Lettre ouverte de Roger Desautels

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Parc des Clos: projet de tapis synthétique

Monsieur le maire de Prévost, Membres du conseil municipal, Monsieur le directeur général, mon nom est Roger Desautels et j’habite Prévost depuis juin 2004 une ville que nous avons choisi feu mon épouse et moi, notamment pour son aspect champêtre et dont la devise est « Prévost, naturellement ».

Il y a quelques années, mon épouse est décédée d’un cancer. Avant elle, il y a eu mon père, puis ma mère, deux amis et trois collègues de travail. Tous sont décédés d’un cancer. Tous en l’espace de quelques années.

Quand j’ai appris que la Ville de Prévost voulait remplacer le gazon naturel du terrain de soccer du parc des Clos par un tapis fait de pneus recyclés, je me suis rappelé la polémique sur ce type de revêtement contenant notamment du plomb, du benzène, de l’arsenic, du cadmium et plusieurs autres substances cancérigènes1.

Aux États-Unis, en Europe et au Canada l’alarme a déjà été sonnée : les réseaux de télévision CNN, NBC, CBS, Le Washington Post, le Figaro (France) CBC, TVA, ont fait état de cette polémique. Aux États-Unis plus de 120 municipalités ont rejeté l’option du terrain synthétique2. En Europe, l’Union nationale des joueurs de soccer professionnels a demandé que les terrains synthétiques soient dorénavant interdits en France dès 2018 en raison de nombreuses blessures, brûlures et l’inhalation des particules provenant des granules de pneus recyclés3. Ici même, les villes de Boucherville et Repentigny ont dit non aux surfaces synthétiques dans les zones résidentielles4.

En 2014 et en 2015 dans l’arrondissement Saint-Paul-Emard dans le Sud-Ouest de Montréal, les citoyens qui s’opposaient à la pose de gazon synthétique ont obtenu gain de cause contre le projet d’installation d’un tapis de pneus recyclés dans un parc de leur arrondissement4 . De plus, l’Institut national de santé publique du Québec a clairement pris position en faveur de surfaces naturelles pour la pratique du soccer, un choix à la fois économique et écologique.

Lors d’une récente rencontre citoyenne, vous avez, M. Le Maire, laissé entendre que pour atténuer l’effet d’îlot de chaleur qui sera créé par le revêtement de pneus recyclés, il suffira de planter des arbres. Pour compenser les effets de chaleur d’un seul terrain synthétique, il faudra alors planter 1861 arbres qu’on laissera pousser pendant 10 ans5. On ne peut pas « patcher » un îlot de chaleur pas plus que l’on peut « patcher » un cancer.

Je veux vous dire que je suis un fan de soccer. Les surfaces synthétiques présentent peu de risques pour la santé s’ils sont à l’intérieur puisque non touchées par les éléments de la Nature, spécialement le soleil. Je vous invite à visiter le Centre Bois-de-Boulogne à Laval, un des premiers du genre au Canada. Vous allez constater qu’il n’y a pas de dangers de jouer sur de telles surfaces lorsqu’elles sont à l’intérieur.

Je vous invite aussi à aller voir le terrain synthétique du Stade Canac à Québec où le tapis synthétique n’est pas composé de granulats de pneus recyclés, mais d’un sable fin qui absorbe l’humidité et contrôle la hauteur des bonds du ballon. Les jeunes adorent jouer là-dessus. C’est le même type de tapis synthétique utilisé au Stade olympique par les Blue Jays, l’Impact et les Alouettes.

Je ne voudrais pas apprendre dans dix ans, que des jeunes joueurs de soccer d’aujourd’hui sont aux prises avec un lymphome parce qu’ils ont joué au soccer sur des granules de pneus recyclés.

Ce projet de 800 000 $ mérite la réflexion et non la précipitation.

Voulez-vous bien me dire où est l’urgence? Bien sûr, la Ville a reçu une subvention. Mais faut-il se lancer dans un projet pour embarquer dans le syndrome des villes gonflables ? Un médecin spécialiste, le docteur Pierre Gosselin disait que ce sont souvent le manque de recul et de connaissances qui mènent à de mauvaises décisions.

Je termine par une citation d’un célèbre écrivain6 qui a déjà dit un jour : l’argent, c’est la liberté monnayée. Messieurs-dames du conseil, ne monnayez pas votre liberté.

Merci!
Roger Desautels

  1. Institut nationale de santé du Québec. Les substances chimiques de gazons synthétique- 2008.
  2. INSPQ – bulletin de juillet 2014.
  3. ESH – media (France) « 2018, les joueurs haussent le ton ».
  4. INSPQ – bulletin de juillet 2014.
  5. Government of Western Australia 2011- Meil & Bushi Report.
  6. Dostoïevski
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