État d’âme

La poésie - journal des citoyensPhoto: Diane Brault
Diane Brault
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Ou le monde de la poésie

Diane Brault – Quand on regarde l’état de notre monde, on peut y voir un malaise profond dû à une réelle difficulté des systèmes politiques, économiques et religieux à résoudre les problèmes de l’humanité de façon pacifique. Faire quotidiennement le procès de cette civilisation qui peut nous apparaître chaotique et décadente serait stérile sur le plan de la santé mentale. Ce serait un piège sans doute à éviter avec soin.

Quels sont les choix ? La situation actuelle de pandémie va nous demander beaucoup de patience. Il nous faudra sans doute apprendre à vivre et agir dans la perspective d’une société en mutation. Ne devrions-nous pas envisager la perspective d’une société différente où notre vraie nature saura plus sainement s’exprimer ? Le monde change et nous changeons le monde parce qu’en quelque part l’un devient l’autre.

Trouver le poète qui fait écho en nous 

Art littéraire qui varie avec les époques, la poésie n’est plus encarcanée dans des règles strictes. Plusieurs règles ont disparu au milieu du XIXe siècle, parallèlement à un développement plus libre de notre intellect. Il y a autant de définitions et de façons de voir la poésie qu’il y a de gens qui s’y adonnent ou qui en parlent. La poésie est encore et toujours vivante sur tous les continents. Elle est pour tout le monde et tout le monde peut en faire. « La force poétique va chercher en nous ces nombreuses zones de sensibilités qui nous habitent et que l’on n’active que très rarement. » – Jean-Joseph Julaud. 

La poésie, un art du langage.

C’est avec de la persévérance que l’on fait l’apprentissage d’une langue et de ses mots. La poésie s’écrit à partir de tout. On peut créer à partir du quotidien, de notre regard sur le monde, de nos émotions, de notre imaginaire. L’écriture poétique peut apparaître intimidante au début dans le fait d’en lire ou d’en écrire. Dans une société où le conformisme est survalorisé, on ne se pense pas naturellement capable d’idées poétiques. On se persuade à tort de ne pas être naturellement créatif. « Il n’y a pas d’humain qui ne soit créateur, il n’y a que des humains endormis. » – Georges Brunon.

Pourquoi écrire ?

Parce que le temps est trop long ou trop court. Parce que l’on veut s’exprimer. Parce que l’on se sent isolé ou méprisé. Parce que l’on s’ennuie. Parce que l’on a des moments de joie, de tristesse, de colère, de surprise. Parce que l’on se conscientise à des moments de dégoût ou de peur. Parce que l’on vit des moments difficiles, de la souffrance et des deuils. Parce que l’on vit de l’incertitude. Parce que l’on souhaite à la fois de la proximité et de la distanciation. Parce que l’on se connecte à tout, à soi, aux autres, à la nature… à notre nature. Parce qu’avec la poésie, on peut exister de toutes les manières.

Place à la poésie dans nos vies

Cette poésie qui plonge son regard dans le quotidien, le nôtre ou celui des autres, nous aide à nous décomplexer. La poésie n’est pas rationnelle, elle laisse la place à l’interprétation, à l’expérimentation, à l’ouverture et aux mots. En face des réalités sociales ou des phases obligées de la vie chacun peut découvrir et à tout âge ses propres préférences, ses liens avec ce qui est vécu dans le présent ou ce qui a été vécu dans le passé. La démarche poétique de chacun peut être pleine de charme, de drames, d’humour, de tragédies, pleine d’humanité. Notre lecture ou écriture poétique devient notre contre-conditionnement, elle nous libère du conformisme, elle devient notre éveil.

Poème d’automne

Dans la nuit s’enfonce le regard de la lune,
Dans la forêt les arbres frissonnent, 
Devant l’évidence tous abandonnent,
Le froid force les départs,
S’exilent dans l’infini du ciel, 
Les oiseaux. 
De ces journées trop courtes,
Les heures s’indignent,
Passage obligé par le temps,
Au baromètre de la vie, tout est variable,
Qu’en est-il de la douceur de vivre,
Qui s’appréciait dans l’insouciance de nos vies,
Alors que s’étreignent les lueurs du jour,
Le dernier souffle scellera le noir destin,
Face à la beauté perdue,  
Se terminent les moments de poésie.
Jamais je n’aurai assez de larmes,
Pour pleurer la mort de l’été.

Novembre

Novembre redoute déjà en cet instant, 
Que s’accrochent aux arbres les moments d’hiver.
Dans un chassé-croisé d’instants fragiles, 
Comment exister encore ?
Je peins dans un poème, 
Ses replis d’ombre et de lumière,
Novembre colore encore ses jours,
Aux couleurs de l’automne.
Rocs dans les champs,
Sommets en quête de silence,
Gardez en tête maintenant,
Le dénuement de cette saison. 
Tel un dormeur éternel,
Novembre reposera,
Dans le frimas du matin.
On le trouvera transi de vie,
Dans un décor givré et froid.
Novembre ne sera plus qu’un songe,
Parmi les glands de chênes, 
Restera à tout mettre en terre, 
De façon claire et nette.

Métamorphose 

Il arrive en courant et tombe, 
Le vent s’égare dans ses tourbillons,
L’automne reste en silence, 
Aux pieds des rosiers mourants.  
Une falaise attend son manteau de neige,
La partie majestueuse de la vie s’endort,
Je me fondrai dans l’obscurité,
Lorsque glisseront sur nous,
Les humeurs de l’hiver.
Devant les vérités et les mensonges du temps,
Vaine sera la tristesse ressentie,
Pour les fruits et les passions, 
Les vergers resteront en confinement, 
Espérant le lointain printemps,
Et sa libération.

Photo: Diane Brault
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