Duo Cordelia

Gisèle Bart
Gisèle Bart

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Une soirée qui sort de l’ordinaire

Gisèle Bart – À Prévost, le 3 février, en écoutant et regardant la violoniste Vanessa Marcoux et la pianiste Marie-Christine Poirier, un duo formé depuis maintenant trois ans, nous avions la fascinante impression de regarder et d’écouter deux sœurs jumelles tellement était perceptible leur entente.

La salle était comble et l’assistance fut honorée d’un concert particulier qui emprunta effectivement, comme le titre l’annonçait, des sentiers inconnus vers des « Terres Éloignées ». Les deux musiciennes y seront fidèles à leur désir de « découvrir, voire d’inventer et d’explorer de nouvelles avenues, de générer de nouvelles émotions, de faire ressentir de nouveaux sentiments ». Pour ce faire, leur solide formation et leur indéniable compétence leur permettront de maîtriser sans failles cette liberté et d’oser de telles innovations.

Au programme, elles alterneront avec doigté une pièce dans l’aigu et une pièce dans le grave, une pièce dans la douceur et une pièce délirante. Une remarquable Improvisation, un Piazzola, un Shchedrin, un Bloch et du Traditionnel dont du Klezmer se succéderont. Parlant de douceur, elles en atteindront l’extrémité et Mme Marcoux s’appliquera à son violon à prolonger ses finales d’abord et ensuite, par son attitude, à retarder les applaudissements du public, l’incitant à goûter totalement dans le silence l’émotion transmise et ressentie.

Quant à Shchedrin Dans le style d’Albeniz, si elles ont réussi à nous en traduire le côté obscur, l’étrangeté, ses descentes aux enfers et ses alarmes, par contre, délicates et raffinées comme elles le sont, elles n’ont pas réussi à nous faire croire à « deux gros bonhommes russes « comme leur avait suggéré de jouer Shchedrin en personne rencontré à Moscou ». Pour ce qui est de leur musique Klezmer, solennité suivie de rythmes endiablés, c’est avec nostalgie que, par la pièce Honga qui signifie littéralement « danse en lignes », nous avons été transportés vers notre jeunesse où nous allions danser bras élevés Hava Naguila dans nos salles paroissiales les samedis soirs. Salut protocolaire, grâce soit rendue à mesdames Marcoux et Poirier qui s’appliquent à le perpétuer. Pause.

Après, nous avons eu le privilège d’une Sonate pour violon et piano, composée par Valérie Marcoux elle-même. Une pièce qui, selon son propre dire, s’est voulue « une recherche intérieure de subtilités à l’infini, de différences, d’ironie, de désorientation, bref, une déroute ». Défi relevé, tout au long de ce morceau j’ai eu l’impression de pénétrer dans un laboratoire d’expérimentations sensorielles par les sons. Un morceau où toutes les possibilités du violon sont exploitées par la compositrice-interprète. Cette sonate nous propose au 1er mouvement « d’embarquer dans un train pour un périple dans un monde souterrain, une course, une fuite en avant où grouillent des créatures maléfiques, de rencontrer les forces telluriques, de les affronter dans le brouillard, au fin fond des profondeurs » pour se terminer sur un large rayon de soleil comme au sortir d’un tunnel. Le tout en compagnie d’un piano puissant, présent, attentif. Mme Marcoux serait-elle attirée par « le côté du mur à l’ombre »? À ma question après le concert : «Peut-on considérer que votre sonate est un exorcisme?» elle me répondra : «C’est plutôt un règlement de comptes avec mon violon. Je lui ai fait dire tout ce que j’avais à dire de lui». « Ce serait donc plutôt un exutoire? » « Oui, plutôt », m’a-t-elle rétorqué. Quant au public, celui de Diffusions Amal’Gamme, c’est avec son exceptionnelle qualité d’écoute qu’il recevra cette pièce pourtant longue et déroutante. Et des applaudissements grandement mérités et grandement ressentis la suivront.

Puis, au piano, fa la do, fa la do, fa la do paisibles avec variantes nous introduiront dans une oasis de pureté, de beauté, de finesse extrême au violon, extinction des feux, extinction des bombes, Spiegel im Spiegel de A. Pärt. Grand moment d’émotion dont l’effet en moi dure encore un mois plus tard.

Au rappel ce fut le très connu et stimulant Czardas de Vittorio Monti pour alimenter l’espoir.

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