Vivre avec un animal, c’est révolutionnaire

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Sandra Friedrich

On dit de moi, comme chat, que je suis indépendant, mais cela ne veut absolument pas dire que je n’ai pas besoin de présence. Je vois tellement de chats qui se promènent dans la forêt que ça m’effraie. Si ma gardienne me laissait seul dehors, je serais en danger. Je me ferais bouffer, je serais exposé à des attaques d’autres prédateurs, etc. Elle ne prend pas ce risque, elle me promène au harnais ! Elle écoute mes miaulements, sait les distinguer sans toujours comprendre ce que je raconte, mais elle démontre une vraie attention. Je suis un être vivant, sensible, affectif, communicatif, je peux tomber malade, résister, créer un vrai attachement avec elle.

« Tu deviens responsable pour toujours de ce que tu as apprivoisé », disait Antoine de Saint-Exupéry. Alors cela me fait réfléchir. Je me demande si vivre aux côtés d’un animal, vivre à mes côtés, ce n’est pas un truc révolutionnaire. Parce que quand j’y pense, l’objectif c’est de bien s’attacher ou de s’attacher mieux les uns les autres et de faire de ses attachements une œuvre partagée d’émancipation.

Bah oui ! Vivre avec les animaux n’a rien d’une évidence. En fait, je pense même qu’il faille repenser nos rapports de fond en comble avec les humains, dans une perspective de responsabilité et d’engagement majeurs. Parce qu’avec ma gardienne on forme une espèce d’association particulière, vécue dans la société québécoise, à une période historique (2019). On partage un espace de vie dans lequel chacune de nous deux à des intérêts. Ce sont des agencements chargés de sens et d’émotions. Entre deux espèces différentes ! Pour que se crée cet espace de cohabitation commune, ma gardienne et moi devons nous accueillir dans nos spécificités. Si ma gardienne est énervée et réactive, je ne ferai pas attention à elle, en fait je vous le dis : j’aurai peur. Ce qui va casser notre lien, ce qui va engendrer possiblement des problèmes de comportement pour moi et, à terme, je trouverai bien quelque chose pour m’exprimer.

Il ne s’agit pas de surinvestir la relation, il s’agit de se respecter. Pour y parvenir, mon humaine doit bâtir la relation et devenir une interlocutrice recevable. La communication ne se borne pas qu’à la transmission d’une information factuelle. Sortir, manger, etc., ça c’est le premier niveau de l’interaction. La communication inclut un message sur la qualité de notre relation entre elle qui parle et moi qui reçois. Et pour qu’il y ait une bonne communication, il faut que ses paroles, ses actes et son affection pour moi soient alignés. Alors, seulement, on commence à parler de relation.

Et c’est ça qui est révolutionnaire : il faut que chacun prenne soin de soi (moi, je le fais à merveille), que chacun prenne soin de l’un de l’autre, pour que nous bâtissions une belle vie en commun.

Bon, je dois vous le dire : au fur et à mesure de notre compagnonnage, rien n’est acquis, mais la relation est installée, la confiance se travaille quotidiennement, les fondations sont stables. Je pense que ma gardienne devient une meilleure personne.

Tout ça, grâce à moi !

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