Sauver le Lac Écho

Emma Guerrero Dufour
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Sauverons-nous le lac Écho?

Emma Guerrero Dufour – Tous les  plaisanciers et propriétaires riverains du Lac Écho étaient conviés à une rencontre de consultation citoyenne, qui avait pour but la recherche de solutions conjointes pour sauver le lac Écho, menacé par des algues bleues.

La salle était à son comble et il a fallu rajouter des chaises pour accommoder les 130 citoyens ayant répondu à l’appel de la Municipalité de St-Hippolyte.  Ces derniers se sont présentés au Centre des loisirs et de la vie communautaire de Saint-Hippolyte, le 7 juillet dernier, suite à un rapport du Dr. Richard Carignan, faisant état des dangers encourus par le Lac Écho.

« Les moteurs tondent littéralement les plantes aquatiques», a martelé le Dr. Carignan lors de la rencontre. Le principal problème, selon-lui, c’est que les moteurs des embarcations nuisent aux plantes aquatiques en les coupant et en labourant le fonds, ce qui les empêche de pousser. Cela peut entraîner des risque de prolifération de cyanobactéries, ces algues bleues et vertes, ce qui a d‘ailleurs été observé dans le Lac Écho par l’équipe du Dr. Carignan. 

Cet important problème de santé publique a fait couler beaucoup d’encre dans les dernières années, puisque les cyanobactéries peuvent être à l’origine de problèmes de santé comme la Gastroentérite.

Pour le biologiste qui travaille sur les Lacs de St-Hippolyte depuis une trentaine d’années, il est clair que la santé du Lac Écho est en péril en raison d’une interférence entre la navigation motorisée et les dynamiques naturelles du Lac. « La condition de tous les Lacs de St-Hippolytes s’est améliorée, sauf celle du Lac Écho.», a précisé le Dr. Carignan lors de son intervention qui a ouvert la rencontre.

Interdire les moteurs

Le Dr. Carignan a proposé trois pistes de solution à explorer afin de remédier à ce problème, et la plus plus controversées a été celle d’interdire complètement la navigation motorisée sur le Lac Écho.

Cette proposition est loin de faire l’unanimité. Pour Johanne Landry et Paul Tschäppät, résidents de Saint-Hyppolite depuis 5 ans, cette mesure serait exagérée. « Interdire les bateaux ferait perdre beaucoup de valeur aux résidences », soutient M. Tschäppät. 

Mme Landry croit qu’il faut commencer en douceur, avec l’éducation et la sensibilisation. « C’est comme la cigarette » compare-t-elle, « ça s’est fait lentement, mais aujourd’hui les gens ont honte de fumer.»

Le couple se dit tout de même inquiet de la santé du Lac et soutient avoir observé une dégradation de la qualité de l’eau depuis les cinq dernières années.

Dans l’éventualité où toute navigation motorisée serait interdite, la végétation augmenterait, ce qui favoriserait la qualité de l’eau selon le biologiste, qui compare les herbiers aux poumons d’un lac.

Qui peut légiférer?

Interdire complètement les embarcations à moteurs est plus facile à dire qu’à faire. Une telle mesure législative requiert la permission de Transport Canada, la navigation maritime tombant sous le joug du gouvernement fédéral. 

Les municipalités de St-Hippolyte et Prévost ont toutefois le pouvoir d’agir en matière d’environnement, une manière de contourner cet obstacle des compétences fédérales pour potentiellement protéger le lac.

Toutefois, la ville de Prévost n’a juridiction que sur certaines bandes riveraines faisant parties de son territoire et non sur l’entièreté du Lac, selon l’avocat à la retraite et membre du conseil municipal de St-Hippolyte, Donald Riendeau. Il n’existe donc pas, selon lui, de lois municipales à Prévost en vue de le protéger.

Mobilisation citoyenne

La rencontre a été ponctuée par une séance de remue-méninge où les citoyens pouvaient proposer des pistes de solutions, menant à la création de comités de travail sur différents dossiers en lien avec la protection du Lac.  

« J’ai décidé de m’impliquer dans le comité de sensibilisation », raconte Johanne Landry, qui croit qu’il faut commencer par éduquer avant d’interdire.

Des citoyens ont proposé de limiter l’accès au Lac aux résidents, ce qui aurait pour effet de diminuer le nombre d’embarcations à moteur sur le Lac écho. D’autres souhaitent interdire complètement les moteurs sur le lac d’ici 2020 et instaurer des patrouilles de surveillance. Une proposition d’instaurer un code d’éthique a également été faite.

Bruno Allard, conseiller à la communication et à l’environnement pour Saint-Hippolyte , s’est engagé à organiser une rencontre par mois avec les différents comités.

La ville Saint-Hippolyte, organisatrice de l’évènement, semble se soucier de la santé du lac Écho et de ses riverains, comme on peut lire sur la page facebook de la Mairie: « Il apparaît […] essentiel de modifier rapidement les pratiques afin de sauvegarder la qualité de l’eau et de sécuriser la valeur des propriétés des riverains.»

La municipalité s’engage d’ailleurs à organiser un question-réponse sur son site web afin de donner davantage d’information à la communauté riveraine. Il suggère d’envoyer les questions à l’adresse suivante : gsimard@saint-hippolyte.ca


Les résidents du Lac et le Dr. Carignan ne sont pas les seuls à être préoccupés par la santé du Lac Écho. Un groupe de recherche de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) a l’intention de venir au Lac Écho entre le 22 juillet et le 2 août pour une étude sur la qualité de l’eau. Le projet, mené par le  Groupe de recherche interuniversitaire en limnologie et en environnement aquatique (GRIL) vise l’étude de l’impact des changements climatiques sur le lac. L’équipe a déjà visité le Lac Écho il y a 15 ans, ce qui lui permettra de faire des comparaisons entre ces deux périodes.

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