Articles by Sylvie Prévost

Trio débonnaire

Conquise par les cuivres Sylvie Prévost – Je l’avoue, les cuivres, et spécialement la trompette, m’ont toujours paru plus tonitruants qu’autre chose… Jugement à réviser ! C’est une sorte de concert idéal que le Trio Débonnaire a livré… Instructif, humoristique, intéressant par la variété des œuvres jouées et forçant l’admiration par la virtuosité démontrée.  Pour le premier volet, les instruments nous ont été présentés exhaustivement, en alternance avec de la musique. Admettons-le, c’est une formule bien plus digeste qu’une explication en un seul grand bloc. En plus, lorsqu’on comprend comment l’instrument fonctionne et qu’on peut y être attentif dans la pièce qui suit, on est bien plus à même de l’apprécier. C’est ainsi que nous avons pu faire plus ample connaissance avec la trompette et ses différents cousins bugles, cornets, etc., le trombone et le cor. Un quatrième intermède nous a permis de constater la multiplicité des sourdines, dont l’effet sur le son a été immédiatement démontré de façon convaincante, et parfois même bidonnante, lorsque Demers s’est livré à une imitation de Louis Armstrong. L’humour a été au rendez-vous tout au long du spectacle, un humour intelligent, tout à fait convivial et sympathique.   Le programme, bien nommé, a inclus de la musique…


Tango Boréal

Il a guéri son public de l’hiver Sylvie Prévost – Tango boréal a guéri son public de l’hiver ! C’était jour de neige et de verglas… mais les trois membres de l’ensemble ont tout de même fait le voyage depuis Québec pour nous apporter leur musique pleine de chaleur. Leur répertoire comprend des tangos classiques, mais aussi plusieurs compositions de Denis Plante, ce dont on serait bien mal venu de se plaindre. Il aime, il adore le tango! Et il aime aussi le mâtiner d’accents slaves ou plus largement folkloriques. Il aime, il adore aussi le bandonéon! Et il en joue de façon magistrale. On peut dire la même chose, d’ailleurs, des deux autres musiciens : de fortes pointures. Des jeux clairs, sans bavure, aucune tiédeur dans leur implication, de l’intelligence, de la maîtrise et du plaisir.  Les pièces sont pleines de caractère. L’ensemble cultive la mélancolie, le suspense, le romantisme, la passion (bien sûr); il ne craint ni la pesanteur ni la tendresse. Il ne va cependant jamais jusqu’à la caricature, comme certains le font. En général, leur musique démontre beaucoup de souplesse dans les rythmes, beaucoup d’amplitude dans le volume sonore et beaucoup de précision dans les échanges. Certaines pièces commencent très…


Spectacles d’ici

Skye Consort & Emma Björling , plaisir partagé Sylvie Prévost – Pour les amoureux de la musique folklorique et tous les autres aussi… La musique traditionnelle ne plaît pas à tout le monde, mais je suis prête à parier que n’importe qui aurait été comblé par la musicalité et la joie de vivre de Skye Consort et de leur chanteuse, Emma Björling. Fondant son répertoire sur la musique celtique et scandinave, ainsi que sur leurs pendants de divers pays, l’ensemble privilégie des arrangements sobres, très respectueux de la mélodie, tout en étant recherchés. En effet, les harmonies forment image et finissent par constituer une sorte d’entité, un personnage en soi, qui communique intensément ce qu’expriment les textes. Les musiciens sont tous excellents et transmettent une impression de solidité et de précision qui semblent aisées. Mais attention! Cette apparence de facilité demande une fameuse expérience! Le cistre est bien sonore, dans son rôle de soutien indéfectible, le violon est très juste, le violoncelle, dansant. La sonorité du nyckelharpa, que l’on commence à connaître à Prévost, est toujours très agréable et l’inventivité des arrangements met l’instrument et son musicien en valeur. Mme Björling possède une voix cristalline, dont le timbre n’est jamais perçant….


