Édith et Simon

Les miels de la garde, journal des citoyens
Marie-Claude Aspiros
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Une passion pour l’apiculture

Marie-Claude Aspiros  Ils sont tous deux natifs de la grande région de Montréal et, dans leur famille respective, il n’y a aucun agriculteur. La culture apicole n’est donc pas dans leur bagage génétique.

Édith est enseignante en sociologie au cégep de Saint-Jérôme depuis une dizaine d’années. La nature et ses mystères l’ont cependant toujours interpellée. Côté entrepreneuriat, elle en aime à peu près tout : son aspect créatif, la conception du produit, la mise en marché et la vente autant que la gestion administrative (ressources humaines et comptabilité) de l’entreprise.

De son côté, Simon est spécialiste du sol et des eaux souterraines, et géographe de formation. Après un parcours professionnel d’une dizaine années, il quitte la ville avec sa douce à la recherche d’air frais et d’une meilleure qualité de vie.

Les abeilles se sont amenées un peu par hasard dans leur vie. Au départ, ils n’en étaient que les gardiens, mais au fil des mois, leur intérêt pour cette espèce a grandi, au point où ils ont décidé, dès qu’ils en ont eu l’occasion, de racheter une ferme apicole qui était alors fermée. Édith Martel et Simon Dutil-Paquette sont maintenant apiculteurs, et leur entreprise s’appelle Miel de la Garde.

Une réalité qui se dessine au gré des saisons

En théorie, l’apiculture est une activité saisonnière. En effet, les fleurs étant à la base du cycle de vie, la production de miel s’étend donc de mai à septembre, et une saison apicole est composée de plusieurs petites saisons. « Au Québec, on a le temps des fraises, des framboises et du maïs. C’est sensiblement la même chose pour le miel. » Ainsi, le développement des colonies, c’est une saison. La production du miel, c’en est une autre, tout comme la mise en pot et le marchandisage. 

Même si durant une journée typique du mois de juin, le travail se fait de l’aube au crépuscule, les jours commencent toujours de la même façon : avec un plan de match en fonction de la température. De plus, aux 7 à 10 jours, il y a la tournée des ruches pour s’assurer qu’il y a suffisamment d’espace pour que la colonie grandisse, que la reine puisse pondre et que le miel s’accumule dans la ruche. L’autre travail important est le dépistage de maladies et d’invasions d’insectes pour que le tout forme un ensemble harmonieux, un défi de taille pour les apiculteurs.

En tant qu’humains, nous nous battions, à l’origine de la pandémie, contre un seul virus, la COVID-19. Les abeilles, elles se battent contre 20 d’entre eux… simultanément. Les parasites sont ainsi de grands vecteurs de transmission, mais ça, on n’en parle jamais assez, selon l’apiculteur. « Savoir comment gérer nos colonies et préserver notre santé, c’est notre enjeu réel », affirme-t-il. 

Il est donc aisé d’imaginer que la saison morte n’est pas moins active pour l’agriculteur. En effet, c’est durant cette période que Simon réalise le plus gros de sa planification. Autrement, il doit faire le suivi des cycles, en plus de passer de nombreuses heures à assimiler une tonne d’information. Il doit également trouver le moyen de composer avec les imprévus. Par exemple, de nos jours, l’agriculture ne peut plus être pratiquée en suivant une recette prédéfinie. Les changements climatiques bouleversent tous les écosystèmes. Autre impondérable, chaque ruche donne un miel différent, au goût unique, un peu comme le vin. « Les cuvées ne sont jamais pareilles à cause des fleurs de saison. L’assemblage de récolte donne des goûts différents. Par exemple, au printemps, le miel est plus pâle. Là où il y a des érables, il est d’une couleur brune rougeâtre; et à l’été, son goût est plus floral. »

Être au diapason avec le monde animal et végétal est ce que Simon aime le mieux dans son travail. Il adore travailler avec les insectes, faire leur élevage et contribuer à la santé écologique de son milieu. Édith, quant à elle, apprécie grandement les moments de calme qui se dégagent lorsqu’elle est entourée d’abeilles. « Récolter du miel, ça demande beaucoup de calme et de concentration », nous apprend-elle. « On a l’impression d’être dans une bulle temporelle, ce qui est très ressourçant. »

Une entreprise qui évolue comme un enfant

Édith et Simon se considèrent aujourd’hui comme étant des agriculteurs, avant d’être des apiculteurs, d’où sont nés leur titre d’entrepreneur. Ce dernier aspect, ils le développent de plus en plus, car avec plus de 300 colonies (de 60 000 abeilles chacune), la gestion prend drôlement plus de place dans leur quotidien. 

Édith a conservé son travail à temps plein, en partie parce qu’il s’accorde à merveille avec son autre vie, celle d’entrepreneure qui est incontestablement propulsée par l’amour des abeilles. Ce qui la comble dans cette aventure apicole, c’est entre autres le contact avec les gens qui consomment ses produits. 

Elle est également fascinée de voir ses enfants s’épanouir au contact des insectes et de la nature. Henri et Éloi, aujourd’hui adolescents, ont toujours eu une grande curiosité à ce sujet, et leurs parents sont heureux de pouvoir leur offrir l’occasion de s’assouvir à cet intérêt, en plus de profiter de leur implication aux ruches à l’occasion, ainsi qu’au marché où la famille vend son miel. 

Les chirurgiens du miel

La récolte du miel représente incontestablement beaucoup de travail. En contrepartie, tous les produits dérivés de la ruche sont récupérés, tel le pollen, la gelée royale, la propolis et la cire d’abeille. Autrement, aucune matière résiduelle n’est générée par l’activité. Ces quelques faits incitent nos apiculteurs prévostois à axer leur activité d’entreprise sur la production de reines, une spécialité similaire à la chirurgie dans le domaine. Miel de la Garde prévoit d’ailleurs vendre ses reines (élevées avec les conditions d’ici, et chacune possédant une génétique étudiée) à d’autres apiculteurs. « En tant qu’homme, c’est ma façon, à moi, de transmettre la vie », affirme Simon très humblement et sourire en coin.

Édith et Simon rêvent d’établir à Prévost un sanctuaire pour les abeilles. Ce serait une autre façon de redonner à leur communauté, à laquelle ils attribuent d’ailleurs une partie de leur succès. Non seulement bénéficient-ils d’un beau soutien de la Municipalité, mais également de leurs concitoyens. Plusieurs propriétaires terriens hébergent leurs ruches, ce qui crée des rencontres enrichissantes, aux dires de l’entrepreneure. Des commerces locaux vendent leur produit et certains les transforment même. « Ces gens valorisent nos produits comme nous valorisons nos abeilles », mentionne Édith. Ce n’est pas pour rien que Miel de la Garde soit aujourd’hui un des plus gros producteurs bio au Québec et au Canada.

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