Si j’aurais

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Gleason Théberge
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Mots et mœurs

Gleason Théberge – Il était une fois un poisson-scie, que son ignorance fit tomber amoureux fou d’une raie. Elle était sa cousine, et leur grand-mère commune s’empressa d’interdire leurs fréquentations.

– Vous exprimez tous deux la condition, mes enfants!

– Comment ça ?, répondirent-ils.

– Au J’irais…, qui présente une action incertaine, il faut plutôt joindre ce qui en permettra la réalisation,… si j’en avais le temps. Si vous n’étiez pas cousin-cousine, vous pourriez vous aimer, et ce n’est pas le cas, hélas !

Mais l’amour-passion, même condamné, n’en continua pas moins à fleurir. Leurs fréquentations, conditionnelles et fautives, furent sans cesse reprises dans le discours des générations, dont le propos semait le scandale avec des « si j’aurais su, je l’aurais pas fait », dont certains ne remarquaient pas le caractère indécent…

– On ne doit pas vous voir ensemble, avait dit la grand-mère.

– Nous y arriverons !, dit le poisson.

– Vous ferez ce que vous voudrez, reprit la grand-mère, mais pas dans la même phrase.

– Je veux savoir si vous nous en empêcheriez, répliqua la raie.

Elle avait trouvé juste.

La grand-mère n’a pu qu’approuver. Le si peut être suivi du conditionnel (ou du futur), s’il cesse d’exprimer la condition, comme dans « Je me demande si elle accepterait de m’accompagner » ou « Je ne sais pas si elle m’accompagnera ».

Il arrive donc que les scies aiment les raies, mais c’est plutôt rare. Méfiez-vous !

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