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Un biofilm qui s’accumule sur les surfaces immergées
Valérie Lépine – Après les mousses, les lichens et les champignons1, attardons-nous maintenant à un autre univers microscopique : le périphyton. Ceux qui fréquentent les lacs en ont sûrement déjà vu, sans savoir peut-être que cette matière spongieuse et visqueuse qui s’agglutine sur toutes les surfaces immergées joue un rôle essentiel dans les écosystèmes aquatiques.
Le périphyton est un biofilm qui s’accumule naturellement sur toutes les surfaces immergées en eau peu profonde. Les roches, les chaînes de quai, les cordages de bateau, les tiges de plantes, les arbres morts et même les carapaces de tortues et les coques de moules peuvent être recouvertes de cette matière brune ou verte. Le périphyton est constitué d’un mélange complexe de microalgues, de protozoaires, de cyanobactéries, de champignons microscopiques et de détritus organiques.
Le périphyton joue un rôle essentiel dans les écosystèmes aquatiques, puisqu’il est une des bases des chaînes alimentaires de cet habitat. Il sert d’abord de milieu de vie pour le zooplancton. Le zooplancton, composé de petits êtres microscopiques comme les rotifères et les tardigrades, sert de nourriture à de plus gros organismes, comme les escargots et les têtards. Ceux-ci servent eux-mêmes d’alimentation aux poissons. Les poissons attirent finalement les prédateurs du haut de la chaîne alimentaire, comme les hérons, les huards, les visons et les loutres. En favorisant la coexistence de nombreuses espèces, le périphyton soutient la biodiversité des milieux aquatiques et augmente leur résilience.
Le périphyton, dont l’épaisseur varie de quelques millimètres à plus de 20 millimètres et dont la morphologie varie selon les milieux, constitue par ailleurs un substrat qui attire les sédiments et aide à fixer les sols immergés, diminuant ainsi l’effet de l’érosion causée par les vagues, la glace et le vent. Puisqu’il peut couvrir de très grandes surfaces, le périphyton est aussi un puits de carbone. La photosynthèse générée par les microalgues qui le constituent participe en outre à l’oxygénation de l’eau. Le périphyton a enfin la capacité d’absorber des métaux lourds (comme le mercure et le cadmium) et les pesticides.
Il est à noter que les biologistes utilisent le périphyton comme indicateur du vieillissement (eutrophisation) des lacs. Un protocole de suivi du périphyton a d’ailleurs été établi par le ministère de l’Environnement du Québec. Ce protocole se base sur le lien qui existe entre l’abondance du périphyton et l’importance des apports en phosphore (fréquemment liés à l’activité humaine). Les changements au niveau du périphyton peuvent donc servir à signaler un apport anormal d’éléments chimiques délétères au milieu lacustre. Le suivi de l’évolution du périphyton est donc devenu un moyen de suivre l’évolution de la santé des lacs.
Cette chronique fera relâche pour l’été. De retour en septembre. Bonne saison estivale à tous !
À PROPOS DU CRPF – Le Comité régional pour la protection des falaises œuvre depuis 2003 pour la protection et l’utilisation écoresponsables d’un territoire de 16 km² doté de caractéristiques écologiques exceptionnelles et s’étendant derrière les escarpements de Piedmont, de Prévost et de Saint-Hippolyte. Cet article est publié simultanément dans le Journal des citoyens et le journal Le Sentier.
1. Mousses : jdc.quebec/2024/10/18/les-mousses/
Lichens : jdc.quebec/2025/10/16/etranges-creatures/
Champignons : jdc.quebec/2026/04/17/la-base-de-tout-ecosysteme/
