotte au piano et Gabriel Prynn au violoncelle
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Une connexion… jusqu’à nos âmes

Carole Trempe – Le concert Bohemia interprété par le Trio Fibonacci fut présenté par Diffusion Amal’Gamme le 1er juin. Le groupe, d’une grande virtuosité, était composé de Julie-Anne Derome au violon, Steven Massicotte au piano et Gabriel Prynn au violoncelle.

Ce trio jouit d’une solide renommée internationale s’étant produit en Argentine, au Brésil, au Chili, en Chine, au Japon, aux États-Unis et dans plusieurs pays d’Europe et en Afrique du Sud. Trois interprètes passionnés, éloquents, et d’une virtuosité telle que je ne suis pas certaine qu’il existe un mot pour la décrire. Une soirée teintée de grande et belle musi-que de la Bohême du XIXe siècle.

Julie-Anne Derome, violoniste récipiendaire de prix prestigieux : le Prix spécial du jury au Concours Yehudi Menuhin à Paris 1992, Premier Prix du Mendelssohn Trust Award en Angleterre 1994, Premier Prix du Concours du Quatuor Emerson aux États-Unis en 1995 et bien d’autres. Une interprète passionnée, intense et énergique. Elle oscille entre un registre lyrique et élégiaque avec aisance, sensibilité et souplesse. La rigueur de son interprétation est hors du commun. À quelques occasions, elle est d’une intensité si présente et forte, qu’on se demande comment il se fait que son archet n’enflamme pas son instrument !

Steven Massicotte, pianiste a récemment terminé ses études de doctorat avec Jean Saul-nier à Montréal après un programme d’échange et un diplôme d’études supérieures à Vien-ne. Il a joué avec plusieurs orchestres, dont l’Orchestre Amadeus en Pologne sous la direction d’Anna Duczmal-Mroz, l’Orchestre Philar-monique des Musiciens de Montréal avec Philippe Ménard, l’Orchestre de l’Université de Montréal avec Jean-François Rivest et le Sinfonia de Lanaudière avec Stéphane Laforest. Il est également lauréat de nombreux concours, récemment nommé Grand gagnant du concours de l’Orchestre Philarmonique des Musiciens de Montréal. Un pianiste s’exprimant tout en nuances. Il est d’une grande musicalité, d’une grande intériorité. S’accomplissant de son rôle de soliste et de soutien avec brio. Très, très beau à entendre.

Gabriel Prynn, violoncelliste, s’est produit au St Lawrence Centre de Toronto, Merkin Hall à New York, au Musée d’Orsay à Paris, au festival d’Aldeburgh (Royaume-Uni) et à la Cité interdite de Beijing. Il enseigne en tant que professeur invité à l’Université de l’Ohio. On dit de lui qu’il a un archet particulièrement soyeux et un contrôle remarquable. Ceci est grandement fondé. Sa musicalité passe par son corps et par l’expression de son visage avant d’arriver au violoncelle. En observant son expression, on peut anticiper l’émotion qu’il fera vibrer sous son archet.

Ce trio dont le nom n’est pas sans évoquer le mathématicien italien (XIIe ) qui a mis en évidence la suite selon laquelle tout nombre, à partir du 3e, est égal à la somme des deux qui la précède. Fibonacci et le nombre d’or associés à des qualités esthétiques particulières et à des proportions harmonieuses entre les parties et le tout. Nos artistes ont peut-être choisi ce nom sachant qu’il contient plus de deux mille ans de mathématiques et de réflexion sur l’harmonie, sur les liens qui unissent les nombres et sur la perception que nous en avons ? Quoi qu’il en soit, ce trio est un pur joyau.

Au programme, Fibich et le Trio en fa mineur op.posth (1872) composé lorsqu’il avait 22 ans. Cette œuvre sera publiée huit ans après sa mort. Ce trio est composé de trois mouvements dont on entend la profondeur de la Bohême, les couleurs tchèques dans une étoffe tissée de romantisme, de lyrisme et de nostalgie.

Ensuite, Dvorak et le Trio no 4 Dumky. Dumky signifiant six petites pièces gaies et tristes. On entend un chant plaintif teinté d’une mélancolie et, tout à coup, jouent des instants de gaieté fulgurante. Ces changements abrupts d’humeur nous emportent dans la joie et dans la tristesse slaves. Une succession de passages lents, expressifs et folkloriques.

La dernière partie du programme dédiée à Smetana, le Père de la musique tchèque. Le Trio en sol mineur op.15 (1855) écrit après la mort de sa fille aînée. L’interprétation par les musiciens du Trio Fibonacci peut se résumer par ceci : la technique parfaite au service d’un puissant effet émotionnel. Pour commencer, un solo de violon vient camper le caractère personnel et tragique de l’œuvre, ce solo viendra hanter subtilement les trois mouvements. L’intensité augmente avec l’arrivée des deux autres instruments. On a peine à contenir nos larmes à l’écoute des lamentations. Plus on avance, plus le thème se libère de ses ornements et nous place devant la réalité crue du souvenir insoutenable. On assiste à la transcendance de la musique qui émerge de la douleur engendrée par la mort.

S’il fallut aux compositeurs dont nous avons entendu quelques œuvres, une connexion avec le plus Grand, pour écrire et faire ressentir, on peut affirmer qu’il en faut une également, aux artistes musiciens et interprètes qui ont mené cette magnifique et grande musique jusqu’à nos âmes.

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