Musiciens pour la Paix

Gisèle Bart
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Trio Nomad’s Land

Gisèle Bart – À Prévost, le 11 novembre, Diffusions Amal’Gamme nous proposait de la musique gwana, interprétée par le Trio Nomad’s Land, un groupe formé de Saïd Mesnaoui, spécialiste de ce genre, entouré d’un époustouflant flûtiste, Guy pelletier, et d’un non moins génial percussionniste, Bertil Schulrabe.

Cette soirée très spéciale ne fut rien de moins qu’un enchantement. Laâfou Bali Jana, Hade Zemane, Madari, Ralda Salem, Hammouda, Ghir Klame Khaoui, L’Gnaoui, Daouina, sont les titres qui ont été joués, inspirés en grande partie d’une musique arabo-cerbère, le Gwana, mais délibérément tournée vers le modernisme. Sur la scène, à gauche, un phénomène de flûtiste, jouant de tellement de flûtes différentes que je n’ai pas réussi à les dénombrer. À droite, un génie des percussions entouré de son arsenal : sa batterie, bien sûr, mais aussi moult djembé, bendir, bongo, derbake, tablas, crotales, tambour à cadre, clochettes, chaînettes de métal et autres couvercles de chaudrons, panoplie d’objets hétéroclites aux sons évocateurs. Au milieu d’eux, debout, un personnage imposant, pittoresque, natif du Maroc. Cheveux attachés en catogan, vêtu d’un ample pantalon et d’une tunique aux manches longues où se jouent géométriquement le violet, le rouge, le vert et le noir. De sa voix touchante, plutôt grave, dans la langue de son pays, hachurée, légèrement crachée, il nous chantera des complaintes, des incantations et des suppliques aux mélodies peu élaborées, obsessionnelles, À ses bras, le hajhouj, qui semble être un prolongement de lui-même, une sorte de guitare traditionnelle de son coin de pays, recouverte de cuir et qui émet un son plutôt sourd, plus accompagnateur que mélodique.

Frottements de métal, cognements de petits balais en bambous qui s’entrechoquent, musique fascinante. Aussi,… excitation, frénésie, direction vers la transe, sur cette musique considérée comme guérisseuse depuis des siècles par les sbires d’Afrique. Comme ambiance, un éclairage bleuté rappelant la couleur des maisons de Chefchaouen. Dès la première pièce, nous avions été déroutés. Était-ce déambulation dans les dédales d’un souk? Étions-nous en forêt? Ou à dos de dromadaire sur la plage d’Assilah? Étions-nous les pieds dans le sable en train de gober des huîtres à Oualidia? Ou dans un port de pêche de Essaouira, occupés à déguster du poisson en compagnie de chats et de mouettes? Étions-nous aux portes du désert, avec les arganiers où grimpent les chèvres pour en brouter les dives fruits ? Pendant ce temps, le flûtiste-magicien se consacrera à ses flûtes avec une agilité éblouissante. Parfois, un note aigue se faufilera jusqu’à notre âme et s’y incrustera pour y rester. Le percussionniste, quant à lui, véritable prestidigitateur, se démènera parmi ses instruments. Insatiables, ils joueront sur une petite courge creusée comportant des lamelles, une variante du kalimba, aussi appelée « piano à pouces » parce qu’on y joue avec seulement les deux pouces. Ils joueront du mélodica, ils secoueront une courge vidée remplie de grains de riz.

Le bleu disparaîtra, remplacé par le rouge de la guerre. Celle-là qui ne cesse de se régénérer à mesure qu’elle meurt, toujours remplacée par une autre. Arrivent les deux dernières pièces. L’une transmet la tradition du Gwana véritable, la musique du sud du Maroc au passé d’esclaves, la région la plus pauvre de ce pays. Puis, cognements du pied, un solo très goûté du batteur, flûte stridente, rythme guilleret, un collier de cymbalettes qui tintinnabulent comme les bijoux sonores des si belles femmes de la région. Ce fut fini.

Le Trio fait partie de l’organisme « Musiciens pour la Paix » qui rêvent de rassembler les peuples. Sur la scène, le bleu de la Paix et le rouge de la guerre se sont éteints. Lequel triomphera ? Si c’est la Paix, alors, QUAND ? !…

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