Les demi-frères

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Gleason Théberge
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Mots et moeurs

Gleason Théberge– La grand-mère dont je vous parle depuis quelque temps a aussi quelques petits-enfants, que leurs parents ont nommés Jamais, Pas, Personne, Plus et Rien. Ils ont un demi-frère, né d’une première union, dont la mère est morte en lui donnant naissance. Frappé par la mésaventure, son père l’a appelé Ne, avant de s’en occuper seul.

Le veuf s’est remarié quelques années plus tard, mais il avait eu le temps de développer une affection si particulière envers son premier né, enfant fragile et tolérant mal la solitude, qu’il a insisté dès son adolescence pour qu’il lui promette d’être toujours accompagné par un de ses demi-frères.

De telle sorte que chaque fois qu’on rencontre Ne, il est toujours avec l’un d’eux. Il  n’y manque jamais, n’oublie pas sa promesse, ce qui ne surprend personne, même s’il ne se formaliserait plus du contraire; et ses demi-frères ne lui demandent rien en retour du service qu’ils lui rendent.

Ils sortent d’ailleurs parfois sans lui, pas faciles à inquiéter, mais jamais la nuit et sans personne d’autre, comme plus d’un qu’un rien rendrait inquiet.

Évidemment, le père ne peut pas toujours surveiller ses enfants. Il arrive alors qu’en paroles certains oublient de respecter les consignes paternelles et qu’on entende : j’ai jamais dit ça; je vais pas y aller; il y avait personne; je veux plus le faire; j’ai rien promis. Mais dès qu’il faut écrire ces déclarations, et parce que les écrits restent, il vaut mieux formuler : je n’ai jamais dit ça; je ne vais pas y aller; il n’y avait personne; je ne veux plus le faire; et je n’ai rien promis.

S’il n’en tenait d’ailleurs qu’à leur grand-mère, qu’un comportement inhabituel rend toujours un peu confuse, il vaut mieux que ces demi-frères ne soient jamais plus de deux et que certains ne soient jamais ensemble, sauf Plus, le plus sociable qui peut accompagner n’importe lequel de ses frères, en des plus jamais, pas plus, plus personne ou plus rien

Quant à Personne et Jamais, très peu enclins à se préoccuper des autres, ils ne peuvent être qu’avec Plus ou Rien. On leur interdit des duos comme pas jamais, pas personne et rien personne, sauf si une ponctuation garantit qu’ils ne se touchent pas, comme dans ils n’en parleront pas, jamais; nous ne répondrons pas, personne ne le fera; vous ne direz rien, personne ne parlera.

Autrement, la pauvre grand-mère en perdrait patience, ce qui normalement ne lui arrivera jamais plus, n’est-ce pas?

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