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Sylvie Prévost
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Réflexions sur le Jazz

Sylvie Prévost – Me voilà invitée à écrire sur un spectacle de jazz… un vaste domaine que je ne connais pas. Aussi livrerai-je ici les impressions d’une néophyte.

Spectacle déstabilisant, mais tout autant intéressant ! J’ai entendu là d’excellents musiciens. Un pianiste agile, qui insuffle de la profondeur à ses improvisations; un fameux percussionniste, capable de discrétion, très inventif, très à l’écoute, qui se fond à l’atmosphère que créent les autres. Le quatuor a démontré beaucoup d’aplomb, particulièrement dans Étude des lueurs III où il a exploré les instruments de façon inédite, créant un monde étrange, très minéral en même temps que très organique. Séguin est un très bon trompettiste dont la technique lui permet une grande variété de sonorités. C’est déjà beaucoup pour moi de dire cela, car la trompette m’évoque immanquablement le barrissement d’un éléphant (je devrais peut-être faire une psychanalyse…) mais j’avoue qu’il s’agit ici d’un éléphant particulièrement habile et chantant. Tout de même, utiliser une trompette dans des Études de lueurs… la brillance de l’instrument me semble en conflit avec le sujet annoncé ! Mais peut-être est-ce justement là-dessus qu’il me faut réfléchir ?

En effet, le jazz ne se contente jamais de simplement illustrer un thème. Il s’en sert comme d’un tremplin pour des improvisations, que l’auditeur devrait apprécier pour leur virtuosité. Les thèmes composés par Séguin, je les trouve vraiment très beaux et pleins de sensibilité. Le traitement que les musiciens en font reste sobre, sans show off. C’est un jazz plus européen qu’américain me dit-on… Je veux bien le croire, l’essentiel étant que cela me plaise bien.

C’est toutefois un plaisir bien différent que lorsque j’entends de la musique dite classique… En effet, tout se passe à l’extérieur de moi, alors que le classique me renvoie vers l’intérieur. Le classique se nourrit de l’ensemble de l’expérience humaine, de nos questionnements universels, de tout ce qui fait notre civilisation. Le jazz n’est pas une musique qui vise à aller en profondeur, mais qui parcourt large, il ne mène pas à l’introspection, il ne vise pas à élever le point de vue, il se contente de constater ce qui existe et de faire passer un bon moment. Il n’a pas d’impact sur moi. J’ai assisté à un spectacle et je suis restée spectatrice. J’ai été comme un badaud dans une cité, car c’est aussi une musique qui me paraît essentiellement citadine. Même l’agitation qui caractérise nombre d’improvisations concourt à cette impression urbaine. Cette musique me met dans la position de côtoyer toutes sortes de gens, de phénomènes, d’histoires, de valeurs sans que je ressente ces choses, sans que j’aie à y comprendre quoi que ce soit, sans que j’y participe.

J’aime la musique classique parce qu’elle touche ce qui est au plus profond et qu’elle tire vers ce qui est le plus élevé. J’aime bien la musique populaire parce qu’elle parle du quotidien, du trivial qui rejoint l’expérience de tous. J’aime bien le jazz parce qu’il me montre le monde dans sa diversité.

Qu’on me pardonne ces réflexions dont j’espère que personne ne prendra ombrage. Il ne s’agit après tout que des impressions de quelqu’un qui n’y connaît pas grand-chose…

Le samedi 4 mai 2019 : Litania Projekt

Jacques Kuba Séguin, trompette; Jonathan Cayer, piano; Guy Boisvert, contrebasse; Mark Nelson, batterie; Julien Patrice et Lise-Marie Riberdy, violons; Lauren Tyros, alto; Thomas Beard, violoncelle.

Jacques Kuba Séguin : Étude des lueurs I, Étude des lueurs II, Étude des lueurs III, Étude des lueurs IV, La ligne bleue, Fugue avec Anaïs (à Métis), Magda’s Tango, Hercule Poirot, Pour Stanko, Krajobraz dla Muniaka, I Remember Marie in April, Malina; Henryk Wars : Milość ci wszystko wybaczy

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