Duo Heneker présente les Grands B

Du meilleur et du moins bon… Sylvie Prévost – Quand on s’attaque à Jean-Sébastien Bach, à la sonate « Le Printemps » de Beethoven, à la « Sonate no 2 » de Brahms, il faut être bien ferré… Le pianiste Tristan Longval-Gagné et la violoniste Julie Garriss ont joué ce soir-là quatre des plus belles sonates, datant d’autant d’époques différentes, dans le but avoué de démontrer l’évolution de cette forme musicale. Le programme était intéressant, mais le résultat n’a malheureusement pas été à la hauteur des espérances qu’il suscitait. Évidemment, présenter ces œuvres en ordre chronologique est un choix logique. Les commentaires sur le développement de la sonate étaient pertinents. Il y manquait cependant une mise en contexte plus large, historique. Que recherchait-on en musique, à l’époque baroque? Comment Bach réussit-il à nous émouvoir encore? Quelle nouveauté Beethoven représentait-il, à cheval sur l’époque classique et le Romantisme? Quelle évolution du point de vue expressif Brahms a-t-il été l’illustration? Si les explications didactiques ont toute leur importance, c’est bien plus par les émotions véhiculées par les pièces que les auditeurs font l’expérience de la musique. Le samedi 5 octobre 2019 : Duo Heneker Tristan Longval-Gagné, piano et Julie Garriss, violon J.-S. Bach, Sonate no 6 en mi majeur…


Portraits et fantaisies

Le samedi 14 septembre 2019 : Portraits et fantaisies Olivier Hébert-Bouchard, piano et David Dias Da Silva, clarinette C.Debussy, Première rhapsodie; K. Penderecki, Trois miniatures; R. Schumann, Fantasiestücke op. 12 et Fantasiestücke op. 73; J. Horovitz, Sonatine en si bémol majeur; M. Ravel, Pièce en forme de habanera; A. Benjamin, Le tombeau de Ravel et Valse-caprice; J. Braga Santos, Aria 1 op. 2; L. Bassi, Fantasia da Concerto su motivi del Rigoletto. Patte féline et son de velours Sylvie Prévost – Ce sont deux excellents musiciens qui sont venus à Prévost, devant un auditoire malheureusement clairsemé. Quel dommage de les avoir manqués! Quelles sont les chances pour qu’un pianiste de Trois-Rivières rencontre un clarinettiste d’origine portugaise? Assez minces, ma foi, mais la chose s’est produite, probablement sous l’égide d’un dieu mélomane. Partageant le même intérêt pour le répertoire fin du XIXe siècle, début XXe, et pour la présentation vivante de la musique, les compères ont aussi en commun d’être habités de la même façon par les œuvres au point de présenter une gestuelle semblable. Ils respirent de concert et la danse de qui a la préséance est parfaitement rodée. Leur partenariat s’appuie aussi sur une entente exemplaire en ce qui touche les émotions…


Voxpopuli

L’expressivité dans l’interprétation ou comment faire innover Mozart Sylvie Prévost – Trois pièces de Mozart au programme, pour moi qui n’aime pas beaucoup ce compositeur… La soirée promet d’être longue ! Mais je suis curieuse et toujours prête à confronter mes préjugés, alors allons-y ! « Mozart n’a jamais été un innovateur » mentionne le présentateur. En effet – on entend comment ça commence, on devine à peu près tout du développement et on sait comment ça va finir. Mais alors, comment Voxpopuli a-t-il réussi à me faire passer une excellente soirée, à part le fait que ce sont tous de très bons musiciens, qui travaillent en équipe bien soudée ? C’est par l’expressivité de leur interprétation. Le dernier mouvement de La chasse est si léger et si vif, si joyeux et étonnants sont les liés et déliés, qu’il évoque une chasse aux papillons. « Les dissonances » entrelace les sons comme on marcherait sur des œufs. Plus loin, le violon palpite sur un tempo enlevé. Partout, les dynamiques vont de contraste en contraste, justifiées par le propos et par l’écriture parfois dense, parfois aérée. Ces variations de volume sonore sont absolument (et enfin !) signifiantes et on trouve, dans les…


Litania Projeks

Réflexions sur le Jazz Sylvie Prévost – Me voilà invitée à écrire sur un spectacle de jazz… un vaste domaine que je ne connais pas. Aussi livrerai-je ici les impressions d’une néophyte. Spectacle déstabilisant, mais tout autant intéressant ! J’ai entendu là d’excellents musiciens. Un pianiste agile, qui insuffle de la profondeur à ses improvisations; un fameux percussionniste, capable de discrétion, très inventif, très à l’écoute, qui se fond à l’atmosphère que créent les autres. Le quatuor a démontré beaucoup d’aplomb, particulièrement dans Étude des lueurs III où il a exploré les instruments de façon inédite, créant un monde étrange, très minéral en même temps que très organique. Séguin est un très bon trompettiste dont la technique lui permet une grande variété de sonorités. C’est déjà beaucoup pour moi de dire cela, car la trompette m’évoque immanquablement le barrissement d’un éléphant (je devrais peut-être faire une psychanalyse…) mais j’avoue qu’il s’agit ici d’un éléphant particulièrement habile et chantant. Tout de même, utiliser une trompette dans des Études de lueurs… la brillance de l’instrument me semble en conflit avec le sujet annoncé ! Mais peut-être est-ce justement là-dessus qu’il me faut réfléchir ? En effet, le jazz ne se contente jamais…


