Spectacle d’ici

Mark Fewer, violoniste, et Hank Knox, claveciniste. – Photo Serge Pilon
Gisèle Bart
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Un Bach Intime tout à fait «in»

Gisèle Bart –Dans un Bach Intime, un programme «tout Bach» tel que présenté par Raoul Cyr, président de Diffusions Amal’Gamme, les exceptionnels Mark Fewer, violoniste, et Hank Knox, claveciniste, se sont exécutés pour notre plus grand plaisir, le 24 mars, à Prévost.

L’éminent andragogue Jean-Guy Leboeuf citait : « Quand Dieu est avec ses anges, il écoute du Mozart; quand Il est seul, c’est plutôt du Bach ». Dans cet esprit, je me suis apprêtée à écouter les œuvres proposées, curieuse de découvrir ce que Dieu trouve d’expressément particulierchez cet immense compositeur.

Mais auparavant, j’ai pu admirer le meuble magnifique, vert antique, ouvert comme une belle barque, ornementé de sa traditionnelle devise en latin et de sa guirlande peinte, fleurettes romantiques, volutes de lierre, garni de-ci de-là de dorures, le clavecin. Il s’agissait d’une réplique des clavecins baroques, fabriquée celle-ci en 1982 par le facteur Richard Kingston. Puis, les deux musiciens se présentèrent, mi-protocolaires, mi-bonhommes, très simplement vêtus de tissus rustiques. Le ton était donné. Ils nous rendraient accessibles ce fameux Jean-Sébastien.

Sonate en Sol Majeur. 1720. Cette sonate fut jouée à la cour du Prince de Köthen. À la mi-temps de sa vie, J.S. Bach traverse une période heureuse. Un Allegro sautillant comme des éclaboussures de joie, un Largo, moment de quiétude, glissement émouvant de l’archet, un troisième mouvement où le claveciniste joue seul comme un pépiement de moineaux au printemps, retour du violon à l’Adagio, le morceau se termine comme il a commencé, en Allegro!… Bach n’était donc pas que sérieux. Il savait aussi rigoler!…

Sonate en Do mineur. D’une tendresse touchante, intemporelle, mélodique au point qu’on pourrait l’avoir écrite de nos jours pour une belle chanson. Volutes incessantes, les notes du clavecin batifolent. « Bach est l’as du contrepoint », cette superposition en strates de lignes qui s’entrelacent, s’éloignent, pour se rejoindre plus loin. Aussi, dire que la musique de Bach est de la dentelle est peut-être un cliché, qu’à cela ne tienne, je valide, oui, J.S. Bach c’est de la fine dentelle, compliquée comme les plus belles. « C’est de la musique aux grandioses architectures sonores, aux intellectuelles combinaisons linéaires… », a écrit Norbert Dufoncq qui affirmait que pour jouer du clavecin il faut être pianiste et organiste en même temps. Pendant ce temps, marchait lentement le violon penseur. Adagio, une note de ce violon, suspendue dans le temps et dans l’espace. Enfin, Allegro. Puis, la pause.

Sonate en Mi majeur. Un mélange d’Adagio au clavecin et de trilles allégeants au violon, amalgamés de notes longuement glissées sur les cordes; pièce berçante, note infiniment prolongée par le violon. Le 2emouvement est presqu’un air populaire. Succession de mélancolie et de vif argent, précipitation vers la finale comme la course d’enfants sortant de l’école. Splendides glissendi sur ce violon rénové à l’ancienne avec des cordes en boyaux. Et pour finir, une multitude d’ornements émoustillants au clavecin.

Enfin, Sonate en La majeur. L’esprit est à la fête. La soirée s’achève et les deux musiciens ont progressivement atteint un état de symbiose remarquable. Arrive le seul Andante du programme, rêveur, puis un Presto pour couronner le tout. En rappel, le 3emouvement de la Sonate en Si mineur.

Après le concert, il se fit un rassemblement d’auditeurs autour du clavecin, cet instrument qui comporte un élément primordial, le sautereau, muni d’une pointe, le plectre, autrefois le bec d’une plume, aujourd’hui en cuir, qui frotte la corde et la fait vibrer. Il était frappant d’observer la fascination qu’exerce ce spectaculaire instrument parvenu jusqu’à nous avec ses relents de temps révolus. Nostalgie?

Pour conclure, je dirai : de siècle en siècle, il y eut Bach et ses interprètes, dans les années ’70 il y eut Playbach (du Bach jazzé), ce soir-là on nous annonçait un « tout Bach ». Après écoute d’un Bach accessible au max, je suis tentée de l’appeler « InBach ». Et je ne pense pas que Dieu l’aurait écouté seul. Je crois plutôt qu’Il aurait été désireux de le partager avec ses anges, ses archanges et même ses chérubins.

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