Mots d’enfants

Claire, Anne et Lili. – Photo : Émilie Corbeil

Émilie Corbeil

Journaliste stagiaire chez Journal des citoyens

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Ce qui fait Noël

Émilie CorbeilSi le père-Noël existe, c’est parce que vous existez. Si les biscuits trop sucrés sont mangeables, c’est parce que vous les avez décorés. Les lutins ne jouent des tours que lorsque vous êtes là pour en rire, et l’odeur d’un chocolat chaud plein de guimauves ne flottera jamais dans la maison que lorsque vous serez là pour en boire. Ce sont mes filles qui font Noël. Et en cadeau, je leur donne la parole parce qu’il n’y a rien au monde de plus doux que leurs discours d’enfants.

Le vrai Père Noël

Hier, Anne a décidé de se mettre un essuie-tout sur la bouche : « Ah! Tu as décidé de te déguiser en fantôme.

–  (Insultée) Non, c’est le Père Noël ! »

–  Alors que je lui sers mon air dubitatif de circonstance, elle cède : « Mais c’est pas “LE VRAI”, par exemple ! »

Happy Birthday

Hier, en allant à la fête d’un cousin anglophone, je demande à Anne si elle veut s’exercer à chanter « bonne fête » en anglais. Elle me répond « ok » et sur un air parfait, elle se met à chanter : « Bonne fête en anglaaaais, bonne fête en anglaaaais… »

Au pied de la lettre comme on dit…

CHEAP

Anne a compris que ce qui est bon marché est désirable.

–  Ce soir, elle m’a dit que j’étais « une maman pas chère ».

Tenez-vous le pour dit !

L’attrait des profondeurs

C’est Anne, qui nourrit une petite passion personnelle pour les requins :

–  Maman, pourquoi il y en a qui s’appellent des requins-citron ?

– Et bien, parce qu’ils sont un peu jaunes…

– Mais maman, ça veut dire qu’on pourrait aussi les appeler requins-banane.

– Belle déduction, Douce !

Et Claire, silencieuse tout du long, préparait l’attaque :

– Anne, tu connais ça, toi, les requins-pomme ?

Comme Thomas

Discussion au sommet entre Anne et mon amoureux sur la route pour aller à la ferme, à la toute fin de l’hiver.

Anne croyait avoir vu un papillon. J’ai bien essayé de lui dire que ce n’était qu’une feuille morte qui flottait, mais je n’ai pas réussi à faire passer mon point.

Voyant que j’étais à bout, Chéri a pris sur lui de s’en mêler :

–  C’est pas une feuille, c’est une fée.

– Les fées, ça n’a pas d’antennes. De toute façon, il y a juste la fée des dents qui existe.

– Ben non! Ça existe, les fées.

– Ah oui!?! Ben donne-moi une «PROU».

– Hein?

– Ben… Prouve-le !»

Porter de la couleur, ça donne un genre

– Maman, les ratons-laveurs qui viennent manger dans nos poubelles, on sait pas vraiment si c’est des garçons ou des filles parce qu’ils sont trop pareils, hein ?

– En effet, Anne !

– Mais s’il y en avait qui portent du rose, on saurait que c’est des filles, hein ?

Quatre trente sous pour une piastre

Hier, Chéri s’est accroupi pour finir son ménage d’aquarium.

– Anne : « On voit ta craque de plombier ! »

– Claire : « Ah oui ! Et on voit ta craque de fesses aussi ! »

Anne, le téléjournal

On nous annonce une baisse importante des meurtres à New-York, qui sont passés de quelques 3000 en 1990 à moins de 300 en 2017.

– Anne : « Eh boy ! C’est du gros gaspille de gens, ça ! »

À nigaud, nigaud et demi

Anne regarde une pub qui annonce une deuxième paire de lunettes pour 1 $ :

– Oui, mais faudrait savoir combien elle coûte, la première paire.

– Ah ben ça, ma chouette, c’est la bonne question à se poser ! La première paire coûte beaucoup trop cher. Ça fait que la paire à 1 $, tu la payes quand même au prix régulier. C’est un attrape-nigaud.

