Psychologie canine

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Valérie Lépine
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Les chiens sont plus extraordinaires que vous ne le pensez

Valérie Lépine – Némo adore que son maître lui lance une balle. Il est infatigable quand il s’agit d’aller la chercher et de la rapporter. Parfois, il perd de vue la balle qui lui a été lancée. Il a beau chercher, il ne la retrouve pas dans les fourrages où elle a atterri. Pour l’aider, son maître lui pointe l’endroit exact où est située la balle. Némo trouve enfin la balle et le jeu peut continuer.

Le fait que Némo soit capable de comprendre ce que le geste de son maître signifie peut paraître banal. Mais en fait, cette capacité qu’ont la plupart des chiens de comprendre l’intention derrière un geste comme pointer le doigt vers un objet est loin de l’être. 

Il y a tout un processus cognitif complexe derrière le fait qu’un chien arrive à comprendre le geste de son maître. Il doit comprendre que le geste est généré par une intention, que cette intention est de lui communiquer quelque chose, que ce quelque chose est probablement de lui venir en aide et donc que s’il suit la direction du doigt, il trouvera sa balle. 

Enfants et chiots

Cette capacité à comprendre l’intention derrière un geste est présente spontanément (sans entraînement) chez les enfants dès l’âge de 14 mois. Les chiens et les chiots ont cette même capacité. Mais, étonnamment, les grands singes, comme les chimpanzés et les bonobos, et les loups n’ont pas cette capacité spontanée. Qu’est-ce qui fait que les chiens aient pu la développer ? 

Selon l’anthropologue Brian Hare, les chiens comprennent naturellement l’intention derrière certains de nos gestes parce qu’il y a 12 000 ans, leurs ancêtres ont choisi de vivre près des humains. 

Les recherches de Brian Hare tendraient à démontrer que ce ne sont pas les humains qui ont choisi de domestiquer les loups, mais que ce sont les loups qui se sont auto-domestiqués pour devenir les meilleurs amis de l’homme.

Ancêtres des chiens

Au moment où les chasseurs-cueilleurs sont devenus agriculteurs et ont fondé les premiers villages il y a environ 12 000 ans, certains loups, ennemis jurés des humains à cette époque, ont commencé à se nourrir des déchets générés par ces premiers regroupements humains. Ces loups devaient posséder, selon Hare, deux caractéristiques : être à la fois moins peureux des humains (pour avoir le courage d’approcher les humains qui traditionnellement les chassaient) et être moins agressifs que leurs congénères (pour que les humains acceptent leur présence aux abords des villages). Ces loups plus sociaux et plus placides auraient évolué par le processus de sélection naturelle (et non, comme on le croyait auparavant, par un processus de sélection artificielle initiée par l’homme) vers une nouvelle espèce : les chiens.

Ce que les recherches de Brian Hare semblent démontrer c’est que cette sélection naturelle des loups plus sociaux et plus placides a aussi donné lieu à des changements morphologiques (les chiens ont par exemple le crâne moins gros que les loups et un squelette plus gracile) et des changements cognitifs. Ces changements cognitifs expliqueraient entre autres que les chiens, au contraire des loups et des grands singes, sont devenus naturellement très habiles à interpréter l’intention ou les pensées derrière certains des gestes de leurs maîtres.

[Les informations contenues dans ce texte sont issues du cours en ligne Dog Emotion and Cognition donné par l’anthropologue Brian Hare : www.coursera.org/learn/dog-emotion-and-cognition/home/welcome]

Un article paru récemment dans la revue The Economist (édition du 9 janvier 2021) mentionnait que la domestication des loups daterait de bien avant 12 000 ans. En fait, selon la chercheure Maria Lahtinen, elle daterait d’aussi loin que le paléolithique, il y a 40 000 ans, alors que les humains étaient encore tous des chasseurs-cueilleurs. Les premiers loups domestiqués auraient vécu dans des forêts aux abords des calottes de glace laissées lors de la dernière période glaciaire. Ces milieux étant riches en proies, les humains auraient laissé des surplus de nourriture dont les loups ont pu profiter, ce qui aurait donné naissance au processus évolutif décrit plus haut. La domestication des chiens serait donc, selon cette théorie, beaucoup plus vieille qu’on aurait pu le croire auparavant.

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