Garderie sous le signe de la nature

CPE journal des citoyens
Jacinthe Laliberté
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Donner des racines et des ailes aux enfants

Jacinthe Laliberté : jacinthe.laliberté@journaldescitoyens.ca – Jouer dans les sentiers de la forêt sur son petit vélo sans pédalier pour l’apprentissage de l’équilibre, faire la sieste dans les petites maisons construites dans un boisé, grimper aux arbres et aux installations érigées dans la forêt attenante à la garderie, là est la vie des enfants de La fabrique de petits bonheurs, garderie située à Sainte-Anne-des-Lacs.

Rester dans l’anonymat était l’une des volontés des administratrices de cette garderie. Toutefois, partager la réussite de leur projet de garderie ÉCO/BIO/BONHEUR, devenu réalité en 2017, supplantait de loin ce désir d’anonymat.

« Nous ne voulons pas de publicité. Nous avons déjà une très longue liste d’attente. Nous voulons plutôt démontrer que notre beau projet de vie est nettement réalisable et rend les enfants et les parents heureux », a précisé Viviane Loranger-Bolduc, fiscaliste et créatrice du projet.

Cette dernière croit tellement en son projet qu’elle se dit prête à donner son plan d’affaires à toute personne intéressée à l’implanter ailleurs. Anne Garneau, directrice pédagogique et éducatrice, quant à elle, désire promouvoir le développement des enfants dans la nature brute comme elle se plait à le souligner.

La nature, le terrain de jeu des enfants

Ces deux femmes d’affaires ont toujours voulu redonner à la nature ses lettres de noblesse en accordant une place privilégiée au plein air et à l’environnement.

Quand il y a des flaques d’eau, Manon, éducatrice du groupe pré-maternelle 4-5 ans, habille les enfants pour aller y sauter à pieds joints : « Pour nous, le thermomètre du bonheur et du plaisir, c’est que les enfants repartent sales après leur journée. C’est comme si l’un ne va pas sans l’autre. »

Pour Sonia, éducatrice à la pouponnière, la capacité à se déplacer dépend de chacun des enfants. Malgré cette limitation, les poupons peuvent, eux aussi, bénéficier du plein air. Elle les amène dans les sentiers de la forêt bien calés dans un carrosse, une brouette ou un traineau selon la saison. Se trainer à quatre pattes dans les petites maisons construites par les parents dans la forêt et faire la sieste dans le tipi sont des incontournables pour ces bambins. 

Le risque calculé

Dans la cour où s’amusent les enfants, les courbes ont été volontairement calculées. Dans les sentiers transformés en terrain de jeu, de grosses roches jaillissent ici et là. Manon appelle cela le risque calculé. « Ici, le terrain a été prévu inégal faisant en sorte qu’il y a des risques en tout temps. » 

Selon l’expérience de cette éducatrice, le développement physique et cognitif des enfants est plus avancé grâce à ce risque calculé. L’usage constant et excessif d’interdits est très néfaste pour l’apprentissage et l’acquis des connaissances. Guider plutôt que d’interdire est le mot d’ordre des éducatrices.

Une gestion avant-gardiste 

L’instauration d’une gestion dite souple profite autant aux enfants qu’aux éducatrices. Le type de gestion utilisé est innovateur : le choix d’un horaire étalé sur quatre ou cinq jours, l’obtention rapide d’un remplacement pour une absence imprévue, des ententes entre éducatrices pour un congé d’une journée. Les exemples sont nombreux.

« Pour nous, cette organisation est un poids de moins sur nos épaules, car nous pouvons être nous-mêmes. C’est le plus beau cadeau que des patrons peuvent faire à leurs employés surtout en garderie », ont acquiescé en chœur les trois éducatrices présentes. 

« Attention ! », de spécifier Viviane. On suit tous les règlements du Ministère, mais on fait autrement. Il y a moins de planning et moins de rapports. Le temps est investi dans les enfants. Nous ne sommes pas obligées de contrôler ce que les éducatrices font. » 

Et les parents

Les parents s’habituent vite à ce que les enfants soient sales. Ils misent plus sur le bonheur qu’ils lisent dans les yeux de leur petit, préférant les savoir heureux à jouer librement dans la forêt à la place de recevoir une carte, un bricolage ou un dessin.

Néanmoins, le parent doit aussi se conditionner à ce que son enfant puisse se blesser en jouant ou en faisant ses apprentissages. Il ne doit surtout pas en faire un drame. 

De plus, la participation volontaire des parents aux activités de la garderie bonifie ainsi le modèle d’engagement communautaire qui y est prôné. Les corvées sont des moments propices aux échanges. La dernière en liste a réuni une cinquantaine de parents pour la construction de modules de jeu dans la forêt. La limonade circulait à flot selon Viviane Loranger-Leduc.

Une garderie qui fabrique des petits bonheurs

La Fabrique de petits bonheurs était-il un nom prédestiné ou consciemment choisi ? En voyant les enfants se lancer dans la forêt attenante à la garderie, ces femmes, dirigeantes et éducatrices, peuvent lancer un Euréka bien senti, suivi d’un bravo et d’une tape dans le dos pour leur accomplissement. 

Comme disait Montaigne, le jeu devrait être considéré comme l’activité la plus sérieuse de l’enfant.

Geneviève Lebel, éducatrice du groupe des Hiboux, guide un enfant que l’on pourrait considérer comme téméraire. Pour elle, c’est, plutôt, un risque calculé. – Photo: Jacinthe Laliberté
Viviane Loranger-Bolduc, une des administratrices, ainsi que l’éducatrice Geneviève Lebel posent fièrement devant leur dernière acquisition : un tipi où les enfants vont soit jouer ou faire la petite sieste de l’après-midi. – photo: Jacinthe Laliberté
Sonia, éducatrice à la pouponnière, démontre qu’il est possible d’amener les poupons dans la forêt. – photo: Jacinthe Laliberté
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