Le Chemin du Roy

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Lieu fort emblématique de notre histoire

Daniel Machabée – Aujourd’hui, je ne vous parlerai ni de bataille épique, ni d’événement tragique, ni de personnage important de notre histoire, malgré qu’on soulignait dernièrement les 25 ans du décès de Robert Bourassa et celui du 150e de Louis-Joseph Papineau. Nonobstant cela, je vais plutôt vous parler d’un lieu fort emblématique de notre histoire, le Chemin du Roy.

Bien qu’il existât différentes petites routes pour transporter les produits agricoles vers les villes ou encore des routes militaires comme celle reliant Chambly et Longueuil pour faciliter le transport des troupes, ou encore celle qui reliait Rivière-du-Loup à Lévis construite entre 1709 et 1713, le Chemin du Roy fut la première route carrossable construite en Nouvelle-France afin de relier les gouvernements de Québec, des Trois-Rivières et de Montréal. Le premier tronçon fut ouvert dès les années 1660 et reliait Cap-Tourmente à Cap-Rouge. En 1706, le Conseil souverain prend la décision de construire une route qui longera le fleuve Saint-Laurent sur la rive nord, là où se trouvent les principaux lieux de peuplement. Ainsi, le tronçon à l’est de Québec changera-t-il de nom pour s’appeler Avenue Royale.

Grâce aux corvées du Roy, où chaque censitaire est responsable de la partie qui passe sur son territoire, c’est-à-dire effectuer le défrichement, le pontage et l’empierrement, le grand voyer Eustache Lanouiller de Boisclair entreprend les travaux en 1731. Ceux-ci se terminent en 1737. Avec une longueur de 280 kilomètres, elle faisait 7,4 mètres de largeur et traversait 37 seigneuries. À l’époque, on parlait de la plus longue voie carrossable au nord du Rio Grande. Il faudra attendre en 1806 pour qu’elle soit dépassée aux États-Unis par la « route nationale » de Cumberland, Maryland, à Wheeling, Ohio. 

Au galop, de bons cavaliers pouvaient faire le trajet en deux jours. À son apogée, soit avant l’arrivée du bateau à vapeur et du train, il y avait 29 relais entre Montréal et Québec. Parmi les plus fréquentés, notons celui de Berthier où le repas du midi était offert, celui de Trois-Rivières pour y passer la nuit et celui de Deschambault, aux trois-quarts de la distance. La route a servi longtemps aux courriers et aux voyageurs, où les chevaux côtoyaient des calèches, des diligences, des malles-postes et des carrioles d’hiver. 

Cette route est une des plus bucoliques de notre pays. Elle est vivante et chargée d’histoire. Elle nous rappelle la cohérence de notre existence identitaire, tout comme le fait le majestueux Saint-Laurent, dont elle suit longuement le parcours. Bien qu’aujourd’hui elle suive parfois le parcours de la route 138, il ne faut pas hésiter de la suivre à travers les petits villages où se cachent des maisons sorties tout droit du régime français. Elle emprunte ainsi le cours des rues Saint-Louis et Grande-Allée à Québec, Sherbrooke à Montréal et passe à travers les vieilles villes de Repentigny et de Trois-Rivières. C’est une excursion dans notre passé, dans notre histoire, dans nos gênes.

Terminons cette chronique sur les mots de son plus illustre voyageur, lors d’un discours prononcé le 23 novembre 1967 : «  De Québec jusqu’à Montréal sur les 250 kilomètres de la route longeant le Saint-Laurent et que les Français canadiens appellent “le Chemin du Roy”, parce que jadis pendant des générations leurs pères avaient espéré qu’un jour un chef de l’État français viendrait à la parcourir, des millions d’hommes, de femmes, d’enfants s’étaient rassemblés pour crier passionnément “Vive la France !” Et ces millions arboraient des centaines et des centaines de milliers de drapeaux tricolores et de drapeaux du Québec à l’exclusion presque totale de tout autre emblème. »

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