Collectif d’artistes à SADL

Journal des citoyens - collectif artistesLise Potel a grandement profité de la pause causée par le confinement qui fut une source d’énergie pour elle. – Photo: Jacinthe Laliberté

Soutenir le regard de l’autre

Jacinthe Laliberté – Des membres du Collectif Les artistes des Lacs, jeune association de la municipalité, ont repris leurs pinceaux quelque peu délaissés pendant le confinement pour participer à un projet novateur : faire « le portrait de l’autre ».

Les artistes s’isolent pour créer; cette fois, ils étaient confinés. La contrainte change tout. Même si créer, c’est partir de soi, la stimulation peut aussi venir des autres, selon M. Faucher, principal initiateur du projet; encore faut-il l’accepter.

Pour comprendre l’implication de certains artistes dans ce projet, l’auteur s’est invité chez quatre d’entre elles pour une petite rencontre amicale.

La fin d’un intermède 

« Durant la pandémie, les artistes s’ennuyaient dans leur coin. L’idée a donc été lancée de faire le portait les uns des autres. Un défi puisque les artistes se peignent rarement entre eux », d’expliquer Philippe Faucher.

Pour mieux situer toutes les subtilités qu’a engendrées ce projet, il a expliqué : « L’art du portrait n’est pas une tâche simple. En peinture, le portrait n’est pas un miroir. Les options sont infinies. Au-delà de la ressemblance, le peintre interprète le visage de son modèle. Ici, dans ce projet, le double rôle de peintre et de modèle ajoute à l’incertitude. »

Malgré ces difficultés, une douzaine de membres ont accepté l’invitation. Une pige permettant des associations très intéressantes donna le signal de départ.

Deux portraits et un oiseau

Denise Leduc et Huguette Lagacé Bourbeau ne se connaissaient pas. Un déménagement en période de pandémie a été l’origine d’une rencontre exceptionnelle. Voisines de rue, elles se sont découvertes grâce à ce projet.

Denise fait de la peinture depuis l’âge de 32 ans et est autodidacte. Elle se dit « portraitiste née ». En toute humilité, elle avoue que c’est un talent naturel qui s’est confirmé dès qu’elle a touché un pinceau.

Huguette n’est pas portraitiste. Pendant des années, elle a fait du modèle vivant dont les lignes étaient les principes de base. Maintenant, ce sont les taches qui l’inspirent. D’un rien, une suggestion lui apparaît. 

Des photos prises à la sauvette de part et d’autre les ramenèrent dans leur atelier respectif. 

Un fait cocasse pour comprendre le fondement de cette amitié spontanée : Huguette a remarqué une tache, sur sa toile, qui prenait la forme d’un oiseau. Fait étrange selon elle. Impossible de donner un coup de pinceau pour faire évoluer cette tache. L’instinct du créateur l’incitait à la conserver dans sa forme première. Confirmation de la part de Denise, elle a bel et bien un petit perroquet nommé Picasso. 

La nostalgie d’Huguette causée par la pandémie s’est envolée et Denise a retrouvé sa créativité délaissée lors de son déménagement. Ce projet de portrait est arrivé à point pour toutes les deux.

Une timidité au centre de la création

Tennille Dix, nouvelle venue dans l’association, a été interpellée par M. Faucher pour participer au projet. Artiste en art abstrait et sa timidité naturelle étant, sa première réaction a été de refuser. 

Comme sa partenaire, Lise Potel ne voulait pas nécessairement se voir sur une toile, l’association fut un choix incontestable pour les deux. L’abstrait définirait moins les traits de Lise qui, elle, « une touche-à-tout », aime expérimenter de nouvelles techniques. 

Pour une personne solitaire comme Lise Potel, le défi fut de peindre l’âme d’une autre personne ainsi que sa profondeur. Faire ressortir l’intensité des yeux fut son défi puisqu’elle voulait Tennille songeuse comme si elle voulait annoncer quelque chose.

Quant à Tennille, elle y est allée de son inspiration habituelle qu’elle tire de son art abstrait. Faire le portrait de Lise lui permet de se confirmer dans un autre style : le réalisme. Heureuse de ce changement, elle vogue, maintenant, d’un style à l’autre.

Contrairement aux autres, le confinement ne se traduit pas par une pause pour ces dernières, mais plutôt par un regain d’énergie. Les deux ont fait face au défi à leur façon. La timide et la solitaire ont su se retrouver pour produire des œuvres inédites.

De cette aventure découlera une rencontre informelle, au début du mois de juillet. Présenter les œuvres de chacun et assister à la narration des belles histoires issues de cette aventure en marge de l’agitation et des tensions sera à l’origine d’un événement culturel. Les artistes de toutes les disciplines auront démontré, au cours des derniers mois, que l’art ne se confine pas.

Portraitiste née, Denise Leduc pose devant une de ses réalisations qui n’est pas, cela va de soi, celle qu’elle a réalisée de sa compagne artiste. – Photo: Jacinthe Laliberté
L’atelier d’Huguette Lagacé Burbeau est son havre de paix. Une fois terminée, chaque toile trouve sa place. – Photo: Jacinthe Laliberté
Terrille Dix présente deux de ses toiles réalisées durant un confinement qui n’a pas freiné sa création. – Photo: Jacinthe Laliberté
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