Deuil au village

Gleason Théberge
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La plupart en auront appris la nouvelle déjà: le Marché Bonichoix du quartier Shawbridge cessera ses activités le 31 mai prochain. Du marché (Raoul) Filiatrault au marché (Jacques) Dagenais, géré ensuite par Madeleine Filiatrault, et son frère Yvon, l’actuel marché de proximité avait d’abord adopté la bannière Axep quand la famille Piché en a fait l’acquisition, en 2002.

Et tout ce temps, la surface limitée des lieux permettait une fréquentation amicale du personnel, des allées et des comptoirs, lequel arrivait aisé- ment à bien connaître les clients coutumiers. Car c’était à une vie de village que l’établissement participait chaleureusement. Chacun y rencontrait une voisine, le professeur d’un de ses enfants, les dames de la poste, les commerçants d’en face… Accueillie aux caisses et au comptoir des viandes par les doyens, frère et sœur, Claude et Johanne Thibault, la population immédiate et des environs y trouvaient fruits et légumes de grande qualité, viandes préparées avec soin et servies avec humour, en plus de ce que tout autre établissement est en mesure de fournir en produits essentiels de tous genres.

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Et que dire des jeunes employés et des caissières qui y trouvaient un emploi près de chez leurs parents, tout le temps de leurs études, sinon que leur bonne humeur contagieuse rajeunissait l’établissement pourtant âgé de plus de cent ans, qui aura connu les livraisons en charrettes, en hiver, et en bicyclette, l’été, jusqu’à l’avènement de l’auto. Les amoureux de la gare se souviendront que Madeleine Filiatrault a fourni  gratuitement le café pour ses premiers visiteurs avant même que le célèbre bâtiment soit rénové… en cela pareille à Jean Paquette, dont le casse-croûte continue à fournir pains, saucisses et condiments pour la Fête nationale. Une tradition de générosité partagée par la famille Piché, dont le père, Richard, offrait des pommes à tous les enfants, et qui prévoit que la plupart des employés  actuels pourront être réengagés dans l’un ou l’autre des deux IGA dont elle est propriétaire. Mais cet artisanat généreux, comme la plupart des services de proximité logés dans des édifices vieillissants, les grandes surfaces le rend désuet depuis déjà longtemps, obligeant les consommateurs désormais anonymes à se déplacer de plus en loin de chez eux pour des services nécessairement de moins en moins attentionnés parce qu’offerts dans des édifices trop grands. La quincaillerie Monette, un temps reprise par le groupe Matério, aura vécu le même déclin. Le centre de location des vidéos, qui a déjà fermé ailleurs ses portes, avait choisi de se déplacer au nouveau centre commercial du quartier Lesage pour y rejoindre la pharmacie et les guichets de la Caisse populaire, jadis situés dans le secteur Shawbridge.

 

L’histoire de Prévost et de ses trois anciens villages est celle d’un développement résidentiel et commercial constant, et les autorités auront beau vanter le caractère champêtre de la ville, ce n’est qu’aux nouveaux arrivants qu’elle s’adresse. Personne ne veut revenir au temps des charrettes, mais la fermeture du Bonichoix nous fera pourtant vivre un deuil, car c’est bien ce que les commentaires entendus soulignent: chacun y vivait une relation familiale. Et il y a fort à parier que pour ceux qui le fréquentaient l’éloignement des autres épiceries, y compris celles de la famille Piché, dispersera la clientèle jadis habituée à se  rencontrer dans « son » épicerie.

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