« Leader » sympa d’un trio en marche

Photo : Franc Leblanc;
La pianiste Julie Lamontagne, le contrebassiste Dave Watts et le batteur Richard Irwin.Photo : Franc Leblanc; La pianiste Julie Lamontagne, le contrebassiste Dave Watts et le batteur Richard Irwin.
Gisèle Bart
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Julie Lamontagne à Amal’Gamme

Gisèle Bart– Le 14 mai 2016, sur la scène de Diffusions Amal’Gamme à Prévost, des micros, un invitant piano, une batterie encore silencieuse, une contrebasse endormie attendaient leurs princes. S’amenèrent, pour les tirer de leur sommeil, le trio formé par la pianiste Julie Lamontagne, le contrebassiste Dave Watts et le batteur Richard Irwin. Un trio dont Julie est « leader » depuis vingt ans déjà.

Julie Lamontagne

Photo : Franc Leblanc

Ah, Julie ! Julie ! Toujours aussi lumineuse avec son abondante chevelure et son visage souriant de femme fière. À la lecture du programme, j’avais constaté que treize des quatorze pièces seraient d’elle. C’est donc impressionnée que je me suis confortablement calée dans mon siège. J’allais écrire « attablée », quel beau lapsus !

La première pièce s’intitulait Désillusionnée, étrange début. Cela présageait-il l’expression musicale d’une déprime ? Qu’à cela ne tienne ! Triste ou non, ce sera de haut calibre ! La pièce, qui pleure au début et qui passera sans cesse du majeur au mineur, se terminera par une escalade au soleil. « J’ai déjà fait de la boxe, voici un KO musical ». D’accord la batterie s’emballera, les doigts s’affoleront, autant ceux de la pianiste que ceux du contrebassiste. D’accord, il y aura un tonique solo de batterie ponctué de notes isolées, du piano, mais dans l’ensemble, ce sera un KO plutôt « soft » au son jazzé plus que rocky. « Elvis a eu son Hound Dog, moi, j’ai mon Hank dog » ! Il s’agissait d’un morceau composé pour un chien qui voulait à tout prix entrer dans le cabanon où le trio pratiquait à ses débuts. D’un rythme enjoué, le but était-il d’accueillir le chien ou de le chasser ? On ne le saura pas, mais le public, lui, était conquis et le bonheur de Julie irradiait. Suivit Waltz for Fred, inspiré de Brahms, en hommage à l’un de ses professeurs dénommé Fred, qui lui avait conseillé de jouer ce compositeur. À Rachmania s’affirmera encore plus l’excellence de notre pianiste, classique au départ, et qui ne le renie pas. Alors, pourquoi le jazz ?  «Parce que le jazz est un échange, une discussion où je me plais ». Quelle belle définition !  « Maintenant, on va se calmer le pompon, voici une ballade, Lovely lies .» « … Baisse un peu l’abat-jour… » écrirait le poète Valéry. La pièce est tendrement lascive, effet toujours obtenu par les balais sur les cymbales.

Enfin, une jolie histoire. Julie a douze ans. Elle étudie la musique classique. Elle est à Orford pour un stage. Or, un dimanche matin dont elle se souvient de tout, est apparu un homme, petit de taille, noir de peau, charismatique, Oliver Jones. Révélation ! La petite Julie venait de naître au jazz. C’est pourquoi, à chacune de ses prestations, elle ajoute ce qu’il est convenu d’appeler un « standard » à son programme. Ce soir ce sera It’s all right with me de Cole Porter. Une pièce exigeante au rythme effréné. La musique a pris le mors aux dents et envahit la salle au grand galop, tandis que Julie scande au piano d’émoustillantes notes isolées. Le public est aux oiseaux.

Au retour de la pause suivront l’Aria de la défunte, mélancolique et suppliant, inspiré d’un Ravel, puis Chopineries, un « medley » jazzé de ce Chopin que Julie affectionne, où se consolidera encore la certitude qu’elle est une grande pianiste. Now What. Digne des grands « standards », c’est une pièce empreinte de passion. Dawn, archet inquiétant, piano virtuose, peut-être qu’il ne fait pas bon brûler dans cet enfer, mais il semble qu’on ne s’y ennuie pas. Doux carrousel, intro du piano, puis arrivée insidieuse de la batterie, mélodies jouées par la contrebasse, rotation lente, c’est très doux en effet. Dans la salle, l’ambiance est au jazz, et les applaudissements explosent au beau milieu des pièces. Taksim, composé lors d’un voyage à Istanbul, se veut exotique. L’intro par la batterie sonne oriental. Roulement, cognement avec les maillets, ce qui donne un son de bois plutôt que de métal. Le piano est saccadé comme des pas précipités dans tous les sens. Les cymbales, ponctuelles, créent une ambiance de mystère. Après des remerciements aux organisateurs et au public, après avoir complimenté le piano, Julie et son trio s’engageront dans une dernière pièce, Lost in the cycle. Des doigts agiles, un beau duo de deux gamins qui s’amusent, un batteur qui fait feu de tout objet à sa portée, un morceau débridé. Au public ravi, ils offriront en rappel un morceau non encore enregistré, une tocade de Poulenc. Originale, « bluesy », sympa.

What now, Julie ?

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