Schisme au Bloc québécois

Rhéal Fortin explique ce qui a motivé son départ du Bloc québecois à des citoyens venus l’interroger. La rencontre se passait lors de l’investiture péquiste de Prévost. -photo Michel Fortier
Valérie Lépine
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Rhéal Fortin explique

Valérie Lépine – Depuis quelques semaines, les discordes au Bloc québécois défraient la manchette. Rhéal Fortin, député de Rivière-du-Nord, explique son départ du Bloc québécois et son implication dans sa communauté.

Au cœur du litige

Rhéal Fortin explique la décision des sept députés1 de quitter le Bloc québécois d’abord par le style de leadership « toxique » de Martine Ouellet, qui divise plus qu’il ne rassemble.

Ils n’étaient pas non plus d’accord avec l’insistance avec laquelle Mme Ouellet ramène toujours le sujet de l’indépendance dans toutes ses allocutions ou ses communiqués.

Ils désapprouvaient en outre la façon dont Mme Ouellet voulait supporter le Parti québécois aux prochaines élections. M. Fortin a révélé au Journal que la chef bloquiste voulait apporter son support au PQ comté par comté. Ainsi, elle appuyerait le PQ dans certains comtés, Québec solidaire dans d’autres et même la CAQ ailleurs. Pour les sept députés démissionnaires par contre, il est important que le Bloc demeure derrière le PQ en entier comme il l’a toujours fait dans le passé.

Les députés démissionnaires ont donc tenté pendant un an de s’entendre avec la chef bloquiste, mais l’impasse a persisté. M. Fortin ajoute que plus fondamentalement, c’est la compréhension de la mission du Bloc qui est au cœur du litige. Certes le Bloc doit faire la promotion de l’indépendance du Québec, mais il doit d’abord et avant tout défendre les intérêts de la province au Parlement. C’est aux élus de Québec de décider comment faire l’indépendance. Les élus indépendantistes à Ottawa doivent quant à eux s’assurer qu’en attendant que le Québec soit souverain, les 50 milliards de dollars que le Québec contribue à la fédération canadienne soient utilisés dans l’intérêt des Québécois.

Certains ont reproché aux députés démissionnaires de ne pas être réellement indépendantistes. À cela, M. Fortin réplique avec conviction qu’il est indépendantiste depuis l’adolescence et qu’il a milité en 80 pour le Oui. D’autres ont avancé que les sept députés n’avaient pas respecté la démocratie interne du parti en quittant le Bloc. « On a attendu un an et on n’est pas arriver à s’entendre! […] On aurait pu rester au Bloc et magouiller dans le dos de Madame Ouellet pour essayer de la putscher. […] On est pas d’accord avec elle, […] ce n’est pas son problème, c’est le nôtre. On s’est levés et on est partis. Qu’est-ce que vous voulez de plus en terme de respect de la démocratie? Si t’es pas content du chef, tu t’en vas, c’est pas au chef de changer, c’est à toi. Je n’ai aucun complexe sur le plan de la démocratie. On a été transparents », a affirmé avec véhémence Rhéal Fortin.

Et au niveau régional…

Le député de Rivière-du-Nord considère que son travail au niveau de sa circonscription n’a pas changé. Il rassure ses concitoyens qu’il a toujours ses entrées dans les ministères et qu’il aura le même budget pour ses opérations de député.

Peut-il mettre de côté ses convictions souverainistes pour servir les citoyens de son comté? « Tout à fait! On travaille avec tout le monde. […] On veut défendre les intérêts du Québec. […] Je suis convaincu que quelqu’un qui croit aux intérêts de la nation québécoise […] en viendra inévitablement à la conclusion qu’on doit décider nous-mêmes de ce qui passe sur notre territoire. […] Il faudrait qu’on signe tous nos traités et qu’on perçoive tous nos impôts. »

Il considère en outre qu’il est bien placé pour défendre les enjeux majeurs de sa région comme les énergies vertes et la protection des parcs, mais aussi des enjeux plus larges comme la légalisation de la marijuana, la taxe sur le carbone ou les contrats de construction navale.

Québec debout

Les sept députés démissionnaires ont entamé le processus de création d’un nouveau parti qui s’appellera Québec debout. Ce parti, selon Rhéal Fortin, « veut rallier tous les indépendantistes mais aussi tous ceux qui ont à cœur les intérêts du Québec. Toute epersonne qui considère que c’est important d’être représenté dans ce parlement-là. C’est une alternative qui n’existe pas présentement et qui nous apparaît importante à offrir. »

Un communiqué de presse paru le 9 mai énumère les quatre principes fondamentaux du nouveau parti : défendre les intérêts du Québec à Ottawa, sans compromis; soutenir les consensus de l’Assemblée nationale du Québec; travailler avec le peuple québécois et son Assemblée nationale dans toute démarche l’amenant à son indépendance; et veiller à accroître la présence et la force du Québec dans les domaines de compétence fédérale. M. Fortin a conclu l’entretien en disant qu’il est fier d’avoir été élu et qu’il continuera de défendre les intérêts du Québec avec fierté.

  1. Les sept députés qui ont définitivement quitté le Bloc québécois le 1er mai sont : Gabriel Ste-Marie, Luc Thériault, Monique Pauzé, Michel Boudrias, Rhéal Fortin, Simon Marcil et Louis Plamondon.
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