Plénitude
Pénombre, lumière et couleurs

Photo : Serge Pilon - Serhiy Salov, pianiste
Salle de Nouvelles
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Sylvie Prévost– Précision du toucher et subtilité de l’interprétation ont fait un concert magnifique.

Serhiy Salov est un musicien complet. Son répertoire couvre toutes les époques, il se produit autant comme récitaliste que concertiste et il a signé plusieurs transcriptions de musique pour orchestre. Cette dernière facette de son talent a fait l’objet de la première partie de ce concert, un programme tout XXe siècle, qui a zigzagué entre sérénité, éclats festifs, ambiance lugubre, rêverie, frénésie grimaçante et douceur. Ces atmosphères ont été somptueusement illustrées grâce à sa remarquable habileté à traduire la richesse coloristique des œuvres interprétées.

Sa transcription des Nocturnes de Debussy possède une puissance d’évocation qui n’a rien à envier à un orchestre et qui suppose non seulement une compréhension exhaustive de l’œuvre, jusqu’à la place de la moindre note, mais aussi le contrôle parfait de chaque doigt afin que chaque fil trouve sa place dans le tissu sonore. Nuages s’ouvre dans l’ouate et le mystère avec de subites apparitions de choses qui restent indistinctes. Fêtes, au contraire, réfère distinctement au monde militaire, sur un fond effervescent et excité. Sirènes fait intervenir un doux soleil scintillant à travers les flots, avec un contrôle extraordinaire des volumes, des pleins et déliés du chant.

Le samedi 24 octobre 2015 : Plénitude; Serhiy Salov, pianiste. Debussy, Les Nocturnes (Nuages, Fêtes, Sirènes); Moussorgski, Prélude à l’opéra La Khovanshchina; Moussorgski, Une Nuit sur le mont Chauve; Ravel, Gaspard de la nuit (Ondine, Le gibet, Scarbo); Ravel, La Valse; en rappel : Chopin, Ballade no 1.

De même, le Prélude à l’opéra La Khovanshchina donne à entendre un monde bucolique et charmant, sans passé ni futur, brutalement interrompu par un drame funeste. Mieux encore, Une nuit sur le mont Chauve nous transporte dans un cauchemar grinçant, où la pagaille règne, où les sorciers sont au paroxysme de leur danse macabre. Dans un déroulement très narratif, plusieurs personnages interviennent et se mêlent avant qu’une aube tendre ne se lève et ne dissipe ce délire.

Poursuivant sa recherche des couleurs dans la 2e partie du concert, Salov a livré un Gaspard de la nuit parfaitement cohérent, malgré la succession rapide des ambiances. Ce fut un étincelant livre d’images au parcours duquel il a modulé volume, phrasés et lignes mélodiques comme celui qui raconte modifie sa voix selon le personnage qui agit. La valse, interprétée avec autant de subtilité et de talent laisse briller la danse tandis que rôdent des nuées noires et discordantes.

Donnée en rappel, la Ballade no 1 de Chopin n’a rien de convenu ou de calqué. Il en fait une interprétation très personnelle, affirmée et absolument prenante.

M. Salov a tenu le public rivé à ses mains tout du long de ce concert magique. La clarté de son discours, la subtilité de ses nuances et la richesse étoffée de ses interprétations ont fait de cette soirée un enchantement, bien que pour plusieurs, la musique du XXe siècle, même à ses débuts, soit peu connue. On l’en remercie bien bas.

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