Bonheurs de lecture

Valérie Lépine
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Magnifiques géants

Valérie LépineIl y a de ces livres qui nous bouleversent non pas à cause de leur prose, de leurs personnages ou de leur histoire, mais parce qu’ils viennent toucher en nous une zone d’une extrême sensibilité.

Je ne me rappelle pas avoir pleuré à la lecture d’un livre. Mais j’ai versé quelques larmes après avoir lu un passage de L’arbre-monde. C’étaient des larmes de tristesse, mais surtout d’impuissance. Ce passage témoignait de l’aveuglement général, de l’égoïsme de certains et de l’ignorance de plusieurs qui nous empêchent de voir la beauté du monde et de la préserver, même si, ce faisant, l’humanité court droit à sa perte.

L’intrigue du roman se développe lentement. Les différents protagonistes entrent en scène chapitre après chapitre. L’auteur, Richard Powers, trace le portrait de neuf Américains d’origines très différentes dont les destins seront intimement liés aux arbres. Tous seront tôt ou tard marqués par la puissance de ces végétaux et tous voudront, à leur manière, les protéger jusqu’à vouloir risquer leur vie pour le faire.

L’arbre-monde est un livre d’une grande pertinence dans le contexte environnemental actuel. Mais, il ne faut pas se méprendre : ce n’est pas un roman moralisateur ou catastrophiste. Son intrigue est réaliste et ses personnages, tout à fait crédibles. Et au travers leurs histoires, cette œuvre fait l’apologie des arbres, de leur splendeur, de leurs fascinantes propriétés et de leur vie encore mystérieuse. Les arbres sont les véritables héros de ce roman. On ne peut terminer la lecture de ce livre qu’avec un respect infini envers eux.

Richard Powers démontre en outre dans L’arbre-monde son grand talent d’écrivain. Son écriture est dense et poétique; elle use de métaphores et fait appel à de nombreuses références culturelles et scientifiques, témoignant de l’érudition de Powers. J’ai, au cours de ma lecture, souvent relu certains passages pour m’imprégner de leur beauté. Le roman a ses défauts bien sûr : un peu trop long, une fin un peu abrupte, des liens entre les personnages qui semblent parfois un peu forcés, une érudition parfois mal intégrée dans l’intrigue romanesque. Malgré ces quelques réserves, ce roman m’a profondément touchée tant par son humanité que par son magnifique portrait de ces géants qui côtoient nos vies et sont essentiels à notre survie.

L’arbre-monde, Richard Powers, édition Le Cherche-Midi, 2018, 488 pages.

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