Communiqué de presse du maire Richer – Un envoi qui fait réagir

Valérie Lépine
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Les résidents de Prévost ont sans doute pris connaissance du « communiqué de presse» envoyé le 2 juin dernier par le maire Germain Richer à tous les foyers de la municipalité. Le maire y prend à partie Paul Germain, citoyen et notaire de Prévost, en qualifiant certains de ses propos de men-songers et en dénonçant son utilisation illégale du logo de la ville dans quelques-unes de ses communications sur Facebook.

Mise en contexte

Les événements auxquels se rapporte le maire ont eu lieu en 2014. En mai de cette année-là, Paul Germain s’était opposé à l’adoption de deux règlements d’emprunt (676 et 677) et avait invité sur Facebook les citoyens du secteur affecté par ces règlements à aller signer le registre demandant la tenue d’un référendum. Sur sa page Facebook personnelle, M. Germain avait ajouté le logo de la ville de Prévost à la suite de ses messages. La Ville lui avait envoyé une mise en demeure lui intimant de retirer le logo de la ville de son site. Elle avait de plus fait une plainte à la Chambre des notaires à ce sujet.

Par ailleurs, le Parti prévostois a récemment repris les critiques de M. Germain concernant ces règlements d’emprunt en dénonçant la répartition des coûts des travaux concernés par ces règlements.

Le Parti a souligné que les travaux d’infrastructure de la rue Therrien avaient été financés à 50% par l’en-semble des contribuables de Prévost et à 50% par les résidents du secteur (environ 5 000 personnes). Or, selon le Parti prévostois, cette répartition des coûts était inéquitable puisque d’une part, ces travaux ne bénéficiaient qu’à un petit nombre de résidents, mais étaient payés par l’en-semble des citoyens. D’autre part, en élargissant le bassin des citoyens concernés par le règlement d’emprunt (passant d’une dizaine de propriétaires riverains à 5000 résidents du secteur), la ville de Prévost diminuait les chances d’opposition au projet puisque le registre référendaire devait dans cette situation être signé par 500 personnes (au lieu de quelques-unes si le règlement d’emprunt ne concernait que les riverains). Le Parti constatait finalement que le promoteur des terrains de la rue Therrien n’avait participé au paiement de l’emprunt que pour la 1/5000e de la moitié.

Notons enfin que M. Paul Germain est devenu vice-président du Parti prévostois à l’automne 2014.

Le maire s’explique

Lors de l’assemblée du conseil du 8 juin dernier, le maire a été questionné par quelques citoyens quant aux raisons de l’envoi du communiqué. Le maire leur a répondu que c’était son devoir de maire de rétablir les faits. Dans une lettre adressée au Journal, il a ajouté que de nombreux citoyens l’interpellaient depuis l’automne 2014 afin qu’il rende public en toute transparence les faits entourant ce qu’il appelle « la propagande partisane du Parti prévostois ». M. Richer considère que M. Germain «a effectué de la désinformation à outrance et à plusieurs reprises. Malgré une mise en garde du directeur général, il a continué à utiliser le logo de la ville ».

Dans son communiqué de presse, le maire affirme donc que M. Germain a colporté des propos mensongers en disant que le promoteur de terrains a vu son projet d’infrastructures payé en presque totalité par les autres citoyens de la ville. Dans sa lettre adressée au Journal, M. Richer rétorque que cette affirmation est fausse, puisque le pro-jet de développement en question avait été approuvé par le MAMOT et que la répartition des coûts était conforme aux orientations du conseil municipal.

Réaction des conseillers

Les six conseillers de Prévost ont été contactés par courriel par le Journal concernant leurs réactions face à l’envoi du communiqué de presse du maire. Tous ont répondu sauf M. Gaétan Bordeleau.

Les six conseillers de Prévost ont été contactés par courriel par le Journal concernant leurs réactions face à l’envoi du communiqué de presse du maire. Tous ont répondu sauf M. Gaétan Bordeleau.