–   Ah oui ! J’en ai déjà entendu parler de l’attrape-nigaud. Ça aussi, c’est beaucoup trop cher !

La connaissance

– Anne : « Maman, aujourd’hui il y a une fille qui a perdu sa connaissance.»

– Claire : « C’est quoi ça, une connaissance ? »

– Anne : « C’est quoi, maman, une connaissance ? »

Un peu de luxe

– Maman, elle coûte cher, cette auto-là !

– Ah oui! ?

– Oui, c’est parce que c’est une « décapoteuse » !

Quasiment bilingue

En jouant, Anne vient de lancer un « I’m coming sweet pig ».

Je ne lui dirai pas que c’est « sweet pea » qu’il faut dire.

La guerre

Anne me laisse une Barbie sur la table et revient la chercher :

–  Merci, maman, de l’avoir gardée en garde !

– À vue ? À joue ?

Jamais vu l’expression d’une aussi franche perplexité sur le visage d’un humain.

Direct… dans l’dalot

Anne aime beaucoup discuter dans l’auto. Ce soir, l’anglais était au menu :

–  Maman, en anglais, du lait frappé, c’est kicked milk, hein ?

– Non, ma chouette. Kicked milk, c’est du lait kické.

– Je peux en avoir un ?

Non. Bel essai, quand même.

Un peu d’anthropologie

Anne me raconte l’évolution de l’espèce humaine :

–   Il y a eu des singes. Après, des hommes des cavernes vraiment bizarres. Après, des hommes des cavernes et après, des humains.

Dolloraquoi ?

–   Maman ?

–   Oui, Anne ?

– La brosse que tu as achetée, est-ce qu’elle est magique ?

–  Bien sûr.

– —

–   Mamaaan ?

– Oui ?

– Est-ce que tu sais que les brosses magiques, ça vient des magasins de princesses ?

–   Bien sûr !

–  Dans quel magasin tu as acheté la brosse ?

– Dans le magasin de la princesse Une-Piastre.

– Ah !

– Mamaaaaan ?

– Oui ?

– Est-ce que ça veut dire qu’il y a juste des choses à une piastre dans le magasin ?

– Non. Il y a surtout des choses à 2, 3 et 4 piastres, malheureusement.

– Pourquoi ? ! ?

– Parce que la princesse Une-Piastre s’est fait jeter un sort par la méchante sorcière Inflation.

– Ah !

– —

– Mamaaaaaaaaaaan ?

– Oui, ma Douce ?

– Est-ce que ça veut dire qu’il faudrait appeler la princesse Quatre-Piastres ?

–  On peut. Ou alors, on pourrait l’appeler Cinq-Piastres. Ça ferait futuriste.

– Ah ! Oui !

L’anniversaire

J’attends un bébé et l’impatience se fait sentir…

Claire : « Maman, est-ce que ma sœur peut arriver plus vite ?

–   Non. Tu sais ma puce, les bébés doivent arriver quand ils sont prêts.

–  Ah Oui ! Pas avant leur fête, hein !

Y fait chaud !

En 2017, arrivée officielle du beau temps. Claire, sitôt assise dans l’auto, m’a demandé d’y mettre du « chauffage froid ».

En 2018, éclaircie et chaleur printanière au moment du pick up à la garderie. Claire a chaud. Je lui dis que je vais mettre du « chauffage froid ».

Elle prend l’air supérieur qu’on lui connaît et me répond sèchement :

–  Non, c’est de l’air imatisé.

J’t’ai eue !

Claire : « Maman, est-ce que tu promets de m’acheter un lézard ? Dis oui, dis oui, dis oui !

–  Promis! Si tu me promets d’en choisir un qui ne fait pas de crotte.

–  J’te promets !

Exagérer

Session de glaçage de cupcakes avec les filles alors que je sens que Claire s’emporte :

– Tu déconne pas là, hein ! ?

– Non ! Je fais juste exagérer.

Lancer la serviette

Moi à Claire qui apporte un verre d’eau à sa sœur :

–Tu es une très bonne serveuse

– Non ! Je suis une serviette !