Pascal Tremblay et Cycle météo

Une œuvre singulière que je souhaiterais réécouter Sylvie Prévost – Création de la nouvelle œuvre de Pascal Tremblay à la salle Oscar-Peterson de l’Université Concordia… quelques réflexions. Samedi 23 mars 2019 : Orchestre symphonique de l’Isle, direction Cristian Gort. – Pascal Tremblay, Cycle Météo, œuvre pour jazz quartet et orchestre symphonique I. Motif caniculaire, II. Le catabatique, III. Front froid, IV. Accalmie, V. Les aurores. – Pascal Tremblay, saxophone; Sylvain Provost, guitare; Frédéric Alarie, contrebasse; Jean-François Barbeau, batterie. Les « gens du Nord » peuvent légitimement être fiers de ce fils qui, bravant préjugés et sectarisme, poursuit son chemin dans l’hybridation des genres. Après Lueurs, écrit pour quatuor à cordes et ensemble jazz, voici qu’il récidive avec Cycle Météo, œuvre en cinq mouvements mêlant orchestre symphonique et jazz quartet. Voilà une œuvre difficile à décrire et dans laquelle il se passe bien des choses. Aussi les lignes qui vont suivre sont-elles un avis tout personnel, fondé sur une première écoute, captivée et surprise. Chacun des quatre premiers mouvements illustre un phénomène de météorologie, tout en évoquant des émotions ou des situations diverses. Les unes et les autres évoluent de la même façon, s’entremêlent et s’influencent mutuellement. L’image est parfois claire. Par exemple, on…


Chouette trio

Le Trio Polymnie, une découverte séduisante Sylvie Prévost – Une formation qu’on entend moins souvent, mais qui n’en est pas moins fort intéressante. C’est un très beau programme, celui que nous a proposé le Trio Polymnie : pièces d’époques différentes, découvertes séduisantes… Un programme qui a surtout mis en valeur la flûte traversière, jouée avec maestria par Jean-Philippe Tanguay, accompagnée d’un piano et un violoncelle bien plus qu’adéquats. S’il y a eu progression chronologique au cours de la soirée, à une exception près, il semble y avoir eu progression aussi dans le niveau de préparation du trio. Rien d’absolument catastrophique, bien sûr – ça serait bien décevant de la part de tels professionnels, mais tout de même, dans le Bach, un manque de subtilité à l’entrée des différentes voix, quelques petites anicroches et un violoncelle qui ne s’avance pas beaucoup. Le Kuhlau qui a suivi était mieux équilibré dans les volumes sonores, mais présentait un léger manque d’ensemble, ce qui ne nous a pas empêchés de goûter la joliesse et l’esprit de la pièce. Le violoncelle s’en est très bien tiré, malgré sa partition qu’on nous a décrite comme alambiquée. La flûte avait ici une très belle partie, vraiment bien rendue….


Kongero

Un joyau éblouissant Sylvie Prévost – Kongero ou comment transformer un maussade après-midi de tempête en cadeau du ciel. Kongero est un ensemble vocal suédois de musique folklorique des plus connus et il est considéré par plusieurs connaisseurs comme l’un des plus authentiques. Ces quatre jeunes femmes chantent a capella, c’est-à-dire sans accompagnement. Leur répertoire couvre la musique des pays scandinaves – Suède, Danemark, Norvège, Islande, Finlande, avec des incursions du côté russe. Comment expliquer ce qui s’est produit à ce concert? Comment rendre compte de l’enchantement qui a étreint tous ceux qui y étaient? Disons d’abord que le sourire, le gracieux sourire qui monte jusqu’aux yeux et qui transparaît dans la voix, était de la partie. Elles sont visiblement ravies de partager leurs trésors et s’en délectent elles-mêmes. Grâce à Dieu, elles renseignent les auditeurs sur le sens des textes, car bien peu d’entre nous peuvent se vanter de comprendre l’une ou l’autre de ces langues. Souvent humoristiques, leurs présentations sont sans prétention et elles sont gentiment prêtes à saisir toutes les occasions d’échanger avec leur auditoire. Ensuite, la beauté, la pureté des voix est remarquable. On croirait entendre une source pure qui dévale librement une montagne. Elles ont…