Tout d’abord, M. Gilbert Brunet a déclaré d’entrée de jeu que « la démocratie a ses droits. Un homme [Paul Germain] qui vient réclamer la démission d’un maire réélu il y a 18 mois doit s’attendre à être dénoncé.» Il déclare que M. Germain n’a pas com-pris comment fonctionne les règlements d’emprunt, bassins de taxation et subventions gouvernementales. Il ajoute que « tous les membres du Conseil ont approuvé tous les règlements de financement de tous les pro-jets dénoncés par Paul Germain». M. Brunet savait en outre que le maire préparait une «riposte» et il approuve toujours que «l’on défende ses valeurs et actions lorsque bassement attaquées sur la place publique.»

Mmes Léger et Paquette ainsi que Messieurs Badertscher et Leroux ne savaient pas quant à eux que M. Richer avait l’intention d’envoyer un communiqué de presse. Certains d’entre eux l’ont appris par une journaliste du Journal de Montréal.

Mme Léger et M. Badertscher étaient navrés d’avoir été mis devant le fait accompli. M. Leroux a dit ne pas être d’accord avec cette façon de procéder. Il a ajouté que tous les conseillers [indépendants] se dissociaient du contenu du communiqué. Mme Paquette a qualifié quant à elle cette action «d’inutile».

Joël Badertscher a par ailleurs déclaré que «le conseil, dont je fais partie, était furieux que Me Paul Germain utilise le logo de la ville sans son autorisation, pour diffuser les informations erronées et trompeuses. Nous avons demandé de lui envoyer une lettre pour qu’il le retire et qu’il s’excuse… Nous n’avons jamais été consultés pour l’envoi d’une plainte à l’ordre des notaires… Bref, en 2014, nous étions d’accord pour une lettre. Point final! Depuis, Me Paul Germain n’a plus utilisé le logo. Le problème était donc résolu. Alors pour quelle raison le maire sort-il cela des boules à mites?» Mme Léger a aussi déclaré au Journal que la question du logo était réglée depuis longtemps.

Réaction de Paul Germain

Dans une lettre composée en réponse au communiqué du maire de Prévost, Paul Germain a répondu qu’il avait utilisé le logo de la ville en mai 2014 de bonne foi pour inviter les gens à aller signer le registre puisqu’il jugeait et juge toujours que les règlements d’emprunt 676 et 677 étaient inéquitables. Il écrit qu’«à l’époque, je ne militais auprès d’aucun parti municipal. Mon intervention était celle d’un citoyen offusqué.»

Il affirme avoir retiré toutes les publications avec le logo de Prévost de son site Facebook à la suite de la réception de la mise en demeure envoyée par la Municipalité, sauf une qu’il n’avait pas vue dans son fil d’actualité (cette publication a éventuellement été retirée en juillet 2014). Il dit aussi avoir demandé à rencontrer le maire en 2014 pour qu’ils puissent s’expliquer, mais M. Richer n’aurait pas donné suite à cette demande.

Il poursuit en affirmant que le bureau du syndic de la Chambre des notaires a fait enquête sur toute cette question. Le syndic a répondu à la Ville qu’il avait droit à ses opinions et qu’il avait fait amende honorable pour ce qui est du logo.

M. Germain déplore que, dans son communiqué, M. Richer a «tenté de salir ma réputation, et cela aux frais des Prévostois(es). De plus, il a reproduit dans son communiqué un extrait de ma page Facebook personnelle avec la photo de ma femme, ma fille et mes amis. Il a violé ma vie personnelle, celle de ma conjointe et de ma fille de 14 ans. Cela est inadmissible pour le premier magistrat d’une Ville.»

M. Germain a consulté des avocats qui lui ont dit que le communiqué du maire était diffamatoire. Paul Germain a cependant décidé de ne pas poursuivre M. Richer entre autres parce qu’il considère que les citoyens n’ont pas à payer pour la défense du maire.

Assemblée du conseil du 8 juin
L’envoi du communiqué de presse du maire Richer aurait coûté environ 1100$ (selon les informations fournies par M. Richer lui-même). Cet envoi a été payé à même les fonds de la Municipalité.

Or, lors de la dernière assemblée du conseil, les cinq conseillers maintenant indépendants ont voté en faveur d’une résolution qui demande au maire d’effectuer une reddition de compte quant à l’ensemble des frais encourus par l’envoi de sa lettre et de faire assumer cette somme par son parti politique.

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