Un journaliste au front

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Un travail dangereux, mais essentiel

Marie-France Montreuil Voyager avec le strict minimum, survivre avec de maigres revenus, partager des lofts afin de boucler le budget, vivre dans l’attente tout en mettant constamment sa vie en danger ! Cela vous intéresse ? Alors, travaillez à titre de journaliste indépendant en zone de conflit.

C’est à ce quotidien que le documentariste québécois Santiago Bertolino s’est intéressé dans Un journaliste au front. Pendant presque deux ans, Bertolino a suivi sur le terrain le journaliste pigiste Torontois Jesse Rosenfeld. Dans une ère où les grands réseaux coupent de plus en plus dans leurs budgets et que par conséquent de moins en moins de journalistes sont postés à l’étranger afin de rapporter la nouvelle internationale, ce documentaire illustre bien l’importance de ces journalistes à la pige. Sans ceux-ci, certains enjeux internationaux passeraient tout simplement sous le radar ou ne nous seraient racontés que selon le point de vue des intérêts des multinationales qui contrôlent les grands médias. C’est pourquoi le travail de ces journalistes indépendants est essentiel. Afin de nous informer, de nous raconter et de nous livrer un autre point de vue…

À travers ses déplacements, de l’Égypte au Moyen-Orient, en plein cœur de la révolution arabe, Bertolino suit Rosenfeld de façon assidue, mais discrète. Ce qui place le spectateur dans une position privilégiée face au quotidien de Rosenfeld, mais aussi face à la dure réalité des conflits que couvre celui-ci. Dénigrement de cadavres au nord de l’Irak; exécution de militaires palestiniens en zone occupée; panne automobile nocturne en plein territoire de l’État islamique; séjour sous le Dôme de fer israélien et la traversée des zones occupées par l’autoroute de l’Apartheid, refusée d’accès aux Palestiniens… le quotidien des journalistes de guerre est tout sauf banal. La barbarie dont ils sont souvent témoins n’est pas sans les affecter personnellement. Par moment, nous ressentons le sentiment d’impuissance qui les habite. Leur plus grande frustration est l’attente et la bataille qu’ils doivent constamment mener pour faire accepter, par les éditeurs, leurs sujets de reportage et les budgets qui s’y rattachent. Sans ces sommes débloquées, le journaliste pigiste peut difficilement financer lui-même tous ses reportages. Pour seulement sept jours de reportage en Syrie, incluant les « entremetteurs » qui peuvent jouer dans les 150 $ par jour et le gilet pare-balles qui vaut à lui seul 1385 $, le budget peut frôler les 5000 $ ! Et cela, c’est sans compter la rémunération du journaliste.

Si Rosenfeld est habitué à prendre des risques dans des zones de conflit, ce n’est pas le cas pour Bertolino. Le documentariste a fait preuve de courage, car il est évident qu’à certains moments, alors que les balles sifflent autour d’eux, leurs vies ont été potentiellement en danger. Ce qui n’a pas découragé Bertolino de suivre à la trace Rosenfeld sur la ligne de front des djihadistes en Syrie. Non pas sans hésitation par contre… Après la projection, les cinéphiles du Ciné-club de Prévost ont eu l’opportunité de discuter avec Bertolino puisque ce dernier s’est joint à nous en compagnie de Nathalie Cloutier, productrice à l’ONF. Le nombre de questions de l’auditoire traduisait bien l’intérêt que le documentaire a suscité. Bertolino a pu nous raconter de visu l’arrière-scène de ce tournage rythmé, riche en contenu et pertinent.

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