Mots & mœurs

Gleason Théberge
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Chien et chat d’été

Sans trop en avoir l’air, l’été associe les contrastes de nos deux principaux compagnons quadrupèdes. Il commence en effet sous le signe du chien et conduit à l’attitude du chat. Car la première sensation qui nous vient à l’esprit quand on pense à cette saison bienheureuse, c’est la canicule, qui en est la période la plus chaude. Son sens premier vient de l’observation d’une étoile nommée Sirius, qui suit l’apparition du Soleil, l’été, dans la constellation dite du grand Chien. Canicula signifiant petite chienne, on reconnaîtra la parenté de son appellation canis dans le nom de la dent canine et dans le terme canidé, qui désigne tous les individus de cette espèce. De même origine est aussi le mot cynique, appliqué aux personnes qui affichent une indépendance d’esprit, laquelle peut aussi passer pour du mépris à l’égard des opinions habituelles.

Or, si la canicule est le phénomène majeur de l’été, son effet sur l’humain est de l’inciter à imiter l’indolence du chat et à ne rien faire. À cette noble paresse est associé le farniente, issu littéralement de l’expression italienne du fare (faire) niente (rien), et son cousin, le mot fainéant (fait-néant), offre lui un sens essentiellement négatif.

Une autre réalité liée à la période estivale est celle des vacances. En rapport étroit avec le verbe évacuer (expulser, rendre vide), être vacant signifie être disponible. On utilise l’expression pour un logement, une chambre d’hôtel, une fonction quelconque, un poste sur un conseil d’administration, pour lesquels on peut alors dire qu’il y a vacance (au singulier). On ne confondra pas cet usage avec les vacances (au pluriel), où ce n’est pas tellement la disponibilité qui est en cause, mais plutôt le fait qu’on a quitté les tâches habituelles, qu’il s’agisse d’études ou d’un travail.

Quant au mot été, lui-même, il est associé au parachèvement, comme dans il a été, une constatation qui peut nous affliger quand nous voyons la durée du jour décliner. Né d’une expression évoquant le fait de brûler, se consumer, c’est non seulement la chaleur qui est évoquée, mais aussi son résultat, son accomplissement, voire, son caractère périmé, comme dans l’anglicisme has been (azbîne). L’adjectif estival ou l’estivant (vacancier) qui en découlent révèlent mieux la parenté de l’été avec d’autres mots de même sens. L’estuaire d’un fleuve, par exemple, est de la même provenance et décrit l’endroit de l’aboutissement du cours d’eau, la zone où il se fusionne avec l’océan en disparaissant en tant que fleuve. On se rappellera, d’ailleurs, que de nombreuses anciennes civilisations faisaient commencer l’année nouvelle en automne, après le point culminant de la production des fruits, au moment où la fin des récoltes et l’endormissement de la nature préparent la renaissance de l’année suivante.

Bonne fin d’été à vous et à vos chiens et chats!

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