Mots & mœurs

Gleason Théberge
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Vendre (son garage?)

L’été est propice au ménage qui s’impose parfois dans nos vieilleries. Et chacun peut profiter des jours où est autorisé l’étalage des objets dont il ne se sert plus, pour les mettre en vente le long de la rue chez soi ou dans le voisinage. Ils peuvent valoir le pesant des souvenirs qui y sont rattachés, mais s’ils peuvent être encore utiles à d’autres, le vendeur peut en tirer quelques dollars, en évitant de devoir les jeter aux ordures. Le soir venu, ce qui reste peut être donné dans un centre de récupération (dans notre sous-région, à la Maison de Prévost), mais ce qu’il aura vendu ce sont des skis, de la vaisselle ou des jouets, qui ont pu provenir de sa maison ou de son garage, mais utiliser l’expression devenue courante vente de garage, du moins en français, ne serait correcte que s’il avait vendu le garage.

Au garage sale anglais correspond vente débarras, une expression déjà utilisée par plus d’un parce qu’on se débarrasse alors de ce qui nous encombrait. Le français, langue perçue comme compliquée, ne le devient vraiment que si on la barbouille d’usages qui lui sont contraires. Or, procéder à la vente de quelque chose, c’est céder cette chose à un prix convenable aux deux parties. On peut ainsi faire une vente de garage mais en vendant aussi la maison et le terrain. Ce qui n’est pas le cas s’il s’agit de disposer seulement de ses meubles ou de certains accessoires domestiques.

Les marchands ne sont d’ailleurs pas en reste quant aux erreurs concernant la mention des ventes. Afficher ainsi Vente de Noël pour annoncer qu’on a diminué les prix à l’occasion de cette fête, c’est oublier que cela signifie qu’on a l’intention, prétentieuse, de vendre la fête elle-même. L’expression correcte, vieille comme la paye qu’on donnait aux soldats il y a déjà 700 ans, c’est d’annoncer un solde de Noël. On peut alors aussi bien parler d’une liquidation, qui consiste précisément à vendre au plus bas prix dans le but de se délester de toute la marchandise. Mettre en vente serait correct, évidemment, mais s’applique à toute offre faite contre paiement, que le prix soit normal ou qu’on en vienne à accepter moins que ce qu’on espérait. Solder, c’est toujours, au moins chez les marchands honnêtes, vendre un bien à un prix inférieur à celui qui lui est habituel. On ne fait ainsi pas de vente de feu, puisque ce n’est pas du feu qu’on vend, mais on peut faire une vente d’autos neuves ou usagées, mettre en vente sa bicyclette ou son lave-vaisselle, et même vendre son âme au diable, si on croit ne pas être ensuite poursuivi en justice pour les crimes que notre dépravation mériterait.

Par rapport à la vente, attention aussi au fait de vanter quelqu’un ou de se faire venter un jour de tempête. Le premier usage peut d’ailleurs conduire à la vantardise, quand on fait l’éloge de ses propres qualités, réelles ou imaginaires. Le deuxième concerne l’effet du vent, dont on peut s’attendre, avec les changements climatiques, qu’il vente de plus en plus fort et de plus en plus souvent désormais, sans qu’on puisse se vanter d’en être collectivement responsables.

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