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Claude Duchaîne, spécialiste de photographies et vidéos aériennes, Air Imex Ltée – Photo : Michel Fortier
Marie-Claude Aspiros

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Claude Duchaîne : voler avec les sens

Marie-Claude Aspiro – Bricoleur, inventeur, curieux et passionné sont tous des chapeaux qui conviennent très bien à Claude Duchaîne, ce pilote d’expérience qui passe le plus clair de son temps dans le ciel… comme un oiseau!

En plus d’acheter, de reconstruire (selon les normes aéronautiques en vigueur) et d’exporter des appareils partout dans le monde, ce Prévostois est avide d’apprentissage. En effet, lorsqu’il était enfant, Claude démontait les objets, comme sa locomotive, juste pour en étudier le fonctionnement. D’ailleurs, sa maison héberge un véritable musée ! Quelques pièces ont été transformées en atelier (infrarouge, montage vidéo, etc.) et d’autres exposent des ailes d’avion, rien de moins !

L’aviation: plus qu’une passion

L’amour de l’aviation s’est manifesté très tôt dans l’existence du Québécois d’origine, puisque tout jeune déjà, il observait son père qui était pilote de chasse durant la Deuxième Guerre mondiale. Ce dernier lui a non seulement transmis le goût de voler, mais lui a également servi de modèle.

La vie s’incruste cependant dans ses projets, lui amenant trois enfants qu’il se doit d’élever seul. La responsabilité et la sécurité prennent donc le premier plan de son quotidien. Mais l’aviation ne disparait pas pour autant, elle se transforme plutôt.

Pédagogue de nature, Claude Duchaîne se tourne vers l’enseignement de l’électricité et de l’électrotechnique, métier qui le définit durant 33 ans et qu’il enseigne dans plusieurs cégeps. Pendant ces années, Claude assouvit sa passion au moyen de l’aviation miniature. Il se contente de cette activité, jusqu’à ce que sa famille soit complètement autonome.

Au début 1990, il prend sa retraite du monde scolaire pour se consacrer à son premier amour. Il commence par faire l’épandage de pesticides, qui requiert une agilité extrême, car ce type de navigation exige de planer à quelques pieds du sol seulement. Cette expérience s’est avérée, par contre, être très formatrice : « Je volais tellement bas que j’ai appris à le faire avec les sens, à utiliser toutes les ressources à ma disposition, y compris mon instinct! » Cette activité lui procurait également de très fortes poussées d’adrénaline, puisqu’il était constamment sur le qui-vive.

L’aviation, c’est beaucoup plus que la première passion de Claude Duchaîne. C’est un domaine multidisciplinaire qui l’oblige à demeurer alerte… en tout temps. Il se compare d’ailleurs à un homme-orchestre, puisqu’il doit toujours exécuter plusieurs actions en même temps : piloter, planifier, communiquer et photographier.

En effet, son métier, c’est une perpétuelle course contre la montre qui demande, entre autres, des conditions météorologiques optimales. « Chaque fois que je grimpe à bord d’un appareil (qu’il choisit en fonction du mandat), je ne sais jamais à quoi m’attendre. Parce que voler, ce n’est jamais pareil. » C’est d’ailleurs le véritable plaisir de Claude Duchaîne, sa récompense.

C’est ainsi qu’en 1992, il décide d’obtenir sa licence commerciale. « Je voulais aller plus loin et varier mes activités », explique l’homme au regard vif. La photo aérienne entre alors dans son quotidien. Au départ, il pilote pendant qu’un autre, à bord de son avion, capte des images. Mais il se dit très rapidement qu’il est bien capable de faire les deux à la fois! Il a donc créé Airimex, son entreprise d’aviation import et export.

Ses mandats consistent, à ce moment-là, à faire de la cartographie le long des rives ou sur d’emplacements plus spécifiques, comme une carrière ou un champ. Il produit également beaucoup de clichés de bâtiments qui servent à obtenir toutes sortes de données. Ses clients utilisent ses images pour vendre ou acheter leurs immeubles.

Selon Claude Duchaîne, Google Earth les a éduqués à vouloir mieux. « Ils sont conscients qu’Internet ne leur offre qu’un simple aperçu. Par exemple, aujourd’hui, on peut faire une maquette 3D à partir de photos aériennes. » Grâce à la technologie, les possibilités se créent constamment.

Une spécialisation au service de la Terre

Au fil du temps, Claude Duchaîne a découvert l’agriculture et tous les services qu’il pouvait lui rendre. C’est devenu sa nouvelle passion ! Depuis 2014, il se spécialise en agriculture de précision. Concrètement, les données qu’il amasse en vol servent à déterminer l’état des champs. « Ça permet aux maraîchers de donner les bons soins aux bons moments », mentionne-t-il. « Pour eux, ces images sont d’une grande valeur, puisqu’elles permettent de prévoir le stress végétal. Ils peuvent ainsi réagir plus vite. »

Ce type d’activité, en plus d’être plus sécuritaire, fait en sorte qu’il obtient divers genres de photos et de cartes dans un même vol, ce qui représente incontestablement sa force. C’est donc un travail beaucoup plus complexe, ce qui le rend plus intéressant aux yeux du pilote.

Parallèlement, grâce à ses innovations (qu’il a crées de toutes pièces au fil du temps et de ses besoins), il peut accomplir six fois plus d’ouvrage qu’un drone dans un même laps de temps. « Mais attention, il ne faut pas négliger la technologie », nous rassure-t-il. « Car le petit robot exécute des tâches que moi, je ne peux pas faire! ». Néanmoins, les aptitudes éprouvées du pilote et son expérience lui permettent aujourd’hui de satisfaire les exigences de nombreux clients, dans un temps de réponse très court. « Au fil des ans, j’ai pris l’habitude d’anticiper et de bien analyser les conditions atmosphériques ».

Somme toute, Claude Duchaîne se considère comblé par la vie. « Elle a été si généreuse envers moi que je dois maintenant l’être en retour. C’est primordial à mes yeux, de me rendre utile à la société. Améliorer le monde présent, c’est un devoir », termine le pilote avec un sourire de contentement.

Même si à 72 ans, voler devient moins évident en raison des facteurs humains (fatigue, stress, etc.), il se dit très satisfait de ce qu’il a. Aujourd’hui, avec 7000 heures de vol à son actif, Claude Duchaîne se contente de planer à environ 1000 pieds. Il privilégie ces instants où il monte à bord de son avion préféré, qui date de 1947, pour être témoin du paysage changeant, de l’étalement urbain. « Lorsqu’on vole, on remarque plein de choses que plein de gens ne voient pas », conclut-il.

Vue aérienne du Marché aux puces de Prévost  en 2010 – Photo : Claude Duchaîne, Air Imax Ltée

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