Espace Entrepreneur – Valérie Lortie

Entrepreneur - Journal des citoyensValérie Lortie et son mari Steve – Photo courtoisie
Marie-Claude Aspiros
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Revenir pour les bonnes raisons

Marie-Claude Aspiros – L’Accueil au toit bleu évoque une facette de l’entrepreneuriat qui n’exprime pas l’ensemble de son activité principale : mettre l’emphase sur le soin humain dans toute sa splendeur ! Vous avez déjà vu le toit bleu sur le boulevard du Curé-Labelle et vous vous êtes peut-être demandé ce qu’il logeait ? Ne cherchez plus ! C’est la résidence pour personnes âgées de Valérie Lortie!

Vous comprendrez d’ailleurs que la relation humaine, l’entrepreneure connaît ça ! Native de Saint-Jérôme, Valérie Lortie a grandi dans une résidence en compagnie de gens du troisième âge. Infirmière de métier, maman Lortie a donc pavé la voie à sa fille qui a toujours considéré ses résidents comme des membres de sa propre famille. 

Les souvenirs de jeunesse de Valérie sont ainsi agrémentés de doux moments avec cette clientèle particulière. Au fil des ans, elle a appris à mieux cerner leurs besoins, à mieux comprendre leur réalité. Elle a aussi côtoyé sur une base quotidienne la vraie vieillesse. Et elle s’impliquait déjà beaucoup dès son plus jeune âge. Des fois, elle se contentait de mettre la main sur l’épaule, alors que d’autres occasions lui demandaient plus de dévouement. « Je me rappelle qu’à huit ou neuf ans, une dame refusait de manger ou de boire, à moins que ce soit moi qui m’en occupe. » Cet épisode a complètement changé sa vie.

D’aussi loin qu’elle se remémore, Valérie a grandi au gré des gens qui arrivaient et qui partaient. Ce détachement s’est peu à peu transformé en une pratique inhumaine qui l’a grandement marquée. C’est ainsi qu’à l’adolescence, elle a connu une période de détachement envers cette vocation. En effet, lassée de la peine que lui procurait la perte d’êtres chers, elle s’est dit que jamais elle ne pratiquerait ce métier, malgré le désir de sa mère qui voulait qu’elle reprenne un jour la résidence. « À l’époque, ma mère gérait une résidence de passage. Les gens y venaient en attendant leur place au public, par exemple. Ils pouvaient partir à n’importe quel moment et ça devenait très difficile, car on avait tout de même eu le temps de s’attacher à la personne. » Ce passage obligé était ardu non seulement pour la famille Lortie, mais aussi pour les résidents qui en repartaient déchirés. 

Un éloignement furtif

Même si elle considère qu’elle a vécu une belle jeunesse, Valérie a senti le besoin de s’éloigner et d’expérimenter autre chose. C’est ainsi qu’elle a fait des études en tourisme au collège April Fortier, pour finalement se rendre compte avec le temps que les voyages, c’était plus une passion personnelle que professionnelle.

Elle est donc retournée aux études pour faire son cours de préposée aux bénéficiaires et durant les années suivantes, elle a travaillé dans le domaine… ailleurs que chez sa mère. Mais à l’âge de 22 ans, l’appel de la résidence s’est fait sentir. Et ça lui convenait parfaitement. « Je sentais alors que je revenais pour les bonnes raisons. Parce que j’avais envie de le faire », mentionne-t-elle. Par ailleurs, son désir de bien faire les choses l’a incitée à suivre sa formation d’infirmière. Car déjà au début de la vingtaine, Valérie aspirait à plus. Elle voulait pouvoir prodiguer davantage de soins de façon à reprendre contact avec l’humain. Sa mission a ainsi toujours été bien claire : garder les gens le plus longtemps possible. Parce qu’il n’y a rien qu’elle déteste plus que d’avoir à remplacer des personnes dans sa résidence parce qu’ils requièrent davantage de soins. Valérie a donc senti que son cours d’infirmière lui procurerait autant une solution pour pallier les différents problèmes de santé qu’une meilleure crédibilité auprès de ses futurs clients. 

Une jeune femme dans un monde d’aînés 

Vingt-cinq ans a représenté une année déterminante pour Valérie qui a fait l’achat de sa résidence pour personnes âgées en perte d’autonomie, avec l’idée de faire les choses différemment. Elle a gardé en mémoire que son jeune âge générait beaucoup d’incertitude auprès de ses futurs pensionnaires et de leur famille. « J’ai dû me prouver et me justifier à plus d’une occasion, mais je comprenais. Durant les premières années, j’ai donné tout ce que j’avais, ce que j’étais. Je ne m’accordais aucun répit, je me disais que je devais en faire deux fois plus que quiconque pour gagner la confiance des gens. »

Et elle y est arrivée ! Aujourd’hui, Valérie administre une résidence qui accueille 12 personnes semi-autonomes. Et même si sa clientèle s’amène avec une légère perte d’autonomie, elle garde ses pensionnaires auprès d’elle, même lorsque ce phénomène s’accentue. 

Un gros défi au quotidien, mais un gros travail d’équipe également. Outre ses fidèles employées, elle peut compter sur le soutien et les talents multiples de son mari Steve qui, lorsqu’il ne patrouille pas en voiture de police, l’aide à entretenir la résidence. Cette stabilité au niveau du personnel contribue d’ailleurs grandement au succès de sa démarche, croit Valérie. Les résidents sont heureux et en confiance, parce qu’ils connaissent très bien leur aide-soignant. C’est d’ailleurs grâce à cette équipe qu’elle peut aujourd’hui procurer autant de soins. L’équipe de la résidence travaille en étroite et constante collaboration avec le CISSS et des médecins qui se déplacent à domicile.

La mission d’une mort digne

Mais la plus grande fierté de Valérie – et aussi son « service » le plus difficile – est le soin palliatif. Elle se fait un devoir d’accompagner ses gens jusqu’à leur dernier souffle, en partie parce qu’il y a un lien très fort qui l’attache à chacun des membres de « sa famille ». « De pouvoir offrir ce soin, c’est un gros cadeau que je me fais et que je leur offre par la même occasion. » 

Et une fois la personne trépassée, ce n’est pas terminé pour l’équipe de l’Accueil au toit bleu. En effet, Valérie travaille avec un paysagiste du coin pour créer un « jardin des souvenirs ». L’idée a germé dans son esprit lorsque l’amie d’une résidente décédée chez elle lui a offert un lilas en sa mémoire. Valérie a planté le lilas à l’arrière de la maison, tout près de la terrasse et chaque jour du printemps et de l’été, elle admire son arbre en pensant à cette âme. C’est ainsi qu’au décès de chacun de ses pensionnaires, un arbre sera planté, accompagné de quelques phrases représentatives.

En fin de compte, Valérie, c’est une grande rêveuse qui se mobilise pour venir en aide à autrui. Dire qu’elle a sa vocation dans le sang est en fait un euphémisme. Son établissement, c’est son âme et son cœur. Elle est heureuse de pouvoir garder ses résidents jusqu’à la fin.

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