À ta convenance, ma belle cocotte…

Manger de la misère

Moi à Claire qui, dans le bain, se donne un air torturé et hurle parce que je lui lave les oreilles :

–  J’te dis que t’en as mangé d’la misère dans vie toi pis ça paraît !

–  Oui, il faut manger pour avoir de l’énergie.

Claire a eu le fin mot de l’histoire et a continué à se plaindre en paix.

Les bons biscuits

Claire vient me demander des biscuits « suzanne »”. Je n’ai aucun référent. Des « madeleines », peut-être, que je me dis…

Elle finit par me dire que je lui en ai donné hier :

–  Ah ! Des biscuits Ritz !

– Oui, c’est ça ! Des biscuits Éric.

Va falloir peaufiner le concept de nom propre…

La vraie vie

J’ai acheté une maison Fisher Price à Claire pour son 4e anniversaire.

Une full kit, là. Avec des armoires…

Et asteure, quand on ouvre lesdites armoires, y’en sort une avalanche de Rice Krispies. C’est ben dommage que Fisher Price n’ait pas pensé à faire des boîtes.

Parce que le réalisme, Claire connaît.

Un garçon, une fillette

La semaine passée, je suis au CPE pour y cueillir Claire. Les protagonistes profitant du beau temps, j’arrive dans le jardin juste à temps pour un épisode de choix.

Un beau jeune homme, dans la mi-zéroaine, l’air dégourdi, joue à l’écart. Claire s’en est apparemment fait bon parti. Elle tente un coup : « Viens voir, une araignée ! ».

Sitôt dit, sitôt fait ! Sauf que Ti-Poute se sent l’âme d’un sauveur. Il écrase l’araignée de toutes ses 40 livres.

Effouèrrée, donc, l’araignée se retrouve.

Et Claire pique une crise : « Pourquoi tu as écrasé MON araignée ! ? ! »

Le jeune homme est visiblement retourné, mais Claire n’a rien à battre de son air de « je voulais juste bien faire ». Il change donc de stratégie et cherche quelque chose pendant que Claire hurle. Dans l’urgence, il trouve une fleur de trèfle et revient. Il la tend à Claire et lui lance un : «»Tu es belle» plus que senti.

Je m’attends à ce qu’elle l’attaque. Claire, c’est un tyran. Je me prépare donc à devoir la contenir physiquement et prends ma position-réflexe de mise au jeu façon football.

Mais Claire regarde la fleur, s’approche doucement et la prend. Elle regarde le petit, penche la tête de côté, sourit et lui dit : « Ahhhh ! Merci ! »

Et moi, je me tords de rire.

Dans un animal…

Ce matin, Claire m’a demandé de lui lire un livre sur les aventures DANS les animaux dans la forêt. Enthousiaste, je lui ai proposé de choisir entre un traité de parasitologie et un précis de physiologie. Elle m’a juste répondu de laisser faire.

Notions d’échelle

Je dis souvent à mes filles que je les aime gros comme l’univers. Hier soir, Claire a décidé de me rendre la pareille à sa façon :

– Maman, tu sais quoi ?

–  Quoi, mon amour ?

–  Je t’aime gros comme le porte-savon.”

L’état végétatif

Un enfant, c’est un nouvel espoir qui naît. L’espoir d’un bonheur; le sien. Parfois, l’espoir de le voir réussir là où nous avons nous-mêmes échoué. Que sera-t-il, cet enfant que nous aimons tant ? Un grand artiste ? Un médecin ? Un astronaute ? Et c’est dans l’échange que nous découvrons ce petit être :

Claire : « Maman, est-ce que tu sais ce que je veux devenir, plus tard ? »

–  Quoi, Belle ?

–  Moi, je veux devenir un plant de tomates.

Un garçon, une fillette : deuxième épisode

Claire discute avec son homme (toujours le même). Elle planifie son prochain anniversaire, dans six mois…

Claire : « Tu vas venir à ma fête, hein ? Je vais t’inviter.

–   Oui !

– Mais il va falloir que tu m’apportes un cadeau.

– Oui.

– Mais pas un cadeau de garçon, hein ?

– (Songeur) Est-ce que je peux t’apporter un fusil de fille ?

–  Oui ! Mais rose et mauve.

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